Et le moteur supraconducteur fut ! Un des derniers freins de l’aviation électrique vient de sauter avec ce bijou high-tech présenté au CES 2026

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Un moteur qui refuse le froid encombrant.

Pendant des décennies, les moteurs supraconducteurs ont traîné un boulet technologique. Pour fonctionner, ils exigeaient des systèmes cryogéniques externes lourds, complexes, coûteux. Des tuyaux, des réservoirs, des fluides à gérer en permanence. Autant dire un cauchemar dès qu’on parle d’aviation ou d’intégration industrielle compacte.

Au CES 2026, une start-up américaine, Hinetics, a présenté un objet qui casse cette logique. Un moteur supraconducteur entièrement autonome, sans cryogénie externe, pensé pour fonctionner comme un équipement industriel classique. À l’intérieur, tout y est. À l’extérieur, rien ne dépasse.

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Il faut dire que la supraconductivité, sur le papier, fait rêver.

Elle pourrait profondément transformer l’aviation en permettant de concevoir des moteurs électriques plus légers, plus puissants et bien plus efficaces que les machines actuelles. En supprimant toute résistance électrique, elle élimine les pertes d’énergie sous forme de chaleur, ce qui améliore le rendement global et réduit les besoins de refroidissement. Cela permet de réduire la masse des moteurs, un critère déterminant dans le domaine aéronautique où chaque kilo compte. De plus, grâce à des champs magnétiques bien plus intenses, les moteurs supraconducteurs offrent une densité de couple très élevée, ce qui autoriserait des propulsions plus compactes, idéales pour les avions régionaux, hybrides ou à décollage vertical (eVTOL). En clair, la supraconductivité ouvrirait la voie à une aviation électrique réellement compétitive sur les longues distances et les charges utiles importantes.

Malheureusement dans la réalité, elle se heurte depuis toujours à la même barrière : le refroidissement.

Hinetics a dévoilé son moteur supraconducteur au CES 2026 de Las Vegas.
Hinetics a dévoilé son moteur supraconducteur au CES 2026 de Las Vegas.

Hinetics a pris le problème à l’envers. Plutôt que de bâtir une machine autour d’un système de refroidissement, l’équipe a conçu un moteur qui intègre son propre cryorefroidisseur. Un dispositif interne, compact, avec un doigt froid qui capte la chaleur et l’évacue directement vers l’extérieur.

Le moteur fonctionne dans un environnement sous vide, suspendu par des cordes en Kevlar thermiquement isolantes, entouré d’une isolation en mylar aluminisé. L’ensemble agit comme une thermos de très haute précision. Le froid reste là où il doit rester. La chaleur n’entre pas.

Ce choix change tout puisqu’il transforme une technologie de laboratoire en un objet manipulable, transportable, installable.

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99,5 % de rendement, et ce n’est pas un détail

99,5 % de rendement énergétique sur un moteur de quelques kilowatts, cela semble anecdotique. Sur une machine de plusieurs mégawatts, c’est colossal !

Hinetics vise une montée en puissance vers un moteur supraconducteur de 6 mégawatts. À cette échelle, 0,5 % de pertes en moins, ce sont des centaines de kilowatts économisés en continu.

Moins de chaleur = moins de dissipation = moins de masse dédiée au refroidissement.

Dans un avion électrique ou hybride, chaque kilogramme compte. Chaque watt perdu impose des compromis ailleurs. Ici, la densité de couple progresse d’un facteur dix par rapport aux moteurs conventionnels. Le champ magnétique est deux à trois fois plus élevé. La machine devient plus compacte, plus légère, plus nerveuse.

Les bobines du rotor d’un moteur électrique expérimental Hinetics sont constituées d’un supraconducteur à haute température. Elles sont refroidies par un cryoréfrigérateur qui s’étend axialement le long du centre du moteur. L’ensemble du rotor et le cryoréfrigérateur sont enfermés dans une enceinte sous vide. Crédit : HINETICS
Les bobines du rotor d’un moteur électrique expérimental Hinetics sont constituées d’un supraconducteur à haute température. Elles sont refroidies par un cryoréfrigérateur qui s’étend axialement le long du centre du moteur. L’ensemble du rotor et le cryoréfrigérateur sont enfermés dans une enceinte sous vide. Crédit : HINETICS

Un moteur pensé pour l’aviation, mais pas seulement

L’aviation est la vitrine évidente. Des moteurs électriques légers, puissants, capables de tourner à 1 800 tours par minute à l’échelle du mégawatt, ouvrent la porte à de nouveaux concepts d’avions hybrides, régionaux ou spécialisés.

Pourtant, un autre débouché attire fortement Hinetics : les centres de données pour l’intelligence artificielle.

Ces infrastructures connaissent des appels de puissance brutaux. Des pics soudains que les générateurs classiques gèrent mal. Batteries tampon, bancs de condensateurs, systèmes intermédiaires se multiplient. Le moteur supraconducteur de Hinetics, avec sa très faible inductance, réagit presque instantanément.

Il peut absorber ou fournir des variations de charge directement depuis l’arbre mécanique. Pas besoin d’artifice intermédiaire. La réponse est quasi immédiate, ce qui réduit la complexité globale de l’installation.

Trois ans de travail condensés dans un démonstrateur

Le moteur présenté au CES n’est pas encore une machine commerciale. C’est un démonstrateur, volontairement réduit, à l’échelle un pour vingt d’une machine de trois mégawatts actuellement en construction.

Ce démonstrateur incarne pourtant l’intégralité de la chaîne technologique développée en trois ans. Il ne sert pas à battre des records de puissance. Il sert à prouver que tout fonctionne ensemble : le refroidissement, la suspension thermique, le champ magnétique, ainsi que la stabilité mécanique.

Ce projet est soutenu par l’agence américaine ARPA-E, rattachée au Département de l’Énergie. Une structure connue pour financer des technologies risquées, ambitieuses, parfois dérangeantes pour les standards établis.

Le nerf de la guerre reste le coût

Le principal frein identifié n’est ni la physique ni l’ingénierie. C’est le prix des rubans supraconducteurs. Ces bandes de matériaux capables de transporter des courants immenses sans perte.

Bonne nouvelle : leur coût a déjà été divisé par deux en trois ans et la trajectoire se poursuit. Hinetics table sur une nouvelle division par deux dans les trois années à venir. À ce rythme, la supraconductivité cesse d’être un luxe réservé aux laboratoires nationaux.

Elle devient un choix rationnel pour des applications industrielles ciblées, là où la densité de puissance et l’efficacité priment sur tout le reste.

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« Baby Yoda », le point de bascule discret

Avant le CES, il y a eu un moment clé en mai 2025 avec un prototype baptisé « Baby Yoda », qui a validé la capacité des aimants supraconducteurs à atteindre –224 °C, grâce à un cryorefroidisseur Stirling du commerce (donc une technologie abordable).

Ce jalon a montré que le verrou thermique pouvait sauter et le moteur présenté aujourd’hui en est la conséquence directe.

Sources :

  • IEEE Spectrum, Un moteur électrique d’avion développé par Hinetics ouvre de nouvelles perspectives
    https://spectrum.ieee.org/electric-aircraft-motor-hinetics
  • ARPA-E, Publications et actualités sur le développement du moteur supraconducteur
    https://www.linkedin.com/company/advanced-research-projects-agency-energy-arpa-e-/posts
  • Hinetics, Site officiel et présentation technologique
    https://hinetics.com/

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Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
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