Une caméra filme la fusion nucléaire en couleurs pour la première fois.
Filmer une étoile en train de brûler à 20 millions de degrés… sans sortir de son laboratoire. Voilà l’exploit réalisé par Tokamak Energy, une entreprise britannique qui vient de dévoiler les toutes premières images couleur haute vitesse d’un plasma de fusion. Une avancée spectaculaire, à la fois visuelle et scientifique, qui nous rapproche un peu plus du rêve d’une énergie propre, inépuisable et sans carbone.
Dans ces images tournées à 16 000 images par seconde, on peut enfin voir le plasma vivre, respirer, réagir. Des filaments roses, des traînées vertes, des éclairs rouges : autant de signatures lumineuses qui racontent comment le carburant est injecté, confiné, puis transformé en énergie.
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Quand le lithium et le deutérium s’enflamment sous l’œil d’une caméra
Tout commence par une lumière rose intense. C’est le deutérium, un isotope léger de l’hydrogène, injecté dans le cœur du tokamak. Il s’ionise, chauffe, et forme un plasma incandescent, contenu par d’intenses champs magnétiques.
Puis viennent de minuscules grains de tritium, à peine gros comme des grains de sable. En entrant dans les couches périphériques plus fraîches du plasma, ils s’illuminent d’un rouge profond. C’est l’étape de la fusion préparée.
À mesure que ces grains s’enfoncent dans le cœur brûlant, la température grimpe, les atomes de lithium perdent des électrons, deviennent Li⁺, et se mettent à briller d’un vert-jaune saisissant. Un vert qui n’a rien d’esthétique : il trace littéralement le parcours des lignes magnétiques à l’intérieur du réacteur. Une sorte de GPS lumineux du plasma.
Des images, enfin, pour voir ce qu’on ne faisait que calculer
Jusqu’ici, les chercheurs devaient deviner ce qui se passait dans le plasma à l’aide de données spectroscopiques : des longueurs d’onde, des pics d’intensité, des modèles. Désormais, grâce à cette caméra ultra-rapide, ils voient directement où se diffusent les impuretés, comment le lithium s’infiltre, et à quel moment il atteint le cœur du plasma.
Comme l’explique Laura Zhang, physicienne du projet :
« La caméra couleur nous permet de savoir, en temps réel, si les gaz qu’on injecte réagissent comme prévu, et si le lithium atteint vraiment la zone chaude. »
Un programme à 52 millions de dollars pour préparer les centrales de demain
Les expériences filmées font partie du projet LEAPS, un partenariat entre le Département américain de l’Énergie et le ministère britannique de la sécurité énergétique. Objectif : améliorer la performance des parois intérieures du réacteur ST40 en les recouvrant d’un revêtement au lithium, une technique déjà testée à Princeton.
Ce revêtement absorbe mieux les impuretés, stabilise le plasma, et réduit l’érosion des composants. En parallèle, les vieilles tuiles en carbone sont remplacées par du molybdène, un métal plus adapté aux centrales futures.
Et pour surveiller tout cela, une panoplie de nouveaux capteurs et diagnostics a été ajoutée, avec en vedette cette fameuse caméra, devenue le microscope vidéo d’un soleil artificiel.
Le plasma au ralenti : une révolution pour la fusion
Voir les mouvements du plasma image par image permet de tester un mode de fonctionnement très prometteur : le régime X-point radiator (XPR). Le principe ? Refroidir légèrement le bord du plasma avant qu’il ne frappe les parois. Cela réduit l’usure des matériaux sans abaisser la performance globale. Un équilibre subtil, quasi impossible à évaluer sans outils visuels.
Grâce aux images obtenues, les chercheurs peuvent désormais ajuster en direct les paramètres, observer les déviations, détecter les zones à risques. C’est une nouvelle ère dans le contrôle du plasma, plus intuitive, plus rapide, plus sûre.
Une étoile capturée dans une sphère d’acier
Le réacteur ST40 de Tokamak Energy est le tokamak sphérique le plus puissant du monde. Compact, mais doté d’un champ magnétique intense, il sert de prototype à ce que pourraient être les futures centrales à fusion commerciales.
En y injectant du lithium et en observant les réactions en temps réel, les ingénieurs testent les technologies clés qui rendront la fusion viable : stabilité du confinement, résistance des matériaux, efficacité énergétique.
Source : Tokamak Energy




