En trois semaines, une start-up française a réussi ce que certains programmes européens mettent des mois à valider : des moteurs de fusée testés, éprouvés et déjà prêts pour l’industrialisation.
En février 2026, la start-up française Sirius Space Services a enchaîné quatre campagnes d’essais de chambres de combustion, le cœur d’un moteur de fusée, sur le banc P8 du centre spatial du DLR en Allemagne. Le tout en moins de trois semaines.
Un rythme inhabituel en Europe, où les cycles de validation s’étalent souvent… sur plusieurs mois.
Cette performance est résultat d’un programme de recherche structuré, mené pendant deux ans avec le CNES, baptisé FAISCEAU.
Lire aussi :
- Toulouse bientôt détrônée par Reims comme capitale européenne du marché florissant du NewSpace ?
- Un géant français brille dans un secteur spatial qui pèsera 27 milliards d’euros en 2033 : la bande Ka
Sirius valide son process pour des moteurs imprimés en 3D cassant les codes industriels
Le pari technologique de Sirius est de réinventer la fabrication des moteurs de fusée.
Plutôt que de s’appuyer sur des procédés classiques lourds et coûteux, l’entreprise mise sur la fabrication additive. Concrètement, cela permet de produire des pièces couche par couche, avec une précision extrême, et surtout avec des formes impossibles à obtenir via l’usinage traditionnel pour des chambres de combustion plus performantes, mais aussi plus rapides à produire.
Parmi les innovations mises en œuvre :
- Impression 3D multi-matériaux, combinant deux alliages différents
- Techniques de soudage avancées, adaptées aux contraintes thermiques extrêmes
- Optimisation géométrique, pour améliorer la circulation des fluides et la résistance
Le tout doit permettre de réduire la masse tout en augmentant la robustesse, un enjeu central pour tout lanceur spatial.
Car dans une fusée, chaque kilogramme économisé se traduit directement par plus de charge utile ou moins de carburant.
80 secondes à pleine puissance : un test loin d’être anodin
Dans le spatial, les chiffres doivent toujours être replacés dans leur contexte.
Ici, Sirius annonce 80 secondes cumulées de fonctionnement à pleine puissance.
Cela peut sembler court. En réalité, c’est considérable.
Une chambre de combustion subit des conditions extrêmes :
- Températures supérieures à 3 000 °C
- Pressions très élevées
- Flux de gaz à grande vitesse
Maintenir une combustion stable dans ces conditions, sans déformation ni dégradation, relève d’un véritable défi d’ingénierie.
Chaque chambre testée a été allumée deux fois, soit huit tirs au total.
Ce type de répétition est essentiel pour valider la fiabilité, notamment dans une logique de moteurs réutilisables.
Une maîtrise industrielle qui change la donne
Ces essais ne sont pas seulement une réussite technique. Ils marquent un basculement stratégique : Sirius maîtrise désormais toute sa chaîne de production.
C’est un point clé dans le spatial.
Historiquement, l’Europe dépend fortement de chaînes industrielles longues, avec de multiples sous-traitants. Résultat : délais élevés et coûts importants.
Avec son approche intégrée, Sirius cherche à inverser cette logique.
Les chambres bi-matériaux testées ont notamment confirmé :
- Une réduction de masse significative
- Une résistance mécanique intacte
- Une capacité à être produites rapidement en série
Pour le CNES, qui accompagne le projet, il s’agit d’un jalon important vers des méthodes de fabrication plus modernes et plus compétitives.
Une stratégie industrielle accélérée avec l’acquisition d’AMM-42
La technologie seule ne suffit pas. Encore faut-il pouvoir produire à grande échelle.
Dans cette optique, Sirius a annoncé le rachat de AMM-42, une PME spécialisée dans l’usinage de haute précision, basée dans la Loire.
Ce mouvement est loin d’être anodin. Il permet à la start-up de :
- Internaliser des compétences critiques
- Accélérer les cadences de production
- Réduire sa dépendance aux fournisseurs externes
Autrement dit, Sirius ne se contente plus d’innover. Elle prépare déjà son passage à l’industrialisation pour ses trois lanceurs, à savoir SIRIUS-1, SIRIUS-13 et SIRIUS-15.
