Depuis Saclay, une start-up française veut miniaturiser l’atome.
À Paris-Saclay, une petite équipe française travaille sur une idée qui pourrait bousculer notre perceptions du nucléaire. Stellaria, fondée en 2022 et issue du CEA, s’est donné une mission claire : prouver que le nucléaire peut être compact, modulaire et pensé d’abord pour la chaleur industrielle.
Ici, pas de réacteur géant conçu pour alimenter des millions de foyers et le regard est plutôt tourné vers les usines, les cimenteries, les verreries, les sites industriels qui brûlent encore du gaz ou du charbon pour produire de la chaleur.
L’atome serait utilisé ici comme chaudière propre, stable et pilotable.
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Stellaria dépose une demande d’autorisation de création (DAC) pour son réacteur modulaire en France
Stellaria n’a pas la taille d’un grand groupe. L’équipe est volontairement resserrée, composée de physiciens, d’ingénieurs nucléaires et de spécialistes du cycle du combustible. Sa force ne vient pas du nombre, mais de sa proximité avec les laboratoires du CEA.
Cette filiation donne accès à des plateformes expérimentales uniques et à des décennies de recherche accumulée sur les réacteurs avancés. Des concepts longtemps restés dans les rapports scientifiques ou les tiroirs des laboratoires trouvent ici un terrain d’application concret.
Le pari est audacieux : transformer une technologie de pointe en un produit industriel crédible, sans passer se perdre le casse-tête d’un projet de réacteur géant comme l’EPR.
Stellarium, un mini-réacteur qui sort des sentiers battus
Le projet phare de la start-up s’appelle Stellarium. Il s’agit d’un mini-réacteur à sels fondus et à neutrons rapides, une technologie de génération IV.
Le principe rompt avec les réacteurs à eau pressurisée traditionnels. Ici, le combustible est dissous directement dans des sels fondus, qui servent aussi de fluide de refroidissement. Le cœur du réacteur est liquide. Cette configuration apporte plusieurs avantages très concrets :
- la gestion thermique est plus homogène,
- les risques liés à la pression disparaissent,
- et surtout, le scénario classique de fusion du cœur n’a plus vraiment de sens (le combustible étant déjà liquide).
Une sûreté qui repose sur la physique, pas sur des automatismes
Stellaria met en avant une sûreté intrinsèque, fondée sur des mécanismes passifs. Pas besoin d’électronique complexe ou d’alimentation électrique pour arrêter le réacteur en cas de problème.
Si la température augmente, les propriétés physiques du système provoquent naturellement une baisse de la réaction nucléaire. Le réacteur se calme de lui-même.
Les sels fondus utilisés sont ininflammables et chimiquement stables. Ils éliminent les risques liés à la vapeur ou aux explosions de pression. Une approche radicalement différente de celle des centrales actuelles.

40 MW thermiques, pile dans la zone utile de l’industrie
Le réacteur Stellarium est dimensionné pour fournir environ 40 MW thermiques. Ce chiffre peut sembler modeste à l’échelle d’un réseau électrique national (les plus gros réacteurs nucléaire actuels dépasse le GW). Il est en revanche parfaitement adapté aux besoins industriels.
C’est la puissance typique d’une grosse chaudière aux énergies fossile. Celle qu’on trouve traditionnellement dans une usine chimique, une raffinerie ou un site de production de matériaux. La chaleur est produite en continu, sans intermittence, avec une empreinte au sol réduite.
La conception modulaire ouvre aussi la porte à une fabrication partielle en usine, avant assemblage sur site. Un changement de logique par rapport aux chantiers nucléaires traditionnels, longs et complexes.
Un démonstrateur visé à l’horizon 2030
L’objectif affiché est clair. Construire un démonstrateur opérationnel autour de 2030. Ce prototype doit valider les choix technologiques, rassurer les régulateurs et convaincre les industriels.
Il servira aussi de vitrine. Dans le nucléaire, rien ne vaut un système qui fonctionne réellement pour lever les doutes. Stellaria mise sur ce démonstrateur pour enclencher une dynamique de financement et d’acceptation territoriale.
En se positionnant tôt sur le calendrier réglementaire, la start-up espère aussi peser dans la future normalisation européenne des mini-réacteurs.
Du concept au réel, le passage réglementaire décisif
Ce 22 janvier, Stellaria vient de déposer une demande d’autorisation de création auprès de l’Autorité de sûreté nucléaire. Un moment clé pour l’entreprise car le dépôt marque l’entrée dans le monde très encadré des exploitants nucléaires.
