Le plus gros aimant du monde de 300 tonnes va être plongé dans le froid le plus absolu pour rapprocher l’humanité de son rêve de maitrise de la fusion nucléaire

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Une répétition générale pour l’aimant TF07.

300 tonnes d’acier, de supraconducteurs et de promesses scientifiques. Le 15 décembre 2025, la bobine toroïdale n°7 d’ITER a été délicatement déposée dans un cryostat géant. Objectif : survivre à un mois à -269 °C, pour simuler les conditions extrêmes du cœur du futur réacteur à fusion.

Une répétition générale hors norme pour le plus grand aimant jamais conçu par l’humanité.

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Une boîte de sardines en acier, grande comme une maison, parfaitement isolée du monde extérieur, dans laquelle on glisse un objet aussi lourd qu’un Airbus A350. Voilà le décor. Au cœur de cette capsule cryogénique baptisée cryostat, la température chute à 4 kelvins, soit –269 °C. À cette température, le métal devient supraconducteur : il laisse passer le courant électrique sans aucune résistance.

C’est dans ce congélateur géant qu’ITER a plongé sa bobine TF07, un aimant annulaire de 300 tonnes, l’un des éléments essentiels pour confiner le plasma à 150 millions de degrés dans le réacteur à fusion.

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Un mois de tests pour 30 ans de fonctionnement

Durant les 30 prochaines années, ces bobines devront fonctionner dans l’environnement magnétique et cryogénique le plus exigeant de l’histoire de la physique. L’équipe d’ITER veut donc s’assurer que chaque aimant est prêt à encaisser le choc : dilatations thermiques, tensions mécaniques, compatibilité avec les connexions électriques et hydrauliques.

Jusqu’ici, les bobines étaient testées à 80 kelvins (soit –194 °C), une température déjà très basse… mais loin des 4 kelvins du cœur du tokamak. Ce test grandeur nature à froid est donc un saut d’échelle technique. Il mobilise une infrastructure massive : alimentation électrique de plusieurs dizaines de milliers d’ampères, circuits de cryogénie ultra-puissants, capteurs de précision, instruments de commande et de sécurité identiques à ceux qui entoureront la machine finale.

Une chorégraphie de précision au millimètre

Le 15 décembre, un ballet millimétré s’est déroulé à l’intérieur de l’Installation de bobinage. Un portique roulant rouge, déjà utilisé pour la fabrication des aimants, a soulevé la bobine TF07 grâce à un palonnier spécialement conçu, avant de la déposer doucement dans le cryostat.

Thierry Schild, responsable du programme « Installation d’essai », a supervisé l’opération, accompagné de métrologues, d’opérateurs, de spécialistes du vide et du froid. Le genre de moment où chaque millimètre compte, où un faux mouvement pourrait endommager une pièce à plusieurs millions d’euros.

Des bobines qui apprennent à marcher

Selon David Grillot, responsable du programme de mise en service intégrée, cette phase n’est pas une simple validation technique. Elle permet aussi de mettre en service partiellement le système magnétique complet, en conditions quasi réelles. C’est comme faire faire ses premiers pas à un moteur d’Ariane 6 avant l’allumage final.

Ce test à 4 K permettra de vérifier la supraconductivité du bobinage, mais aussi la qualité du champ magnétique généré, la réponse aux cycles de charge, et la tenue de la structure aux forces internes. Une répétition générale indispensable pour ajuster les procédures, identifier les marges de sécurité et fiabiliser les étapes suivantes.

Une mise en service stratégique, qui fera gagner des mois

Le programme ITER avance vite. Les modules de la chambre à vide sont en cours d’assemblage, et chaque module contient deux bobines toroïdales. Difficile donc d’isoler chaque aimant une fois intégrés. C’est pourquoi les équipes espèrent tester quatre à cinq bobines, dont la plus petite des bobines annulaires (PF1), qui peut s’insérer dans le cryostat sans adaptation majeure.

