Le moins qu’on puisse dire, c’est que la Norvège sait gérer son argent.
Government Pension Fund Global, ce nom ne vous dira rien probablement rien et pourtant il s’agit d’un des fonds les plus puissants de la planète.
Il est assez atypique dans la mesure dans la mesure où il s’agit d’un fond souverain de la Norvège, créé dans les années 70 pour faire fructifier la manne généré par le pétrole.
En 2025, ce fond a engrangé 206 milliards d’euros de gains, soit un rendement de 15,1 %.
À la fin de l’année, sa valeur totale atteignait 1 858 milliards d’euros (le PIB totale de la France en euros courants s’établissait à 2 919,9 milliards en 2024 pour comparaison).
Lire aussi :
- La nécessité géopolitique pousse ce pays qui possède 27% des richesses d’uranium d’Europe à autoriser de nouveau leur extraction
- Un cap symbolique vient de tomber dans l’énergie mondiale
Government Pension Fund Global, le fond qui est en train de rendre riches tous les norvégiens
Pour comprendre, revenons un peu en arrière. Au début des années 1970, lorsque la Norvège découvre d’importants gisements de pétrole en mer du Nord, le pays fait face à un dilemme que beaucoup d’États pétroliers connaissent : comment gérer cette manne soudaine sans déstabiliser l’économie et tout en pensant aux générations futures ?
Les Norvégiens ont alors une intuition remarquable : plutôt que de dépenser immédiatement ces revenus, ils décident en 1990 de créer un fonds souverain, baptisé à l’époque le « Fonds pétrolier ». L’idée est simple mais visionnaire : mettre de côté les surplus générés par l’exploitation des hydrocarbures pour se prémunir contre deux risques majeurs. D’abord, la volatilité des prix du pétrole qui peut faire des ravages dans une économie trop dépendante de l’or noir. Ensuite, l’inévitable déclin de cette ressource non renouvelable. En investissant ces revenus à l’échelle mondiale plutôt que localement, la Norvège diversifie intelligemment ses risques et transforme une richesse temporaire en capital durable. Aujourd’hui, ce pari s’est révélé extraordinairement payant : le fonds pèse plus de 1 858 milliards d’euros ce qui correspond à 4,16 fois le PIB annuel du pays !
9 000 entreprises, une toile financière mondiale
Plus de 9.000 entreprises dans le monde figurent dans le portefeuille du fonds, soit 1,5 % de toutes les entreprises cotées en Bourse à l’échelle mondiale.
Pas une majorité, évidemment, toutefois une présence suffisamment large pour être partout sans jamais être seul aux commandes.
Les actions représentent 71,3 % du portefeuille.
En 2025, elles ont rapporté 19,3 %, ce qui explique l’essentiel des gains annoncés.
Le fond a choisi de diversifier au maximum le portefeuille pour éviter les chocs violents.
Une crise sectorielle devient une mauvaise saison locale, pas une tempête capable de tout raser.
La technologie comme moteur principal
Le fonds est particulièrement présent sur des valeurs Big Tech comme Apple, Microsoft, Nvidia, Amazon, Alphabet et Meta.
Ce qui confirme une présence sur le Nasdaq, bourse américaine associée aux nouvelles technologies. Le numérique, les semi-conducteurs, les services en ligne, les infrastructures de calcul restent des moteurs puissants de création de valeur sur le long terme.
Certaines positions ont été légèrement réduites lors de réallocations récentes.
Ce mouvement ne signale pas un désengagement, plutôt un réglage fin, comparable à celui d’un navigateur qui ajuste sa voile selon le vent.
Obligations, immobilier et énergies renouvelables
Pour le reste :
- 26,5 % des actifs du fond sont investis en obligations, avec un rendement de 5,4 % en 2025.
- L’immobilier représente 1,7 % du portefeuille, pour un rendement de 4,4 %.
- Plus étonnant, les investissements non cotés dans les énergies renouvelables, encore marginaux en volume mais qui ont affiché un rendement de 18,1 %.
Le détail des investissements est disponible en toute transparence ici : https://www.nbim.no/en/investments/all-investments
On constatera d’ailleurs que la France est 5e du classement des pays les plus représentés dans el portefeuille avec 731 milliards de couronnes norvégiennes soit 64 milliards d’euros.
Combien chaque Norvégien procède-t-il dans ce fond sans le savoir ?
206 milliards d’euros de gains en 2025, divisés par environ 5,65 millions d’habitants, cela donne près de 36.500 euros par Norvégien sur une seule année.
Évidemment, personne ne reçoit ce virement. Cette somme vient grossir la valeur du Government Pension Fund Global, qui agit comme une gigantesque épargne collective.
Personne ne semble s’en plaindre, avec un total de 1.858 milliards d’euros, c’est comme si chaque bébé norvégien recevait près de 329.000 euros à la naissance !
Source :
Government Pension Fund Global, Résultats financiers du fond pour 2025,
https://www.nbim.no/contentassets/c7d3b015300d48a1ac0136f069b9bed7/gpfg_annual-results-2025.pdf
Image : La péninsule d’Ålesund en Norvège (2019).



