Le Royaume-Uni veut retrouver sa splendeur d’antan avec ce programme qui vise l’hégémonie sur un marché potentiel de 3 000 milliards d’euros : nucléaire maritime

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Un transport maritime à réinventer.

Le transport maritime consomme environ 350 millions de tonnes de carburants fossiles par an pour près de 3 % des émissions mondiales de CO₂ (selon les rapports du GIEC).
Certains armateurs appliquent le slow steaming, une navigation volontairement plus lente pour limiter la facture carbone et financière. Malheureusement, ce n’est pas non plus la solution qui se paie en délais supplémentaires, en chaînes logistiques étirées et en navires qui n’exploitent jamais leur vitesse de conception (sans parler du fait que cela ne fait que réduire les émissions, sans les supprimer).

En juillet 2023, l’International Maritime Organization a validé des objectifs de réduction des émissions visant la neutralité carbone autour de 2050.

Ce qui signifie que l’industrie va devoir se réinventer complètement et proposer d’autres solutions pour atteindre ce noble objectif.

Lire aussi :

Un consortium maritime nucléaire britannique vient d’être lancé pour adapter cette énergie au transport commercial

Plus de 700 réacteurs nucléaires marins fonctionnent aujourd’hui dans les flottes militaires (et même un peu civiles pour les Russes) du monde entier. Cette réalité existe depuis des décennies.
La question posée en 2026 n’est donc pas d’ordre technologique mais plutôt d’ordre industrielle, réglementaire et assurantielle.

Lloyd’s Register a pris l’initiative. Un consortium maritime nucléaire britannique vient d’être lancé pour adapter cette énergie au transport commercial. L’ambition est claire : définir des standards internationaux pour des navires marchands à propulsion nucléaire, sûrs, assurables et économiquement exploitables.

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Des réacteurs modulaires conçus pour la mer

Le consortium parie sur une nouvelle génération de réacteurs modulaires avancés (en anglais Advanced Modular Reactor ou AMR) : des unités compactes, standardisées, pensées dès l’origine pour un environnement maritime.
Un navire équipé pourrait naviguer plusieurs années sans rechargement, sans émission directe de CO₂, avec des systèmes de sûreté intégrés dès la conception.

Cette approche supprimerait un arbitrage séculaire : choisir entre performance et émissions. Le nucléaire embarqué permettrait de conserver la vitesse, la charge utile et l’autonomie.

Une coalition industrielle et juridique très structurée

Le consortium rassemble des profils complémentaires :

  • Rolls-Royce apporte son savoir-faire nucléaire sur l’ensemble du cycle de vie,
  • Babcock International Group intervient sur l’ingénierie navale et le soutien en service,
  • et des acteurs comme Global Nuclear Security Partners, Stephenson Harwood et NorthStandard couvrent la sécurité, le droit maritime et l’assurance.

L’enjeu dépasse le terrain de la mécanique. Un navire nucléaire doit être certifiable, assurable, finançable. Un assureur exige toujours des cadres clairs, des responsabilités définies et des scénarios de gestion des risques avant de s’engager.

Le consortium veut bâtir cette architecture complète : technique, réglementaire et financière.

La première feuille de route technique

Le programme initial se concentre donc sur cinq chantiers très concrets :

  1. démontrer l’acceptabilité de conception d’un réacteur modulaire générique, licenciable sur différents sites portuaires,
  2. créer un cadre de certification de classe intégrant à la fois le nucléaire et la réglementation maritime,
  3. définir une architecture de sécurité et de garanties compatible avec les exigences internationales,
  4. établir des parcours d’assurabilité pour les navires à propulsion nucléaire,
  5. publier des guides opérationnels à destination des industriels et des gouvernements.

Une fenêtre stratégique pour le Royaume-Uni

Le Royaume-Uni dispose d’un héritage rare. Thalassocratie de référence pour le monde entier pendant des siècles (que ce soit avec la Royal Navy ou la compagnie orientale des Indes) et précurseur dans nucléaire navale, avec une expertise reconnu, des chantiers de qualité, des ingénieurs compétents et une place financière mondiale.

La propulsion nucléaire maritime activerait un écosystème complet, des bureaux d’étude aux ports, des assureurs aux sociétés de classification.

Un marché avec un énorme potentiel

Selon le rapport Advanced Maritime Nuclear: A unique opportunity for the UK, publié conjointement par Core Power, NorthStandard et Lloyd’s Register, le marché mondial potentiel du nucléaire appliqué au transport maritime et aux centrales nucléaires flottantes est évalué à environ 2 500 milliards de livres sterling, soit près de 3 000 milliards d’euros à long terme.

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Le Royaume-Uni n’est pas la seule nation à penser au nucléaire maritime

Bien entendu, on se doute que la « perfide Albion » n’est pas la seule à réfléchir à comment pénétrer ce juteux marché. D’autres nations y travaillent et on citera un exemple intéressant de projet dans le domaine, celui de l’alliance entre le franco-italien newcleo et l’italien Fincantieri qui ont récemment dévoilé une maquette de leur réacteur nucléaire TL-40 (dont le prototype est l’image en haut de cet article).

Il s’agit d’un réacteur rapide à caloporteur plomb (4e génération), compact pour être intégré sur des cargos modernes et qui peut donc être considéré comme un AMR du même type que ceux envisagés par le consortium britannique.

Dans cette alliance, newcleo apporte la brique nucléaire et la vision énergétique. Fincantieri, fort de son expérience dans la construction navale, s’assure que cette technologie s’intègre réellement dans un navire, avec des exigences élevées en matière de sûreté, d’efficacité et d’exploitation.

Le cas particulier des centrales nucléaires flottantes

En sus du programme de transport maritime nucléaire, il nous faut enfin évoquer le cas des centrales nucléaires flottantes. Ces dernières sont pensées comme des barges ou navires équipés de réacteurs compacts destinés à fournir de l’électricité à des zones côtières isolées, à des ports ou à de grandes installations industrielles, en contournant les limites des réseaux terrestres.

Le seul exemple actuellement en service est l’Akademik Lomonosov russe, opérationnel depuis 2019 en Arctique avec environ 70 MW électriques. Dans son sillage, plusieurs projets émergent. Core Power et Westinghouse développent des concepts de barges basées sur des microréacteurs ou des réacteurs à sels fondus pour alimenter ports, industries, désalinisation et production d’hydrogène.
En Norvège, Norsk Kjernekraft et Ocean-Power travaillent sur des unités de 200 à 250 MW, tandis qu’en Asie, l’Indonésie étudie avec Seaborg et Copenhagen Atomics des solutions flottantes de 100 à 500 MW adaptées à un archipel.

Les 2 concepts (propulsion nucléaire dans le transport maritime et barges flottantes), aussi séduisants soient-ils, auront à faire face aux mêmes critiques sur la sécurité et la gestion des déchets, qui conditionneront leur acceptation et leur déploiement à grande échelle.

Sources :

  • https://www.lr.org/en/knowledge/research-reports/2025/advanced-maritime-nuclear-a-unique-opportunity-for-the-uk
  • https://www.nucnet.org/news/uk-can-lead-gbp3-trillion-market-for-nuclear-powered-shipping-says-report-2-2-2025

Image de mise en avant : le prototype du TL-40 de newcleo

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Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
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