Navi Mumbai, l’autre Bombay qui a osé dire non au chaos.
C’est une ville qu’on a dessinée avant de la bâtir. Une ville qu’on a pensée comme une réponse. Une ville née non pas d’une crise, mais d’un choix. À quelques kilomètres de la frénésie étouffante de Mumbai, l’Inde s’est offert un pari rare : créer de toutes pièces une métropole capable de respirer, de loger, de produire et… de durer. Son nom : Navi Mumbai.
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Navi Mumbai, la plus grande ville nouvelle du monde, est en Inde
Qu’est-ce qu’une ville planifiée ?
Une ville planifiée (ou ville nouvelle) est une agglomération construite intentionnellement à partir de zéro, selon un plan d’urbanisme global défini à l’avance. Elle vise à répartir la population, désengorger une métropole existante ou stimuler le développement économique régional. Contrairement aux villes qui grandissent de façon organique, tout y est structuré : logements, transports, industries, services.
Voici pour exemples les 5 villes nouvelles autour de Paris :
| Ville nouvelle | Département | Population actuelle (approx.) | Particularités principales |
|---|---|---|---|
| Cergy-Pontoise | Val-d’Oise (95) | ≈ 210 000 | Pôle universitaire, centre administratif régional |
| Évry-Courcouronnes | Essonne (91) | ≈ 68 000 | Siège de l’université d’Évry et de Génopole |
| Marne-la-Vallée | Seine-et-Marne (77) | ≈ 320 000 | Accueille Disneyland Paris et grandes écoles |
| Melun-Sénart | Seine-et-Marne / Essonne | ≈ 110 000 | Ville verte, architecture aérée |
| Saint-Quentin-en-Yvelines | Yvelines (78) | ≈ 230 000 | Pôle technologique, vélodrome national |
Un objectif : désengorger Mumbai (ex-Bombay)
Quand la CIDCO, l’agence de développement urbain du Maharashtra, commence à planifier Navi Mumbai dans les années 1970, le constat est implacable : Mumbai n’en peut plus. Trop d’habitants, trop de voitures, trop de tout. Le sol manque, les loyers explosent, l’air devient irrespirable.
Alors, on coupe à travers. Littéralement. On trace une nouvelle ville sur 344 km² disponibles (3x les 105 km² de Paris intramuros). On y dessine 14 secteurs, comme autant de quartiers-villes, avec leurs logements, leurs commerces, leurs zones d’activité, leurs écoles, leurs hôpitaux. Et surtout, leurs arbres. Car ici, on a prévu des espaces verts dès le départ. Pas en ajout. En fondation.
À l’époque, personne n’y croit trop. On l’appelle « New Bombay » avec une pointe de scepticisme. Aujourd’hui, plus de 1,6 million de personnes y vivent. Et beaucoup ne veulent plus jamais revenir dans l’ancienne.
Le port, l’aéroport, et bientôt le métro : des épines dorsales solides
Navi Mumbai n’a jamais voulu être une ville dortoir. Très vite, elle se dote d’un cœur économique : le port Jawaharlal Nehru (JNPT). Et pas un petit. C’est aujourd’hui le plus grand port à conteneurs d’Inde, avec plus de 6 millions d’EVP traités chaque année.
Autour du port, des industries, des plateformes logistiques, des zones économiques spéciales. Plus de 200 000 emplois directs. Et une dynamique qui attire, notamment dans les secteurs tech, e-commerce, et ingénierie. C’est simple : ça construit partout.
De plus, l’aéroport international de Navi Mumbai, dont l’ouverture est prévue fin 2025, devrait accueillir jusqu’à 60 millions de passagers par an. Deux pistes, un terminal gigantesque, et une promesse : désengorger Mumbai.
Côté transports du quotidien, la ville est déjà bien connectée au réseau ferroviaire de banlieue. Et un métro arrive. Il aurait dû ouvrir plus tôt, c’est vrai. Retards de chantier, changement de gouvernance… les classiques. Mais les travaux ont repris. Une première ligne de 11 kilomètres reliera bientôt les quartiers-clés. Ça avance. À l’indienne. Par à-coups, mais avec ténacité.
