En Inde, un réacteur pas comme les autres vient de s’allumer.
Il ne produit pas encore d’électricité à grande échelle pourtant, à Kalpakkam, dans le sud de l’Inde, un moment très attendu vient de se produire.
Le Prototype Fast Breeder Reactor (PFBR), un réacteur nucléaire de 500 MW électriques, a atteint l’état critique.
Ce qui veut dire que la réaction nucléaire s’auto-entretient désormais et que le cœur du réacteur fonctionne.
Cela marque surtout la fin d’un très long tunnel pour l’Inde… Et le début d’un autre.
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Le réacteur PFBR indien atteint son état critique après 22 ans de travaux
Ce réacteur PFBR, appartient à une catégorie très particulière : les réacteurs surgénérateurs. Contrairement aux centrales classiques, il ne se contente pas de produire de l’énergie. Il est conçu pour fabriquer davantage de combustible qu’il n’en consomme.
Le principe repose sur un assemblage de plutonium et d’uranium, appelé combustible MOX, plongé dans un environnement refroidi non pas par de l’eau, mais par du sodium liquide. Le sodium permet en effet de travailler à haute température, sans pression élevée, avec une excellente conductivité thermique.
C’est une technologie exigeante, parfois délicate à maîtriser, mais qui offre une promesse unique : transformer des déchets nucléaires en carburant nucléaire utilisable. Autrement dit, étendre considérablement les ressources disponibles.
Un réacteur pas complètement exempt de défauts
Du côté des limites, la promesse technique s’accompagne de contraintes importantes. Le fonctionnement d’un surgénérateur repose sur des équilibres complexes, avec des matériaux et des fluides comme le sodium liquide, qui exigent une maîtrise industrielle très fine et des dispositifs de sûreté spécifiques.
La montée en puissance de la filière est lente : il faut plusieurs décennies pour produire suffisamment de plutonium pour alimenter un parc à grande échelle. Sur le plan économique, l’équation reste discutée. Les investissements sont élevés, les chantiers longs, et des expériences passée ont laissé une image contrastée, notamment en raison des coûts de démantèlement et des difficultés d’exploitation.
À cela s’ajoute un débat persistant : entre le retraitement du combustible et son stockage direct, le gain économique n’est pas toujours évident, ce qui continue d’alimenter les interrogations sur la place réelle de cette technologie dans le futur du nucléaire.

Une pièce centrale dans une stratégie pensée sur des décennies
Pour comprendre l’importance du PFBR, il faut regarder le programme nucléaire indien dans son ensemble. L’Inde ne dispose que de ressources limitées en uranium. En revanche, elle possède d’immenses réserves de thorium.
Le plan est donc structuré en trois étapes. D’abord, des réacteurs classiques à uranium. Ensuite, des réacteurs surgénérateurs comme celui de Kalpakkam, capables de produire du plutonium. Enfin, une troisième phase basée sur le thorium.
Dans cette architecture, le PFBR joue le rôle de charnière. Sans lui, la transition vers le thorium reste théorique. Avec lui, elle devient envisageable.
Un chantier long, parfois chaotique, mais révélateur
Le projet a démarré en 2004 et détient le tristement célèbre record d’être le plus long projet de réacteur nucléaire en construction au monde. Il devait initialement entrer en service bien plus tôt. Entre-temps, les ingénieurs ont dû revoir certains systèmes, notamment la gestion du combustible, adapter des équipements, corriger des imprévus techniques.
Au final, malgré ce record ce genre de trajectoire n’a rien d’exceptionnel dans le nucléaire avancé. Chaque génération de réacteur apporte son lot de défis.
Le fait que le réacteur est (enfin) atteint l’état critique prouve que le concept fonctionne.
Désormais, le réacteur entre dans une phase plus progressive. La puissance va être augmentée par paliers, avec des tests, des vérifications, des ajustements. Cela prendra encore plusieurs mois avant d’atteindre un fonctionnement nominal.
Une technologie qui revient au premier plan
Au début des années 2020, seuls trois réacteurs de ce type alimentaient réellement un réseau électrique : les unités russes de Beloyarsk, BN-600 (560 MWe) et BN-800 (820 MWe), ainsi que le petit démonstrateur chinois CEFR (20 MWe) près de Pékin. En parallèle, deux projets majeurs étaient en cours, dont le PFBR indien de Kalpakkam et le CFR-600 chinois, conçu comme un démonstrateur industriel de nouvelle génération. Ce paysage reste marqué par de nombreux arrêts : États-Unis, France (avec Superphénix), Japon ou Allemagne ont tous expérimenté ces technologies avant d’y renoncer, souvent pour des raisons économiques ou politiques plus que scientifiques. Malgré ces revers, les réacteurs rapides n’ont jamais disparu des radars. Ils figurent toujours parmi les concepts étudiés par le Forum international Generation IV, preuve qu’au-delà des cycles d’abandon et de relance, ils restent perçus comme une piste sérieuse pour optimiser les ressources nucléaires et fermer le cycle du combustible.
En France, par exemple, le refroidissement au sodium et les combustibles avancés restent au centre des réflexions sur les réacteurs de nouvelle génération, particulièrement avec les SMR de sociétés comme newcleo ou Calogena, notamment pour produire de la chaleur industrielle à haute température.
Sources :
- Press Information Bureau, Press release on nuclear energy developments in India (07 avril 2026),
https://www.pib.gov.in/PressReleasePage.aspx?PRID=2249783®=3&lang=2
communiqué officiel présentant les avancées du programme nucléaire indien, incluant les projets en cours, les objectifs énergétiques et les perspectives de développement du secteur. - Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection, Fonctionnement d’un réacteur nucléaire (08 février 2017),
https://recherche-expertise.asnr.fr/savoir-comprendre/surete/fonctionnement-dun-reacteur-nucleaire
page pédagogique expliquant le fonctionnement d’un réacteur nucléaire, les principes de fission, les systèmes de sûreté et les différentes étapes de production d’électricité.