La marche est haute. Le dossier doit démontrer la sûreté du réacteur, la robustesse des barrières de confinement, la maîtrise des situations accidentelles et la capacité à fonctionner sur le long terme.
Pour une start-up, c’est un saut considérable. Jusqu’ici, ce type de démarche était réservé à des acteurs étatiques ou à de grands groupes industriels.
Une course française qui s’accélère
Stellaria n’avance pas seule. En janvier 2024, la start-up Jimmy a été la première en France à déposer une demande d’autorisation de création pour un petit réacteur nucléaire.
Ces initiatives traduisent l’émergence d’un écosystème français des mini-réacteurs, centré moins sur l’électricité de masse que sur la chaleur industrielle décarbonée. Un angle longtemps négligé, alors qu’il représente une part majeure des émissions.
Face aux grands réacteurs, lourds et longs à construire, ces solutions séduisent par leur agilité. Elles devront encore démontrer leur compétitivité économique, leur modèle de maintenance et leur acceptabilité locale.
Un pari technologique et sociétal
La réussite de Stellaria ne dépendra pas uniquement de la physique nucléaire. Elle reposera aussi sur la capacité à convaincre les industriels, les territoires et les pouvoirs publics.
Si le pari est tenu, ces mini-réacteurs pourraient ouvrir une voie nouvelle pour un nucléaire plus local, plus ciblé, pensé comme un outil industriel avant d’être une icône énergétique.
Une autre façon d’envisager l’atome dans le paysage français.
Une concurrence internationale se prépare sur le secteur des SMR
Ces mini-réacteurs modulaires (les anglophones parlent de Small Modular Reactor voire de Advanced Modular Reactor dans le cas de Stellarium) ne sont bien entendu pas l’apanage de la France et voici quelques projets concurrents qui commence à émerger dans le monde.
Principaux projets de SMR dans le monde :
| Acteur / projet | Pays | Technologie | Puissance typique | Usage prioritaire | Chaleur industrielle | État d’avancement |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Stellaria – Stellarium | France | Sels fondus, neutrons rapides | ≈ 40 MW thermiques | Chaleur industrielle | Oui, cœur du modèle | DAC déposée, démonstrateur visé vers 2030 |
| Terrestrial Energy – IMSR | Canada / États-Unis | Sels fondus, combustible liquide | ≈ 400 MW thermiques | Électricité + chaleur | Oui, secondaire | Pré-licensing avancé |
| Kairos Power – KP-FHR | États-Unis | Sels fondus, combustible solide | ≈ 320 MW thermiques | Électricité, hydrogène | Oui | Démonstrateur en construction |
| X-energy – Xe-100 | États-Unis | Gaz haute température (HTGR) | ≈ 200 MW thermiques | Électricité | Oui, haute température | Projet industriel avancé |
| Moltex Energy – SSR-W | Royaume-Uni / Canada | Sels fondus, neutrons rapides | ≈ 300 MW thermiques | Électricité | Potentielle | Développement conceptuel |
| Oklo – Aurora | États-Unis | Neutrons rapides, métal liquide | < 50 MW électriques | Électricité hors réseau | Non prioritaire | Licences en cours |
| CNNC – HTGR | Chine | Gaz haute température | > 200 MW thermiques | Électricité + industrie | Oui | En service / démonstration |
| Linglong One | Chine | PWR SMR | ≈ 385 MW thermiques | Électricité + chaleur | Oui | En construction |
Sources :
- CEA Paris-Saclay, Fiche projet Stellaria
CEA – document de référence - Stellaria, Demande d’autorisation de création du projet Stellarium
Communiqué officiel Stellaria – 2025




’non pilotable comme tous mes réacteurs nucléaires toujours soit a l’arret pour raisons diverses, maintenance ou pàne comme 13 de nos réacteurssoiten fonctionnement de base , c’est a dire au maximum et dans tous ces cas. Incapables de fournir le moindre wattheure supplémentaire en cas de besoin… donc pas mieux que les renouvelables eoliens ou solaires. Quant a la possibilité de baisser leur production en cas de chute de la consommation,dans cet exercice ils sont battus a plate couture par les renouvelable qui peuvent être déconnectés du réseau sans aucune inertie et sans l’inconvénient d’une puissance a évacuer d’urgence faute de l’envoyer dans le réseau de consommation.
Le nucleaire c’est une erreur déjà au niveau des principes.