La bobine toroïdale n°7 d’ITER va être testé au cœur de cette capsule cryogénique baptisée cryostat, où la température chute à 4 kelvins, soit –269 °C.
La bobine toroïdale n°7 d’ITER va être testé au cœur de cette capsule cryogénique baptisée cryostat, où la température chute à 4 kelvins, soit –269 °C.

L’objectif est clair : minimiser les risques industriels, valider l’ensemble de l’écosystème magnétique avant de l’appliquer en série, et gagner plusieurs mois sur un calendrier ultra-serré.

Une étape décisive dans le marathon d’ITER

Avec cette plongée dans le froid extrême, ITER entre dans une nouvelle phase : celle du test grandeur nature, de la confrontation entre la théorie et la réalité physique. C’est une prouesse d’ingénierie, mais aussi une promesse : celle d’un futur réacteur à fusion capable de produire plus d’énergie qu’il n’en consomme.

La bobine TF07 ne sera pas la seule à vivre cet hiver glacé. Mais elle est la première à affronter l’espace à 4 kelvins… et à nous rapprocher, un peu plus, d’un soleil fabriqué par l’homme.

Les derniers modules installés sur ITER marquent un basculement dans l’assemblage réel de la machine

Depuis la mi-2024 et tout au long de 2025, ITER a franchi une étape très concrète : l’installation séquentielle des modules de secteurs de la chambre à vide, véritables briques structurelles du tokamak. Chaque module n’est pas une simple pièce métallique. C’est un ensemble intégré de plusieurs centaines de tonnes qui combine un segment de chambre à vide, deux bobines de champ toroïdal, des écrans thermiques, des supports mécaniques, ainsi que des interfaces cryogéniques et électriques.

Les modules n°6, n°7 puis n°5 ont été positionnés successivement dans le puits du tokamak, selon une logique d’assemblage de bas en haut, imposée par la géométrie de la machine et les contraintes mécaniques. Chaque opération se joue au millimètre. Les tolérances d’alignement sont inférieures au millimètre sur des structures de plus de 40 mètres de diamètre. Une fois déposés, les modules sont soudés entre eux par des jonctions complexes, conçues pour résister à la fois aux efforts électromagnétiques, aux cycles thermiques et aux contraintes sismiques.

Ces installations successives traduisent un changement majeur : ITER n’est plus dans une phase de préparation ou de préfabrication. Le cœur du tokamak prend forme physiquement, et chaque module posé réduit la part d’incertitude industrielle.

En parallèle, l’intégration anticipée des bobines toroïdales dans les secteurs permet de synchroniser l’avancement mécanique avec les essais cryogéniques menés hors machine, comme ceux de TF07 à 4 kelvins.

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Derniers modules ITER installés – état détaillé fin 2025

Module de secteur Date d’installation Composants intégrés Masse approximative Particularités techniques Rôle dans le tokamak
Secteur n°6 2024 Segment de chambre à vide, 2 bobines TF, écrans thermiques ≈ 1 200 tonnes Premier module installé, référence géométrique pour l’ensemble Base structurelle du confinement plasma
Secteur n°7 2024 Chambre à vide + 2 bobines TF + interfaces cryogéniques ≈ 1 250 tonnes Alignement critique avec le secteur 6, soudages internes complexes Continuité mécanique et magnétique
Secteur n°5 Novembre 2025 Chambre à vide, 2 bobines TF, supports poloidaux ≈ 1 300 tonnes Intégré après révision des procédures d’assemblage Stabilisation de la structure circulaire
Bobine TF07 Installée hors machine (essais) Bobine toroïdale supraconductrice ≈ 300 tonnes Première testée à 4 K dans un cryostat dédié Validation du système magnétique avant intégration finale

 

Source : ITER

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Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
Très curieux et tourné vers l'économie, la science et les nouvelles technologies, (particulièrement ce qui touche à l'énergie et les entreprises françaises) je vous propose de de découvrir les dernières actualités autour de cette passion

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