Un début d’année 2026 sur les chapeaux de roues pour GTT.
Il y a des entreprises inconnues du grand public, dont on ne voit jamais le logo. Pas de publicité, pas de produit en vitrine, pas de vague.
Et pourtant… elles sont au cœur de l’économie mondiale.
GTT (Gaztransport et Technigaz) est de ce petit groupe discret. Il s’agit d’une société française qui conçoit les membranes capables de contenir du gaz à –163 °C au fond d’immenses navires.
En 2026, cette spécialité a le vent en poupe et les commandes pleuvent, promettant une année record pour le Français.
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GTT en 2026 : la machine cryogénique française tourne à plein régime pendant que le monde se rue sur le GNL
Entre le 6 janvier et le 18 février 2026, GTT a enregistré une rafale de commandes portant sur la conception des cuves de 28 navires : 26 cuves pour méthaniers LNGC (Liquefied Natural Gas Carriers, c’est-à-dire des navires transporteurs de gaz naturel liquéfié) — réparties entre Hanwha Ocean (7), HD KSOE (4), Jiangnan (6) et Samsung Heavy Industries (9) ainsi que 2 cuves pour éthaniers de grande capacité (VLEC), sans compter un partenariat technologique stratégique avec HD Hyundai Heavy Industries.
En seulement huit semaines, le groupe français sécurise ainsi l’ingénierie cryogénique d’un volume majeur de capacités gazières flottantes, avec des livraisons attendues entre 2028 et 2029, confirmant l’intensification du cycle mondial du GNL.
Récapitulatif des commandes de cuves – janvier & février 2026
| Date | Chantier naval | Type de navire | Nombre de cuves |
| 06 janvier | Hanwha Ocean | LNGC | 7 |
| 08 janvier | Samsung Heavy Industries | LNGC | 2 |
| 14 janvier | Samsung Heavy Industries | LNGC | 2 |
| 21 janvier | HD KSOE | LNGC | 3 |
| 02 février | HD KSOE | LNGC | 4 |
| 05 février | Jiangnan | LNGC | 2 |
| 10 février | Samsung Heavy Industries | VLEC | 2 |
| 16 février | Jiangnan | LNGC | 4 |
| 18 février | Samsung Heavy Industries | LNGC | 2 |
| TOTAL | — | LNGC + VLEC | 28 cuves |
Des navires géants pour transporter du GNL tout autour de la planète
Les capacités annoncées donnent le ton avec jusqu’à 200 000 m³ pour certains LNGC (plus de 90 000 tonnes), ce ne sont pas de simples coques d’acier mais des villes flottantes !
À l’intérieur, la membrane GTT : Mark III Flex, Mark III Flex+, Mark III Slim… une évolution continue pour gagner quelques millimètres, quelques pourcentages d’efficacité, quelques tonnes de gaz transportées en plus.
Quand on additionne les commandes 2026 aux volumes déjà enregistrés en 2025, on comprend que la dynamique n’est pas conjoncturelle.
Elle est structurelle.
2025 : l’année où la croissance a confirmé le basculement
Sur les neuf premiers mois de 2025, GTT a enregistré 599,6 millions d’euros de chiffre d’affaires, en hausse de 29 % par rapport à 2024.
2024 affichait déjà 641,4 millions d’euros, soit +50 % sur 2023.
| Année | Chiffre d’affaires (€ millions) | Évolution annuelle |
|---|---|---|
| 2020 | 396 | +37 % |
| 2021 | 315 | −20,6 % |
| 2022 | 307 | −2,4 % |
| 2023 | 428 | +39,2 % |
| 2024 | 641,4 | +50 % |
| 9 mois 2025 | 599,6 | +29 % |
On observe clairement un point d’inflexion à partir de 2023. Après deux années de contraction, la croissance repart violemment.
Pourquoi ?
Parce que le monde s’est réorganisé.
La guerre en Ukraine a bouleversé les flux énergétiques. L’Europe est devenue le premier importateur mondial de GNL. Les États-Unis ont levé leur moratoire sur les nouveaux projets de liquéfaction. En 2025, 10 nouveaux projets ont été validés, représentant 84 millions de tonnes de capacité annuelle supplémentaire !
