Un avion civil qui flirte avec le mur du son.
Tous les ingénieurs vous le diront : approcher Mach 1 en aviation est particulièrement difficile car l’avion entre dans le régime transsonique, où des ondes de choc locales apparaissent, faisant exploser la traînée et perturbant la portance.
À ce stade, l’air devient fortement compressible et il faut beaucoup plus de puissance et une cellule adaptée pour gagner très peu de vitesse.
L’idée est donc de « flirter » ave cette zone sans jamais la pénétrer et c’est ce que vient de faire Bombardier avec son Global 8000, qui est devenu l’avion civile le plus rapide du monde depuis le Concorde a obtenir l’accréditation de l’EASA, ce qui fait que nous vous parlons bien d’un avion que vous aurez la possibilité d’emprunter un jour… si vous avez les moyens de vous payer un vol sur ce genre de jet (voire le jet lui-même qui vaut la bagatelle de 74 millions d’euros) !
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Le Global 8000 est est l’avion civil le plus rapide du monde depuis le Concorde avec une vitesse maximale de Mach 0,95
Qui est Bombardier Aéronautique ?
Bombardier Aéronautique est un constructeur aéronautique canadien né en 1986 avec le rachat de Canadair, héritier d’une longue tradition industrielle remontant aux années 1920, d’abord tournée vers l’aviation militaire puis civile. En l’espace de trois décennies, Bombardier s’est hissé parmi les principaux avionneurs mondiaux, construisant un vaste portefeuille allant des turbopropulseurs régionaux Dash 8, aux jets régionaux CRJ, en passant par les jets d’affaires Challenger et Global, tout en développant des activités industrielles sur plusieurs continents.
Après avoir atteint son apogée dans les années 2000 comme quatrième constructeur mondial d’avions commerciaux, l’entreprise a été profondément marquée par les attentats de 2001, des conflits commerciaux internationaux, et surtout par les difficultés financières du programme CSeries, devenu depuis l’Airbus A220. Entre 2018 et 2020, Bombardier engage une restructuration majeure, cède progressivement ses activités d’aviation commerciale et régionale, et opère un recentrage stratégique radical sur l’aviation d’affaires, abandonnant CRJ, turbopropulseurs et avions amphibies.
Aujourd’hui, Bombardier Aéronautique se concentre exclusivement sur les jets d’affaires haut de gamme, avec une expertise reconnue en ingénierie, production et services, tout en restant un acteur structurant de l’écosystème aéronautique nord-américain et québécois.
Un triple label acquis en un temps record
Recevoir le feu vert de l’EASA (European Union Aviation Safety Agency, l’agence européenne qui fixe, applique et contrôle les règles de sécurité aérienne dans l’Union européenne) n’est pas une « simple » formalité administrative.
Cela signifie que l’avion respecte des exigences parmi les plus sévères du monde en matière de structure, de systèmes, de performances et de sécurité.
Le Global 8000 avait déjà obtenu sa certification au Canada en novembre 2025, puis celle de la Federal Aviation Administration américaine en décembre 2025. L’Europe vient fermer cette boucle.
Ce triple tampon confirme que cet avion n’est pas un démonstrateur technologique, mais un appareil prêt à voler(quasiment) partout dans le monde.

Un avion technologiquement abouti
Outre sa vitesse, le Global 8000 a ajouté toute une panoplie d’innovations qui en font un avion vraiment exceptionnel.
14 800 km, sans escale et sans compromis
L’avion affiche une autonomie de 8 000 milles nautiques, soit environ 14 800 kilomètres. Concrètement, cela permet de relier Paris à Singapour ou Los Angeles à Sydney sans escale..
Cette portée s’accompagne d’une cabine dite à « quatre zones réelles ». On peut y travailler, manger, se reposer et dormir dans des espaces distincts, sans avoir l’impression de camper dans un tube pressurisé.
Rapide, loin, et pourtant étonnamment maniable
Bombardier a conçu une technologie Smooth Flex Wing pour ses ailes, ce qui permet d’avoir un système 2 en 1 : à basse vitesse, elle privilégie la portance et la stabilité et à haute vitesse, elle optimise la finesse et limite la traînée, y compris dans les régimes transsoniques.
