Une batterie géante cachée sous terre.
Les Chinois nous le prouvent un peu plus chaque jour mais ils prennent très au sérieux cette histoire de transition écologique.
Pas une journée ou presque sans qu’un record en la matière ne tombe et justement, nous allons vous parlez aujourd’hui de l’un des derniers avec la mise en service de la plus grosse batterie à air comprimé du monde : la Huai’an Salt Cavern CAES (pour Compressed Air Energy Storage, « stockage d’énergie par air comprimé » dans la langue de Molière) dans la province du Jiangsu. Elle serait capable d’après son opérateur Shanghai Electric d’alimenter près de 600 000 foyers.
Si dans votre esprit l’air comprimé ça sert normalement plus à envoyer des balles de paintball qu’à stocker l’énergie, ne paniquez pas, on vous explique tout !
Lire aussi :
- L’Allemagne va battre un nouveau record dans ce type d’énergie dont vous n’avez jamais entendu parler : les batteries à air comprimé
- La Chine est contrariée dans son rêve de batteries nucléaires mais la Science avance avec cette découverte sur les isomères
La Chine déploie la Huai’an Salt Cavern CAES, plus grand système de stockage d’énergie par air comprimé du monde
Qu’est-ce que le stockage d’énergie par air comprimé ?
L’idée est assez simple (comme toutes les bonnes idées dans l’énergie).
Pendant les périodes où l’électricité est abondante sur le réseau, par exemple lors de fortes productions d’éolien ou de solaire, une partie de cette électricité alimente d’énormes compresseurs.
Ces machines pressurisent l’air qui est ensuite envoyé dans des cavernes souterraines creusées dans des couches de sel, situées entre 1 150 et 1 500 mètres de profondeur.
Le sel possède une propriété très pratique pour ce type de stockage : Il est presque parfaitement étanche.
Les cavités se comportent alors comme d’immenses bouteilles sous pression naturelles.
Lorsque la demande d’électricité augmente, le processus s’inverse :
- L’air comprimé est libéré,
- il traverse des turbines,
- les turbines entraînent des générateurs électrique,
- l’électricité revient sur le réseau.
La logique ressemble beaucoup aux stations de pompage hydroélectriques, où l’on fait monter de l’eau dans un lac en altitude avant de la laisser redescendre à travers des turbines sauf qu’ici ce n’est pas de l’eau mais de l’air.
Une installation aux dimensions gargantuesque
Le projet, qui coûté environ 480 millions d’euros, comprend deux unités de production de 300 mégawatts chacune, soit à peu près à la puissance d’un petit réacteur nucléaire ou d’une grande centrale thermique.
La capacité de stockage énergétique atteint 2 400 mégawattheures, soit 2,4 gigawattheures ce qui permet de produire 792 millions de kilowattheures par an.
Cette production correspond à la consommation annuelle d’environ 600 000 ménages.
La première unité a atteint sa pleine puissance en décembre 2025 et la seconde unité vient de réussir sa connexion au réseau électrique avec production à pleine charge dès le premier essai.

Pourquoi le stockage devient indispensable pour l’électricité ?
Depuis quelques années, les réseaux électriques évoluent rapidement.
L’éolien et le solaire prennent une place de plus en plus grande dans la production.
Ces sources produisent une électricité propre mais leur intermittence est un vrai problème pour un réseau.
La fréquence du réseau européen par exemple oscille autour de 50 hertz.
Une variation trop forte dans un sens ou l’autre (pas assez de courant et trop) peut provoquer des coupures (comme l’a prouvé le blackout espagnol de 2025).
Les opérateurs doivent donc constamment équilibrer la production et la consommation.
Le stockage devient alors une pièce essentielle du puzzle énergétique.
Une installation comme celle de Huai’an peut intervenir dans plusieurs situations :
- absorber l’électricité excédentaire,
- restituer l’énergie lors des pics de consommation,
- stabiliser la fréquence du réseau,
- compenser les variations rapides des énergies renouvelables.
Ce rôle s’appelle le « peak shaving » (en français « écrêtage des pointes de consommation »).
Le stockage absorbe les excès et restitue l’énergie quand le niveau baisse.
Un système qui évite la combustion de gaz
Les premières centrales CAES utilisaient du gaz naturel pour réchauffer l’air lors de la détente.
Le projet chinois adopte une approche différente avec une technologie appelée « high-temperature adiabatic compression » (en français « compression adiabatique à haute température »).