Une ville qui respire
Ce qui surprend à Navi Mumbai, quand on vient de Mumbai, c’est… l’air. Il est là. Il circule. On voit le ciel. Il y a des arbres. Beaucoup. Des collines entières. Des mangroves. Des parcs. 41 % du territoire est classé non-urbanisable. Et ce n’est pas une promesse politique : c’est une règle de construction.
Le Central Park de Kharghar, par exemple, s’étend sur plus de 80 hectares. C’est l’un des plus grands parcs urbains d’Asie. Joggeurs, familles, étudiants, tout le monde s’y croise. À 30 minutes de train de Mumbai, c’est une respiration que peu de villes indiennes peuvent offrir.
L’environnement ici n’est pas décoratif, il est structurant. La ville investit dans la récupération des eaux de pluie, les toitures végétalisées, la gestion des déchets organiques, les bâtiments certifiés écologiques. Ça ne fait pas encore de Navi Mumbai une ville verte modèle. Mais elle est en chemin. Et c’est déjà beaucoup.
Une qualité de vie qui attire ceux qui peuvent choisir
À Navi Mumbai, on peut encore vivre sans être riche. Les loyers y sont 30 à 40 % plus bas qu’à Mumbai. L’espace est là. Les écoles sont bonnes. Les hôpitaux aussi. Il y a de la place dans les bus. On peut circuler. Ce n’est pas anodin.
Les quartiers de Belapur, Nerul, Vashi ou Kharghar sont devenus des alternatives crédibles pour la classe moyenne urbaine. Ceux qui travaillent dans la tech, l’éducation, la logistique, ou les nouvelles startups préfèrent parfois rallonger leur trajet que revenir dans les embouteillages quotidiens de Mumbai.
Une gouvernance qui joue collectif
Depuis 1992, Navi Mumbai a sa propre municipalité : la NMMC. Elle gère ses écoles, ses hôpitaux, ses ordures, son éclairage, ses routes avec un budget conséquent : plus de 200 millions d’euros en 2024.
La différence est visible. Les rues sont entretenues. L’éclairage public fonctionne. Les démarches administratives se font en ligne. C’est loin d’être parfait, bien sûr. Il y a encore des lenteurs, des batailles politiques, des incohérences. Mais ça fonctionne. Et ça inspire.

Une ville qui prouve qu’on peut faire autrement
Ce que Navi Mumbai incarne, au fond, c’est une autre manière de penser la ville en Inde. Non pas comme une somme d’improvisations mais comme un projet cohérent.
Elle montre que la croissance peut être anticipée, répartie, respirable. Elle attire les regards de Pune, Bangalore, Ahmedabad, mais aussi de Kigali, d’Abuja ou du Caire, où des projets similaires émergent.
Top 5 des plus grandes villes nouvelles planifiées dans le monde en 2025
| Ville | Pays | Population estimée (millions) | Superficie (km²) | Particularités principales |
| Navi Mumbai | Inde | ~1,6 | 344 | Plus grande ville nouvelle planifiée, pôle économique majeur. |
| Songdo | Corée du Sud | ~1 | 53 | Ville intelligente, technologies vertes et durabilité. |
| King Abdullah Economic City | Arabie Saoudite | Plusieurs centaines de milliers | ~173 | Centre industriel, commercial et touristique sur la mer Rouge. |
| Tianjin Eco-city | Chine | Plusieurs centaines de milliers | ~30 | Projet durable sino-singapourien, faible émission carbone. |
| Masdar City | Émirats Arabes Unis | Quelques milliers | ~6 | Ville zéro carbone, laboratoire d’innovations environnementales. |
Note : La ville de Neom en construction en Arabie Saoudite n’est pour le moment pas assez avancée pour être considérée dans ce tableau malgré ces 26 500 km² (qui en font virtuellement la ville nouvelle la plus grande du monde).
Source : https://www.re-thinkingthefuture.com/city-and-architecture/5070-navi-mumbai-largest-planned-city-in-the-world



