Une locomotive à hydrogène qui change d’échelle d’un seul coup
L’Inde vient de dévoiler la locomotive à hydrogène la plus puissante du monde d’une puissance de 3 100 chevaux.
Concord Control Systems Limited a signé un accord d’environ 4,6 millions d’euros avec NTPC Limited pour transformer une locomotive diesel classique en monstre ferroviaire à hydrogène, permettant par la même occasion à l’Inde de doubler la référence mondiale actuelle qui plafonnait autour de 1 600 chevaux.
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L’Inde dévoile la plus puissante locomotive à hydrogène d’une puissance de 3 100 chevaux
Jusqu’ici dans le milieu ferroviaire, l’hydrogène était cantonné à des trains régionaux ou à des démonstrateurs modestes : agréables, silencieux, propres certes… mais limités.
Avec 3 100 chevaux, cette locomotive entre dans de plein pied dans le milieu du fret lourd et permet à l’hydrogène de devenir un concurrent crédible au diesel
Une alliance entre énergie et ferroviaire
Le projet repose sur une collaboration à plusieurs étages. La filiale Advance Rail Controls Pvt. Ltd. travaille avec Railway Engineering Works pour l’intégration technique.
De son côté, NTPC est le pilier de la stratégie indienne sur l’hydrogène vert.
L’idée est de produire de l’hydrogène à partir d’électricité renouvelable, puis l’utiliser là où l’électrification par caténaire devient complexe ou coûteuse. Le rail de fret, avec ses longues distances et ses lignes non électrifiées, coche toutes les cases.
Hydrogène et batteries, un duo plutôt qu’un duel
Cette locomotive ne repose pas uniquement sur l’hydrogène. Des batteries ont été prévues pour absorber les pics de puissance, récupérant l’énergie au freinage, ce qui permet de lisser le fonctionnement global. L’hydrogène fournit l’énergie de fond, les batteries gèrent la dynamique.
Ce mariage permet d’atteindre des puissances élevées sans surdimensionner inutilement la pile à combustible.
Un signal fort pour le fret ferroviaire mondial
Ce seuil choisi de 3 100 chevaux permet de couvrir une large partie des besoins du fret classique. Si l’essai est concluant, le champ des possibles s’élargira immédiatement. L’Inde pourrait proposer à l’export des solutions clés en main pour des réseaux en Afrique, au Moyen-Orient ou en Australie, où les lignes diesel restent dominantes.
Dans ces régions, électrifier par caténaire signifierait investir des milliards d’euros. Basculer vers des locomotives à hydrogène devient une option crédible, surtout si l’hydrogène est produit localement à partir de solaire ou d’éolien.
Une vitrine pour la stratégie indienne de décarbonation
Ce projet s’inscrit dans la stratégie de l’Indian Railways qui vise la neutralité carbone dès 2030, soit quarante ans avant l’objectif climatique national initial. Pour y parvenir, l’électrification seule ne suffira pas. Il faudra traiter les lignes isolées, les triages, le fret lourd.
Cette locomotive sert de démonstrateur grandeur nature. Elle montre que l’hydrogène n’est pas réservé aux bus urbains, mais qu’il peut s’attaquer aux usages les plus énergivores. NTPC y voit aussi un moyen de proposer de nouveaux débouché à l’hydrogène vert dont beaucoup doutent encore de l’utilité.
Ce que révèle cette course mondiale à la locomotive propre
Entre les locomotives à batteries géantes en Australie, les camions miniers électriques chinois et maintenant le fret à hydrogène de très forte puissance en Inde, une tendance se dessine. La décarbonation s’attaque de plus en plus aux machines lourdes.
Le réseau ferroviaire indien est un des plus importants du monde en 2026
Indian Railways pilote l’un des systèmes ferroviaires les plus massifs jamais construits, plus de 69 000 kilomètres de voies, 23 millions de passagers par jour, près de 7 milliards par an, et 1,6 milliard de tonnes-kilomètres de fret déplacées chaque année par 1,2 million d’employés, 14 000 locomotives et plus de 7 300 gares.
Ce géant avance de plus en plus vite avec 15 kilomètres de voies nouvelles posées chaque jour et 99 % du réseau à voie large déjà électrifié. En parallèle, les Dedicated Freight Corridors, longs de 2 843 kilomètres et achevés à 96 %, doivent quasiment doubler le fret ferroviaire pour atteindre 3 milliards de tonnes annuelles. À cela s’ajoutent la ligne à grande vitesse Mumbai–Ahmedabad, 508 kilomètres, dont les premiers tronçons sont attendus en 2027, et une explosion des réseaux de métro, plus de 1 000 kilomètres dans 23 villes.
Dans ce contexte, la locomotive à hydrogène de 3 100 chevaux est une pièce logique d’un puzzle industriel gigantesque, pensée pour faire rouler plus, plus lourd, plus propre, sur l’un des réseaux les plus sollicités de la planète.
| Indicateur principal | Chiffre clé (2025-2026) |
| Longueur du réseau | 69 000+ km |
| Passagers quotidiens | 23 millions (7 milliards/an) |
| Fret annuel (tkm) | 1,6 milliard |
| Employés | 1,2 million |
| Électrification (voie large) | 99% |
| Nouvelles voies/jour | 15 km |
| Gares | 7 300+ |
| Objectif fret 2030 | 3 milliards de tonnes |
Sources :
- Litra.ch, La mobilité en Inde : croissance rapide, objectifs ambitieux et opportunités pour la Suisse, 21/10/2025
- BusinessWorld.in, Concord Control Systems Bags NTPC Order For 3,100 HP Hydrogen Locomotive, 17/01/2026
Image de mise en avant : Probable base de conversion, la WDG-4G d’Indian Railways développe environ 4 500 chevaux et repose sur un châssis Co-Co taillé pour le fret lourd.
Sa masse admissible permet d’intégrer réservoirs d’hydrogène, batteries et piles à combustible sans dégrader les performances.



