Une décision politique qui bouscule la trajectoire climatique européenne.
Le Parlement italien vient d’adopter un projet de loi lourd de sens : repousser la sortie du charbon de 2026 à 2038. Officiellement, il s’agit d’une mesure de sécurité énergétique. Dans les faits, cela traduit surtout un système sous tension.
L’Italie reste fortement dépendante du gaz importé, dont les prix ont été secoués par les tensions au Moyen-Orient. Face à cette volatilité, le gouvernement a choisi de conserver une solution de secours (tout le monde n’a pas le nucléaire pour y remédier).
Le texte, déjà validé par la Chambre des députés, doit encore passer au Sénat, où la majorité est acquise. Sauf surprise, la prolongation sera entérinée, malgré un décalage évident avec les objectifs climatiques européens.
Lire aussi :
- Après 40 ans sans nucléaire, ce pays d’Europe du Nord pourrait être amené à changer d’avis et ce n’est pas un cas isolé en Europe
- L’Allemagne n’a pas de pétrole mais elle a des idées avec cette première mondiale : une usine flottante capable de produire de l’hydrogène à partir la mer et du vent
L’Italie repousse sa sortie du charbon à 2038
Un rôle du charbon devenu marginal mais stratégique
Sur le papier, l’impact immédiat reste limité. En 2025, le charbon représentait moins de 1 % de la production électrique italienne.
Le parc est aujourd’hui réduit à quatre centrales :
| Centrale à charbon | Situation |
| 2 centrales sur le continent | arrêtées, autorisations expirées |
| 2 centrales en Sardaigne | encore actives, fermeture prévue 2028-2029 |
Les centrales du continent ne peuvent pas redémarrer rapidement, en raison de contraintes administratives et juridiques importantes. Celles de Sardaigne bénéficient déjà d’un sursis en attendant une interconnexion électrique avec le continent.
Le charbon n’est donc plus un pilier mais reste une option en cas de crise.
Une réponse à la crise énergétique aux effets incertains
La décision italienne s’inscrit dans un contexte d’incertitude énergétique plus large.
L’Italie, comme d’autres pays européens, doit composer avec la hausse des coûts, la dépendance aux importations et la pression industrielle. Dans ce cadre, le charbon agit comme un filet de sécurité.
D’autres États comme l’Allemagne ou le Japon ont également envisagé des solutions similaires.
Cependant, les bénéfices restent discutables. Selon plusieurs experts, le recours au charbon ne permettrait pas de faire baisser significativement les prix de l’électricité, ce qui limite fortement son intérêt économique.
Un signal politique qui inquiète les experts
Au-delà de l’impact réel, c’est le message envoyé qui interpelle.
Pour les analystes du secteur, cette décision marque un infléchissement dans la stratégie énergétique italienne.
Le risque n’est pas seulement climatique. Il est aussi politique. Si plusieurs pays commencent à repousser leurs engagements, la trajectoire européenne pourrait perdre en cohérence.
Un charbon en recul en Europe mais encore loin d’avoir disparu
À l’échelle de l’Union européenne, le charbon n’a pas encore dit son dernier mot. On compte encore environ 200 centrales thermiques au charbon en activité, un chiffre en forte baisse depuis une décennie, mais qui reste significatif en termes de capacité et d’impact climatique.
Aujourd’hui, le charbon représente environ 6 à 7 % de la production électrique européenne, contre près de 19 % il y a encore quelques années. Une chute rapide, accélérée depuis 2020, portée par les politiques climatiques et la montée en puissance des renouvelables.
Voici l’état actuel du parc charbonnier européen :
| Donnée clé | Valeur indicative actuelle | Commentaire |
| Nombre de centrales | ~200 unités | En diminution continue |
| Capacité installée | ~150 GW | Environ 15 % du parc électrique total |
| Part de l’électricité | ~6–7 % | Concentrée dans quelques pays |
| Part des émissions CO₂ | ~18 % | Toujours très élevée |
| Évolution du parc | Fermetures accélérées | Plusieurs dizaines de GW arrêtés d’ici 2026–2027 |
Le charbon reste un pilier résiduel dans certains pays comme l’Allemagne (22%) ou la Pologne (54%).
Le charbon, symptôme d’une transition sous tension
Ce qui se joue dépasse largement la question du charbon.
La décision italienne révèle une fragilité structurelle : la transition énergétique européenne repose encore sur des équilibres instables.
Entre dépendance au gaz, infrastructures incomplètes et tensions géopolitiques, les États avancent avec prudence. Le charbon, que l’on pensait définitivement relégué, revient comme solution de secours.
Pas par choix stratégique, mais par contrainte.
Et derrière ce retour, une interrogation persiste : la transition énergétique peut-elle tenir sans sécurité d’approvisionnement solide ?
Sources :
- IFRI, Les défis de la sortie du charbon en Europe (01 juillet 2019),
https://www.ifri.org/fr/publications-exterieures/les-defis-de-la-sortie-du-charbon-en-europe
rapport analysant la transition énergétique en Europe, détaillant la diminution du nombre de centrales à charbon, la baisse de leur contribution à la production électrique (environ 6–7 %), tout en soulignant leur poids encore important dans les émissions de CO₂ du secteur énergétique. - Le Taurillon, Faut-il fermer les mines de charbon en Europe ? (07 aout 2019),
https://www.taurillon.org/faut-il-fermer-les-mines-de-charbon-en-europe
article d’analyse présentant une estimation du parc de centrales au charbon en Europe (environ 200 unités) ainsi que la capacité installée (environ 150 GW), permettant de situer le rôle du charbon dans le mix électrique européen actuel. - La Repubblica, Carbone, addio rinviato: centrali fino al 2038 (30 mars 2026),
https://finanza.repubblica.it/News/2026/03/30/carbone_addio_rinviato_centrali_fino_al_2038-3/
article évoquant le report de la sortie du charbon pour l’Italie.
Image de mise en avant : Ancienne centrale électrique d’Enel à Civitavecchia.