Selon l’Agence internationale de l’énergie, la demande mondiale de GNL atteindra 540 millions de tonnes en 2025, contre 400 millions en 2021.
Chaque tonne exportée nécessite un navire, chaque navire nécessite une cuve et chaque cuve nécessite une membrane.
un carnet de commandes qui donne de la visibilité jusqu’à 2029
Les livraisons des nouvelles commandes 2026 sont prévues entre 2028 et 2029.
C’est un élément clé.
Dans l’ingénierie navale, la reconnaissance du chiffre d’affaires s’étale sur la durée de construction des navires. Autrement dit, les commandes annoncées aujourd’hui irriguent les résultats futurs.
Cela signifie que :
- le carnet de commandes est déjà sécurisé sur plusieurs années
- la visibilité financière dépasse le court terme
- le pipeline 2028-2029 commence déjà à se remplir
Analyse financière : pourquoi le modèle GTT est particulièrement robuste
GTT n’est pas un chantier naval. Il ne fabrique pas les navires mais vend de l’ingénierie sous licence.
Son modèle repose sur :
- la propriété intellectuelle de ses systèmes à membrane
- des royalties versées par les chantiers navals
- des prestations d’ingénierie
- une montée en puissance des services numériques (Ascenz Marorka, Danelec)
Ce modèle présente trois avantages majeurs.
- des marges élevées
Historiquement, GTT affiche des marges opérationnelles très supérieures à celles de la construction navale classique. Le modèle “asset light” limite les coûts industriels lourds. L’essentiel de la valeur est dans la technologie.
Moins d’acier, plus de savoir-faire.
- une exposition indirecte mais stratégique au cycle énergétique
GTT n’achète pas de gaz. Il n’exploite pas de terminal. Il n’affrète pas de navires.
Il fournit la brique technologique indispensable.
Cela lui permet de capter la croissance du GNL sans supporter la volatilité des prix de la molécule.
- une diversification numérique en marche
En 2025, GTT a finalisé l’acquisition de Danelec, spécialiste danois des enregistreurs de données maritimes et de la performance navale. Avec Ascenz Marorka, déjà intégré, le groupe construit un pilier digital.
Demain, la valeur ne sera pas seulement dans la cuve.
Elle sera dans la donnée :
- optimisation des routes
- efficacité énergétique
- suivi en temps réel
- conformité environnementale
C’est un relais de croissance à marge élevée.
Une position française stratégique dans un marché dominé par l’Asie
Les chantiers sud-coréens et chinois dominent la construction navale mondiale. Samsung Heavy Industries. HD Hyundai. Jiangnan.
Mais la technologie cryogénique clé reste française.
C’est un cas d’école industriel :
- production en Asie
- propriété intellectuelle en France
- marché mondial
Dans un secteur où la concentration est forte, disposer d’un quasi-standard technologique est un avantage compétitif considérable pour l’Hexagone.
Un acteur historique du BTP allemand passe sous pavillon français
Le GNL : énergie de transition ou pilier durable ?
Certains voyaient le gaz naturel liquéfié comme une solution provisoire. Les chiffres racontent autre chose :
- 540 millions de tonnes en 2025.
- des dizaines de millions de tonnes de capacité supplémentaire validées en un an,
- des flottes entières de porte-conteneurs désormais propulsées au GNL.
Le gaz émet moins de CO₂ que le charbon ou le fioul lourd. Il sert de passerelle énergétique. Tant que les renouvelables et le stockage massif ne couvrent pas l’intégralité des besoins mondiaux, le GNL reste une pièce maîtresse.
Et tant que le GNL circulera par mer, GTT sera au cœur du système.
Sources :
- GTT, communiqués de presse janvier et février 2026
- Agence internationale de l’énergie (AIE) – Gas Market Report, Q4 2025, octobre 2025.
- International Gas Union (IGU) – World LNG Report 2025 Edition, juin 2025.
- U.S. Energy Information Administration (EIA) – Short-Term Energy Outlook, septembre 2025.
- BloombergNEF, Global LNG Outlook 2025–2030, octobre 2025.



