La France prépare sa main mise en Europe sur ce produit sans lequel il sera impossible de faire des voitures d’ici 10 ans

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Une nouvelle pièce s’installe dans le puzzle européen des batteries

À Rueil-Malmaison, Argylium vient d’entrer en activité avec un objectif simple à formuler et long à atteindre : devenir le leader européen des électrolytes solides sulfurés, appelés Sulfide Solid Electrolyte / SSE (en français « électrolytes solides sulfurés »), au cœur des batteries tout solide, ou All Solid State Batteries / ASSB (en français « batteries tout solide »).

À la manœuvre, on retrouve une alliance industrielle entre les français Axens et IFP Énergies nouvelle d’un côté et le belge  Syensqo de l’autre, qui ont décidé de mutualiser dix ans de recherche, des brevets déjà éprouvés et des équipes expérimentées.

Lire aussi :

Argylium, le futur roi européen des électrolytes solides sulfurés

Les électrolytes sulfurés au cœur des batteries modernes

Dans une batterie lithium-ion classique, l’électrolyte est un liquide. Il permet aux ions lithium de se déplacer entre l’anode et la cathode pendant la charge et la décharge.
Le problème, c’est que ce liquide est inflammable, peut réagir en cas de choc ou de surchauffe, et impose des contraintes de sécurité (séparateurs, gestion thermique, limites de puissance), ce qui freine les charges très rapides.

Dans une batterie dite « tout solide », on remplace ce liquide par un électrolyte solide.

Argylium mise sur une famille appelée argyrodites (des composés sulfurés). Leur intérêt, c’est qu’elles peuvent offrir une conductivité ionique élevée, c’est-à-dire permettre aux ions lithium de circuler rapidement même sans électrolyte liquide pour :

  • Plus de solvant liquide inflammable, donc une baisse du risque d’incendie lié à l’électrolyte,
  • une meilleure résistance à la chaleur et, en général, une meilleure tolérance aux situations extrêmes.
  • la possibilité d’utiliser des architectures et des matériaux qui peuvent augmenter la densité énergétique (donc plus d’énergie pour un même poids).

Argylium vise des cellules autour de 500 Wh/kg à l’horizon 2028–2030. À titre de comparaison, beaucoup de batteries lithium-ion actuelles tournent plutôt autour de 200 à 300 Wh/kg selon les technologies et les usages. L’objectif affiché correspond donc à un gain très important sur la quantité d’énergie stockée par kilogramme.
L’entreprise annonce en outre que cette technologie permettra une recharge en moins de 10 minutes.

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Un duo de choc pour diriger l’entreprise

Pour piloter cette machine complexe, Argylium a confié les commandes à deux profils complémentaires :

  • Alessandro Chiovato prend la direction générale. Chimiste de formation, diplômé en chimie organique, il a passé plus de vingt-cinq ans dans le groupe Solvay, puis chez Syensqo, à naviguer entre stratégie, innovation et développement de marchés liés aux matériaux pour batteries.
  • À ses côtés, Valérie Buissette, nommée directrice technique, incarne la continuité scientifique. Docteure en science des matériaux, passée par l’École polytechnique et l’ESPCI, elle travaille sur les batteries tout solide depuis une décennie.

Une feuille de route en quatre temps

Argylium a découpé sa trajectoire en quatre phases :

  1. La première phase est déjà engagée. Elle consiste à finaliser le portefeuille de produits et à multiplier les qualifications avec les fabricants de batteries, en s’appuyant sur les matériaux produits dans les unités pilotes de Paris et de La Rochelle. En parallèle, un consortium financier se met en place pour soutenir les étapes suivantes.
  2. La deuxième phase vise un point souvent sous-estimé : la sécurisation des matières premières. Produire des électrolytes sulfurés nécessite notamment du sulfure de lithium. Argylium prévoit donc d’investir dans une unité pilote dédiée, tout en augmentant la capacité de production à plusieurs tonnes par an.
  3. La troisième phase marquera un changement d’échelle. Une unité de démonstration industrielle, capable de produire plusieurs centaines de tonnes, doit permettre de valider les procédés et de livrer les premiers volumes commerciaux, notamment aux constructeurs automobiles.
  4. La quatrième phase ouvrira la porte à l’industrialisation massive, avec des capacités de plusieurs dizaines de milliers de tonnes par an, et un modèle de licences technologiques pour les partenaires industriels.