Cela permet au Global 8000 d’afficher des performances au décollage et à l’atterrissage proches de celles d’un jet léger.

Un cockpit pensé pour des journées très longues
Le poste de pilotage Vision Flight Deck repose sur une architecture fly-by-wire entièrement numérique. Les commandes sont filtrées, harmonisées, et adaptées aussi bien aux vols courts qu’aux traversées intercontinentales.
Ce cockpit a été peaufiné sur des milliers d’heures d’essais et de retours de pilotes, afin de réduire la charge mentale sur des missions qui peuvent durer plus de quinze heures.
L’air comme argument technique
Bombardier a aussi travaillé sur un aspect bien souvent sous-estimé : la qualité de l’air.
Le système Pũr Air combine un filtre HEPA de grade hospitalier, capable de capter 99,99 % des particules, avec un filtre à charbon actif pour éliminer odeurs, composés organiques volatils et gaz.
L’air de la cabine est renouvelé très rapidement, bien plus fréquemment que dans un avion de ligne classique. Sur des vols aussi longs, c’est un facteur direct de confort et de vigilance.
Le jet d’affaires qui joue sur deux tableaux
Bombardier décrit le Global 8000 comme un « deux avions en un ». D’un côté, il offre la vitesse la plus élevée de l’aviation civile moderne, tout en conservant la portée et l’habitabilité d’un très long-courrier d’affaires.
Ce positionnement n’est pas anodin. Il vise une clientèle pour qui le temps est une ressource aussi tangible que le carburant. Arriver plus tôt, moins fatigué, et plus près de sa destination finale devient un avantage opérationnel.
Après le Concorde, une autre philosophie de la vitesse
Le Global 8000 ne cherche pas à recréer le mythe supersonique. Il contourne le problème.
Plutôt que franchir le mur du son avec fracas, il s’en approche au maximum autorisé, là où les contraintes réglementaires et physiques restent compatibles avec une exploitation quotidienne.
C’est une approche plus pragmatique, plus silencieuse, et surtout beaucoup plus durable économiquement.
La vitesse n’est plus un symbole. Elle devient un outil.
Une concurrence féroce sur le marché des ultra long-courrier des jets d’affaires
Le Bombardier Global 8000 affronte une concurrence acharnée dans le segment ultra long-courrier des jets d’affaires, mené par le Gulfstream G700 qui brille par sa vitesse et son luxe mais pêche en rayon d’action, le Dassault Falcon 10X (en développement) focalisé sur l’efficacité carburant et la souveraineté européenne, et le Gulfstream G800 (entrée en service 2025) qui le talonne en autonomie avec une cabine plus large.
Ces rivaux capitalisent sur l’accessibilité aéroportuaire et le confort haut de gamme, poussant le Global 8000 à se distinguer via son aile Smooth Flĕx Wing (qui doit théoriquement permettre l’accès à 30% d’aéroports en plus) et sa cabine 4 zones à basse altitude de 16,6 m².
Principaux concurrent du Global 8000 de Bombardier :
| Avion | Autonomie (km) | Vitesse max (Mach / km/h) | Cabine (m² / zones) | Prix (M€) | Moteurs (kN x2) |
| Global 8000 | 14 816 | 0,95 / 1155 | 16,6 / 4 | 74 | GE Passport (84,2) |
| Gulfstream G700 | 13 890 | 0,935 / 1135 | 17,1 / 4 | 72 | RR Pearl 700 (81,2) |
| Falcon 10X | 13 890 | 0,925 / 1125 | 16,1 / 4 | 69 | GE Passport (84,2) |
| Gulfstream G800 | 14 816 | 0,925 / 1125 | 17,5 / 4 | 74 | RR Pearl (81,2) |
| Global 7500 | 14 264 | 0,925 / 1125 | 16,6 / 4 | 67 | GE Passport (84,2) |
Sources : Données publiques des avions cités dans cet article
Crédit images : Bombardier