Trois lanceurs en ligne de mire : une ambition claire sur l’orbite basse
Derrière ces développements techniques, il y a une stratégie bien définie : le marché des petits satellites.

Sirius travaille actuellement sur trois lanceurs :
| Lanceur | Positionnement |
| SIRIUS-1 | Démonstrateur technologique |
| SIRIUS-13 | Lanceur léger opérationnel |
| SIRIUS-15 | Version plus performante |
L’objectif est de placer en orbite basse des satellites de moins d’une tonne, un segment en pleine explosion avec :
- La multiplication des constellations
- Le développement des applications militaires et duales
- L’essor de l’observation de la Terre
Ce marché est aujourd’hui dominé par des acteurs américains comme SpaceX ou Rocket Lab.
L’Europe, elle, reste en retrait sur les petits lanceurs réactifs.
Sirius entend clairement se positionner sur ce créneau stratégique.
France 2030, Airbus, ArianeGroup : un écosystème en soutien
La start-up fondée en 2020 bénéficie (outre le CNES) de plusieurs soutiens structurants :
- Programme France 2030, qui finance l’innovation industrielle
- ArianeGroup, acteur clé du spatial européen
- Airbus, impliqué dans de nombreux projets orbitaux
Cet environnement joue un rôle déterminant. Il permet à Sirius de combiner agilité de start-up et accès à des compétences industrielles de haut niveau.
Une première mise en orbite dès 2027 ?
Avec des moteurs validés et une montée en puissance industrielle en cours, Sirius commence à franchir un cap.
L’entreprise évoque désormais un premier lancement possible dès 2027.
Si ce calendrier est tenu, cela placerait la France dans une position plus offensive sur le segment des lanceurs légers, aujourd’hui stratégique pour :
- Les applications militaires (ISR, communications sécurisées)
- Les services commerciaux (télécoms, imagerie)
- Les constellations souveraines
Dans un contexte de compétition accrue entre États-Unis, Chine et Europe, ce type d’initiative pourrait peser bien plus qu’il n’y paraît.
Un écosystème New Space français en pleine accélération
Derrière le cas Sirius, c’est en réalité toute une filière française qui est en train de changer d’échelle. Le New Space tricolore connaît aujourd’hui une croissance rapide, portée notamment par le plan France 2030.
Ce programme public injecte 1,052 milliard d’euros dans 99 projets, avec plus de 130 bénéficiaires, et fixe des objectifs très concrets :
- Un micro-lanceur français opérationnel dès 2027
- Plus de 10 services issus de constellations en 2030
- Plus de 200 utilisateurs de données spatiales
Le tissu industriel s’étoffe rapidement. On compte désormais environ 150 entreprises privées, représentant plus de 2 000 emplois, dont 300 directement liés aux micro-lanceurs.
Sur les dix dernières années, 52 start-up ont levé plus de 650 millions d’euros, preuve d’un intérêt croissant des investisseurs.
À l’échelle européenne, la France pèse désormais 15 % des 65 000 emplois du secteur spatial, une position stratégique dans la compétition mondiale.
Les acteurs clés du New Space français
| Entreprise | Activité principale | Financements récents | Implantation / Effectif |
|---|---|---|---|
| The Exploration Company (TEC) | Capsule cargo Nyx | 216 M€ (dont 150 M€ en 2024) | 400 employés / Munich – Mérignac |
| Loft Orbital | Satellites prêts-à-l’emploi | 170 M€ (janv. 2025) | Toulouse – San Francisco |
| Exotrail | Propulsion électrique & space-tug | Leader européen (secteur à 650 M€) | France |
| HyPrSpace | Micro-lanceur Baguette One | Développement en cours (2026) | France |
| Latitude | Micro-lanceur Zéphyr | Positionnement nanosatellites | France |
| MaiaSpace (ArianeGroup) | Lanceur réutilisable Maia | Soutien industriel majeur | France |
| Spartan Space | Habitats lunaires & combinaisons | Contrat CNES / Décathlon | Marseille |
À ces entreprises s’ajoute l’Alliance NewSpace, qui fédère une cinquantaine d’acteurs pour structurer la filière et accélérer les coopérations.
Source : données publiques de Sirius



