Safran se lance sur le marché PNT.
Un système de positionnement par satellites, appelé aussi GNSS pour Global Navigation Satellite System(en français « géolocalisation et navigation par système de satellites ») est une constellation d’environ 25 à 30 satellites qui tournent à près de 20 000 kilomètres au dessus de nos têtes. Le fameux GPS (américain) que tout le monde connait n’en est qu’un parmi d’autres (Galileo pour l’Europe ou Baidou en Chine entre autres exemples).
Le principe est simple : des satellites envoient un signal horodaté depuis environ 20 000 kilomètres d’altitude, le récepteur mesure le temps de parcours et calcule sa position.
Le problème c’est que ce système a une faiblesse de base : il a besoin d’une ligne de vue radio. Un tunnel, des immeubles, une vallée encaissée, du brouillage ou du spoofing (une falsification de signal) suffisent à dégrader la qualité du signal (vous avez déjà expérimenté avec GPS dans un parking).
C’est là que le PNT (en français « positionnement, navigation et synchronisation ») prend de l’importance depuis quelques années. Les acteurs de ce marché vendent de la robustesse au système qui doit désormais également tenir la position même quand le satellite ne répond plus proprement.
C’est dans ce contexte que Safran Electronics & Defense vient d’annoncer l’acquisition de Syntony, une entreprise toulousaine fondée en 2015 et spécialisée dans le PNT résilient, ce qui permet l’émergence d’un nouveau géant français sur ce marché très prometteur.
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Safran annonce l’acquisition de Syntony, le spécialiste de la résilience des systèmes de positionnement par satellites
Syntony s’est fait un nom là où tant d’autres systèmes abandonnent : sous terre, dans les tunnels, dans les métros… des environnements où le signal satellite ne pénètre plus.
Leader européen du GNSS en milieu souterrain, la société a développé des solutions capables de maintenir une localisation fiable là où le GPS classique décroche. Cela repose sur une combinaison de traitement du signal, d’antennes intelligentes et de récepteurs capables d’interpréter des signaux faibles ou indirects.
Aujourd’hui, l’entreprise emploie près de 70 collaborateurs entre Toulouse et Paris.
Des antennes qui savent ignorer le bruit
Parmi les technologies intégrées à Safran figure la CRPA (en français « antenne à diagramme de réception contrôlé »). Concrètement, il s’agit d’une antenne capable de filtrer les signaux parasites et de neutraliser le brouillage ou le leurrage.
Le brouillage consiste à saturer le récepteur avec un signal plus fort que celui du satellite. Le leurrage, plus subtil, envoie un faux signal pour tromper le système. Dans les deux cas, la conséquence peut être grave. Une antenne CRPA agit comme un projecteur orientable. Elle focalise sa réception sur la direction utile et ignore le reste.
Dans les secteurs aéronautiques et militaires, cette capacité est déterminante. La sécurité d’un vol ou d’une mission dépend de la fiabilité de la position.
La radio qui change de personnalité
Autre brique stratégique : la SDR (en français « radio définie par logiciel »). Contrairement à une radio traditionnelle dont les fonctions sont figées dans le matériel, la SDR peut modifier son comportement par simple mise à jour logicielle.
Cette flexibilité est essentielle dans un contexte où les signaux évoluent, où de nouvelles constellations apparaissent et où les menaces se transforment. La SDR permet d’adapter le système sans démonter l’équipement. Pour les plateformes embarquées, cela signifie moins de poids, moins de consommation électrique et une durée de vie allongée, pas un détail pour de nombreuses technologies au premier rang desquelles celle des drones.
Le ciel se rapproche avec les constellations LEO
Syntony développe également des récepteurs compatibles avec les constellations en orbite terrestre basse, dites LEO (en français « orbite basse »). Ces satellites gravitent à quelques centaines de kilomètres d’altitude, contre environ 20 000 kilomètres pour les systèmes GNSS classiques.
L’avantage est double : le signal est plus puissant et la latence réduite. En combinant GNSS traditionnels et constellations LEO, il devient possible d’augmenter la robustesse du positionnement.
Pour Safran, cela ouvre une continuité naturelle avec ses activités spatiales et son positionnement sur le New Space. Les satellites en orbite basse se multiplient. Les besoins en navigation fiable suivent la même trajectoire.

Des équipements plus compacts pour des plateformes plus exigeantes
L’intégration de Syntony permettra à Safran de proposer des solutions plus complètes, aussi plus compactes et moins énergivores. Cette évolution concerne aussi bien les drones et les systèmes anti-drones que les missiles, les avions ou les satellites.
Dans les environnements urbains, souterrains ou fortement contestés électromagnétiquement, la résilience devient la règle. Un système PNT moderne ne peut plus se contenter d’un unique signal satellite. Il doit combiner antennes intelligentes, traitement logiciel avancé et multi-constellations.
Acquérir Syntony revient donc à ajouter une couche de sécurité supplémentaire à cette colonne vertébrale numérique.
Le marché du PNT assuré, pilier invisible des systèmes modernes
Le marché mondial de l’Assured PNT (en français « positionnement, navigation et synchronisation assurés ») connaît une accélération spectaculaire, reflet direct des tensions géopolitiques et de la dépendance croissante aux signaux satellitaires.
Selon Mordor Intelligence, il était estimé à 620 millions d’euros en 2024 et pourrait atteindre 1,97 milliard d’euros en 2028. Le segment défense domine largement, avec des investissements portés notamment par L3Harris Technologies, RTX Corporation ou BAE Systems plc et donc Safran, qui développent des solutions anti-brouillage, des codes militaires renforcés et des architectures multi-constellations.
Le PNT ne constitue plus un simple service de localisation, il devient une infrastructure stratégique dont dépend la précision des missiles, la coordination des drones, la synchronisation des réseaux électriques et la stabilité des systèmes critiques.
Les principaux systèmes GNSS dans le monde
| Système | Pays / Région | Mise en service | Altitude orbitale | Nombre de satellites (cible) | Couverture |
|---|---|---|---|---|---|
| GPS | États-Unis | 1995 | 20 200 km | 31 | Mondiale |
| GLONASS | Russie | 1996 / 2010 | 19 100 km | 24 | Mondiale |
| Galileo | Union européenne | 2016 | 23 222 km | 24 (30 à terme) | Mondiale |
| BeiDou-3 | Chine | 2020 | 21 528 km (MEO) | 30+ | Mondiale |
| QZSS | Japon | 2018 | ~32 000 km (orbite quasi-zénithale) | 4 à 7 | Régionale |
| IRNSS (NavIC) | Inde | 2018 | ~36 000 km (géosynchrone) | 7 | Régionale |
Sources :
- Mordor Intelligence, Assured PNT Market – Growth, Trends, Forecast, publié en 2025,
rapport d’analyse de marché détaillant la taille, la croissance et les perspectives du marché du PNT résilient (Positioning, Navigation and Timing) - Wikipédia, Système de positionnement par satellites », page mise à jour en 2026
- Safran, « Safran renforce sa position sur le marché du PNT résilient avec l’acquisition de Syntony », communiqué de presse du 13 février 2026.
Image : représentation du GNSS européen Galileo.




