Le CERN vient d’ajouter une nouvelle particule au grand inventaire de l’univers et qui serait quatre fois plus lourde que le proton de nos atomes

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Sous la frontière franco-suisse, dans les tunnels du CERN, une nouvelle pièce vient de s’ajouter au puzzle de la matière.

Pas une découverte spectaculaire à la manière du boson de Higgs qui fera la « une » des grands journaux… et pourtant le CERN vient de faire une découverte qui pourrait avoir des répercussions sur notre compréhension de la matière avec une particule qui ressemble au proton… sauf qu’elle est quatre fois plus lourde.

Le 16 mars 2026, la collaboration LHCb a annoncé avoir identifié un nouveau baryon composé de deux quarks charmés et d’un quark down. Une configuration rare, difficile à produire et encore plus difficile à observer.

Vous n’y comprenez rien ? Pas de panique, lisez la suite on va vous traduire !

Lire aussi :

Le CERN découvre une particule encore plus lourde que le proton

Petit rappel pour commencer.

Un atome (hydrogène, oxygène etc) est la plus petite unité de matière qui conserve les propriétés d’un élément chimique.
Il n’est pas indivisible : il est composé d’un noyau central, extrêmement dense, qui concentre plus de 99,9 % de sa masse.
Autour de ce noyau gravite un nuage d’électrons, bien plus vaste, jusqu’à 100 000 fois plus étendu que le noyau lui-même.

Le CERN vient ainsi de trouver une nouvelle particule qui ressemble beaucoup au proton.

Un proton, c’est trois quarks (particule élémentaire qui constitue la matière observable) :

  • deux quarks up
  • un quark down

Dans ce nouveau baryon (catégorie de particules à laquelle appartiennent l’électron et le proton), la structure reste à trois quarks.
Mais deux d’entre eux sont des quarks charmés, beaucoup plus lourds.

Cela donne un résultat qui « ressemble » à un proton mais environ quatre fois plus massif !

Une sorte de version « musclée » du proton, si l’on veut simplifier.

Découverte de la NASA : l’oxygène présent sur certaines planètes pourrait être un faux positif de vie extraterrestre

Les quarks, briques fondamentales de la matière

Pour comprendre pourquoi cette découverte compte, il faut revenir à la base.

Les quarks sont les constituants élémentaires de la matière. Il en existe six types, appelés « saveurs » :

  • up
  • down
  • charm
  • strange
  • top
  • bottom

Ils s’assemblent de deux façons principales :

  • par deux → mésons
  • par trois → baryons (comme les protons et les neutrons)

Le problème, c’est que la plupart de ces assemblages sont instables.

Ils apparaissent brièvement lors de collisions de particules… puis disparaissent presque instantanément.

Comment détecter une particule qui n’existe pas vraiment ?

C’est là que le Large Hadron Collider du CERN entre en jeu.

Dans cet accélérateur géant, des protons sont envoyés à des vitesses proches de celle de la lumière, puis entrent en collision.

Ces collisions produisent une multitude de particules exotiques, dont certaines n’existent que pendant une fraction de seconde.

Les physiciens ne les observent pas directement. Ils détectent plutôt les produits de leur désintégration, un peu comme si vous reconstruisiez un objet brisé en analysant les morceaux au sol.

C’est exactement cette méthode qui a permis d’identifier ce nouveau baryon.

Une découverte rare dans le monde des particules

Ce type de particule n’est pas courant. C’est seulement la deuxième fois qu’un baryon contenant deux quarks lourds est observé.

La première fois remonte à 2017, déjà avec LHCb. À l’époque, les chercheurs avaient détecté une particule très proche, composée de :

  • deux quarks charmés
  • un quark up

Cette fois, le quark up est remplacé par un quark down.

Un changement minuscule en apparence… mais qui a des conséquences importantes.

Une particule encore plus difficile à capturer

La nouvelle particule est encore plus fugace que celle découverte en 2017.

Sa durée de vie est jusqu’à six fois plus courte !

Autrement dit, elle disparaît presque immédiatement après sa création.

Pour réussir à la détecter, les chercheurs ont analysé les données issues de collisions proton-proton enregistrées pendant la troisième phase d’exploitation du LHC.

Le signal obtenu atteint une significativité de 7 sigma.

Dans le jargon des physiciens :

  • 5 sigma = seuil officiel pour parler de découverte
  • 7 sigma = quasi-certitude expérimentale

Autrement dit, il ne s’agit pas d’un doute ou d’un indice. La particule est bien là.

Une fenêtre directe sur la force la plus puissante de l’univers

Derrière cette découverte, il y a une question fondamentale.

Comment les quarks tiennent-ils ensemble ?

La réponse tient dans une théorie appelée chromodynamique quantique, ou QCD.

C’est elle qui décrit la force forte, l’interaction responsable de :

  • la cohésion des protons et des neutrons
  • la stabilité des noyaux atomiques
  • l’existence même de la matière telle qu’on la connaît

Le problème, c’est que cette force est extrêmement difficile à modéliser.