Lors de la compression de l’air, de la chaleur est produite.
Cette chaleur est habituellement perdue mais dans cette installation, elle est récupérée.
Elle est stockée dans deux systèmes thermiques :
- des réservoirs de sels fondus (en français « sel liquide à haute température »)
- de l’eau thermique pressurisée
Lorsque l’air comprimé est relâché pour produire de l’électricité, cette chaleur est réinjectée dans le processus.
Le système peut donc fonctionner sans combustion de carburant fossile.
Le rendement énergétique atteint environ 70 à 71 % (sur 100 unités d’électricité utilisées pour comprimer l’air, environ 70 unités sont récupérées lors de la production).
Ce niveau se rapproche de certains systèmes hydrauliques de stockage.
La bonne idée : recycler une mine de sel abandonnée
Un détail rend ce projet particulièrement intéressant.
La centrale n’a pas nécessité la création de nouvelles cavités souterraines puisqu’elle a élu domicile dans les galeries d’une ancienne mine de sel.
Ces mines forment souvent des structures géologiques très adaptées au stockage d’énergie.
Les cavités peuvent atteindre des volumes gigantesques et la roche saline limite les fuites de gaz.
Des projets similaires existent en Allemagne ou aux États-Unis mais les défis techniques restent importants.
Dans le projet chinois, les mines de sel contiennent souvent des impuretés.
Des sédiments peuvent occuper une partie du volume souterrain.
Les ingénieurs doivent analyser la stabilité des cavités, la pression maximale supportable, la circulation de l’air.
Ce travail nécessite des modèles géologiques très précis.
L’Institut de mécanique des roches de l’Académie chinoise des sciences insiste sur ce point : le stockage souterrain constitue l’élément central de la performance du système.
Une réduction importante des émissions
Au-delà du stockage, l’installation a aussi un impact climatique mesurable.
Selon les estimations des opérateurs du projet :
- 250 000 tonnes de charbon standard pourraient être économisées chaque année
- 600 000 tonnes de CO₂ pourraient être évitées
Ces chiffres correspondent à peu près aux émissions annuelles d’une ville de taille moyenne.
La centrale joue donc un rôle double : elle stabilise le réseau électrique et réduit l’utilisation de centrales thermiques de pointe.
Ces centrales, souvent au charbon ou au gaz, sont généralement activées uniquement lors des périodes de forte consommation.
Remplacer ces démarrages par de l’énergie stockée permet de limiter les émissions.
Une course mondiale au stockage géant
Le projet de Huai’an illustre une tendance : partout dans le monde, les ingénieurs cherchent des moyens de stocker de grandes quantités d’électricité.
Les batteries lithium-ion dominent aujourd’hui le marché mais elles restent coûteuses pour des volumes gigantesques.
Les solutions alternatives se multiplient :
- stations hydrauliques de pompage
- stockage gravitaire
- stockage thermique
- hydrogène
- air comprimé
Chaque technologie possède ses avantages.
Le stockage par air comprimé présente un atout majeur.
Les cavités souterraines peuvent atteindre des volumes gigantesques pour un coût relativement faible.
Un réservoir naturel peut contenir des milliers de tonnes d’air sous pression.
Construire une batterie électrochimique de taille équivalente coûterait beaucoup plus cher.
L’avenir du stockage électrique passera probablement par une combinaison de plusieurs technologies, chacune adaptée à une échelle différente.
Sources :
- ESS News, World’s Largest Compressed Air Energy Storage Station Now Fully Operational in China (4 mars 2026),
article d’actualité présentant la mise en service complète de la plus grande centrale de stockage d’énergie par air comprimé au monde en Chine, détaillant sa capacité de 600 MW et 2,4 GWh ainsi que son rôle dans la stabilisation des réseaux électriques alimentés par des énergies renouvelables. - Shanghai Electric, Advanced Compressed Air Energy Storage Project Overview (2025),
document technique du groupe industriel présentant les caractéristiques du projet de stockage d’énergie par air comprimé développé en Chine, les technologies employées, les performances énergétiques attendues et les perspectives d’industrialisation de cette solution de stockage à grande échelle. - PV Magazine, China’s 600 MW / 2.4 GWh CAES Plant Becomes World’s Largest (4 mars 2026),
article spécialisé analysant l’entrée en service de la centrale CAES chinoise de 600 MW, en détaillant les performances du système, les innovations technologiques associées et les implications pour le développement du stockage massif d’électricité dans les systèmes énergétiques bas carbone.