Deux sites français comme terrain d’essai grandeur nature

Argylium s’appuie sur plus de cinquante experts répartis sur deux sites aux rôles bien distincts.

  • À Paris, centre de recherche du groupe, on teste, on ajuste, on prototype à l’échelle du kilogramme, dans ce que les ingénieurs appellent un kilo-lab (en français « laboratoire kilogramme »).
  • À La Rochelle, le centre de développement accueille une unité pilote pensée pour le passage à l’échelle.

Ce duo Paris–La Rochelle permet un aller-retour permanent entre idée et fabrication en toute fluidité.

Une singularité européenne qui change la donne

Argylium revendique un statut unique en Europe : être la seule entité capable de développer et produire des électrolytes sulfurés à l’échelle de la tonne.

Cette capacité suscite l’intérêt des constructeurs automobiles et des futures gigafactories, qui ne peuvent pas se contenter d’échantillons de laboratoire.

Un enjeu de souveraineté énergétique

Le soutien des autorités françaises et européennes s’inscrit dans cette logique. L’enjeu dépasse la performance d’une batterie. Il touche à l’autonomie industrielle, à la sécurité d’approvisionnement, et à la capacité de l’Europe à ne pas dépendre exclusivement de technologies venues d’Asie ou d’Amérique du Nord.

L’entreprise visera de cette manière l’intégration complète de la chaîne de production, depuis l’hydroxyde de lithium (en français « hydroxyde de lithium ») jusqu’à l’argyrodite finale.

Cette approche permet de maîtriser la qualité, les coûts et les délais. Elle réduit aussi la dépendance à des fournisseurs externes sur des étapes sensibles.

Comprendre le positionnement d’Argylium en un clin d’oeil :

Argylium - infographie

 

Un marché qui va tripler tous les 3 ans d’ici 2034

Selon les données de Global Market Insights publiées début 2025, le marché mondial des batteries tout solide devrait passer de 1,1 milliard de dollars en 2024 à 17,7 milliards de dollars en 2034 (environ 15,1 milliards d’euros), un marché qui doublera pratiquement tous les trois ans !

Cette accélération est portée par trois moteurs très concrets. D’abord l’automobile électrique, où les constructeurs cherchent à gagner des kilomètres d’autonomie sans alourdir les véhicules, ensuite l’électronique grand public, des smartphones aux objets connectés, qui réclame des batteries plus compactes, plus sûres et plus endurantes et enfin le stockage d’énergie, dopé par l’essor du solaire et de l’éolien, qui impose des solutions capables d’encaisser des milliers de cycles sans fatigue prématurée.

Dans ce paysage, les électrolytes solides sulfurés occupent une place stratégique, car ils concentrent précisément ce que le marché demande : densité énergétique élevée, sécurité accrue et recharge rapide, souvent annoncée entre dix et quinze minutes. L’Europe représente déjà 22 % du marché mondial, soutenue par des investissements publics dépassant le milliard d’euros ces dernières années.

À l’échelle industrielle, cela signifie une chose très simple. Les acteurs capables de produire ces matériaux non plus au kilogramme, mais à la tonne puis à la centaine de tonnes, se positionnent mécaniquement au cœur de la chaîne de valeur.

Pour approfondir sur les batteries tout-solide (vidéo datant de 2021 mais assez synthétique su le sujet) :

Source :

  • Communiqué de presse d’Axens du 13 janvier 2026
  • Global Market Insights, Solid State Battery Market Size – By Product, By Capacity, By Application, Analysis, Share, Growth Forecast, 2025 – 2034, février 2025

 

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Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
Très curieux et tourné vers l'économie, la science et les nouvelles technologies, (particulièrement ce qui touche à l'énergie et les entreprises françaises) je vous propose de de découvrir les dernières actualités autour de cette passion

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