Chaque nouvelle particule observée sert de test grandeur nature pour les théoriciens.

LHCb, une machine à découvrir des particules

Avec cette découverte, le nombre total d’hadrons identifiés grâce aux expériences du LHC atteint désormais 80.

Et ce n’est pas un hasard puisque le détecteur LHCb est spécialisé dans l’étude des particules contenant des quarks lourds, comme le quark charmé.

Il a été amélioré en 2023, ce qui permet aujourd’hui de capter des signaux encore plus faibles et plus rares.

Ce nouveau baryon est d’ailleurs la première particule découverte depuis cette mise à niveau.

Une étape avant le LHC nouvelle génération

Pour Mark Thomson, directeur général du CERN, ce résultat illustre parfaitement l’intérêt des améliorations apportées aux détecteurs.

Chaque gain en précision ouvre la porte à de nouvelles découvertes.

Et ce n’est que le début !

Le futur du LHC, avec sa version à haute luminosité, devrait multiplier le nombre de collisions… et donc les chances de découvrir des particules encore plus rares.

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Les autres baryons exotiques

Les baryons exotiques existent déjà en grand nombre, mais ils sont souvent éphémères et difficiles à détecter comme nous l’avons vu.

Chaque nouvelle observation permet de compléter une sorte de « tableau périodique  » des particules, où chaque combinaison de quarks raconte quelque chose sur la façon dont la matière s’organise à l’échelle la plus fondamentale.

Tableau des principaux baryons connus :

Famille Symbole Quarks Masse (MeV/c²) Spin (J) Charge (Q) Étrangeté (S) Durée de vie
Nucléons p (proton) uud 938,3 1/2 +1 0 Stable
Nucléons n (neutron) udd 939,6 1/2 0 0 885 s
Delta Δ++ uuu 1232 3/2 +2 0 10⁻²³ s
Delta Δ+ uud 1232 3/2 +1 0 10⁻²³ s
Delta Δ0 udd 1232 3/2 0 0 10⁻²³ s
Delta Δ− ddd 1232 3/2 −1 0 10⁻²³ s
Lambda Λ⁰ uds 1115,7 1/2 0 −1 2,6×10⁻¹⁰ s
Sigma Σ+ uus 1189,4 1/2 +1 −1 0,8×10⁻¹⁰ s
Sigma Σ⁰ uds 1192,6 1/2 0 −1 7,4×10⁻²⁰ s
Sigma Σ− dds 1197,4 1/2 −1 −1 1,5×10⁻¹⁰ s
Xi Ξ⁰ uss 1314,9 1/2 0 −2 2,9×10⁻¹⁰ s
Xi Ξ− dss 1321,3 1/2 −1 −2 1,6×10⁻¹⁰ s
Omega Ω− sss 1672,5 3/2 −1 −3 0,8×10⁻¹⁰ s

Baryons plus exotiques (quarks lourds) :

Au-delà de ces particules « classiques », il existe toute une famille de baryons contenant des quarks plus lourds :

  • Λc⁺ (udc) → ~2286 MeV
  • Ωc⁰ (ssc) → ~2698 MeV
  • Λb⁰ (udb) → ~5624 MeV

Ces particules, observées notamment au LHC, sont encore plus instables et difficiles à produire. Certaines ne vivent qu’une fraction de seconde avant de se désintégrer.

C’est précisément dans cette catégorie que vient s’inscrire la nouvelle particule découverte par LHCb : un baryon doublement charmé, rare, lourd, et précieux pour comprendre les règles profondes qui gouvernent la matière.

Sources :

  • Particle Data Group (Lawrence Berkeley National Laboratory), Tables of Baryons (2023),
    https://pdg.lbl.gov/2023/tables/contents_tables_baryons.html
    base de données scientifique recensant les propriétés des baryons connus (masses, charges, états quantiques), servant de référence internationale pour la physique des particules.
  • LHCb Outreach (CERN), Observation of the Doubly Charmed Heavy Proton Ξcc (17 mars 2026),
    https://lhcb-outreach.web.cern.ch/2026/03/17/observation-of-the-doubly-charmed-heavy-proton-%ce%becc/
    article scientifique présentant l’observation d’un baryon lourd à double quark charmé par la collaboration LHCb, avec des détails sur la méthode expérimentale et les implications pour la compréhension de la structure de la matière.
  • CERN, LHCb Collaboration Discovers New Proton Particle (17 mars 2026),
    https://home.cern/fr/news/news/physics/lhcb-collaboration-discovers-new-proton-particle
    communiqué officiel annonçant la découverte d’une nouvelle particule baryonique par l’expérience LHCb, mettant en avant les avancées expérimentales et les perspectives ouvertes en physique des particules.

 

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Eric GARLETTI
Eric GARLETTIhttps://www.eric-garletti.fr/
Je suis curieux, défenseur de l'environnement et assez geek au quotidien. De formation scientifique, j'ai complété ma formation par un master en marketing digital qui me permet d'aborder de très nombreux sujets. Depuis 2025 Ambassadeur du Spatial pour le CNES

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