Une invention française à 126 milliards d’euros ? Ce projet dans l’énergie s’attaque à un des plus grands problèmes de nos réseaux électriques : les pertes en ligne

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SupraMarine, le câble supraconducteur pour brancher la mer au continent.

Air Liquide, Nexans, RTE, ITP Interpipe et CentraleSupélec ont décidé de s’allier autour du projet SupraMarine, qui va s’attaquer à un des derniers problèmes souvent oublié dans les politiques de transitions énergétiques : celui des pertes dues aux transports par câbles à hautes tensions.

Il bénéficie d’un financement initial de 7,3 millions d’euros. Bien assez pour mettre le pied à l’étrier à un projet qui corrigerait un problème qui pèse 2,7 milliards d’euros par an rien qu’en France !

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Au cœur de l’idée, il y a un principe fascinant : la supraconductivité. Une propriété qui permet à certains matériaux, à très basse température, de laisser passer l’électricité sans résistance. Pas de frottement, pas de chaleur, pas de perte. C’est l’inverse de ce qu’on connaît avec nos bons vieux câbles en cuivre, où une partie de l’énergie se transforme en chaleur au passage.

Ici, on parle d’un câble supraconducteur à haute température (en anglais high temperature superconductor ou HTS), refroidi à l’azote liquide, capable de transporter du courant alternatif haute tension (CAHT) sans s’essouffler. En d’autres termes, une sorte de glissière haute performance pour l’électricité offshore.

L’objectif de SupraMarine est ainsi de relier sans perte des parcs éoliens en mer situés à plus de 100 kilomètres des côtes, là où le vent est régulier et puissant.

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Un projet comme un puzzle, chaque pièce à sa place

Chacun des cinq partenaires du projet apporte une pièce essentielle à l’équation :

  • Air Liquide prend en charge le froid : il fournit les usines cryogéniques, grâce à sa technologie Turbo-Brayton, et supervise tout le système de refroidissement.
  • CentraleSupélec, via le laboratoire GeePs, s’occupe des plateformes d’essais, mais aussi de la formation de nouveaux chercheurs. Il faut des têtes bien faites pour comprendre et maîtriser la supraconductivité.
  • ITP Interpipe conçoit un cryostat rigide à double paroi, autrement dit un thermos géant pour garder les câbles à bonne température tout au long du trajet sous-marin.
  • Nexans, spécialiste du câble, développe les conducteurs HTS eux-mêmes, ainsi que les jonctions, terminaisons et interfaces.
  • Enfin, RTE, le chef d’orchestre du réseau électrique français, s’assure que tout cela s’intègre proprement au réseau existant. Pas question d’inventer une technologie impossible à raccorder !

Un lien offshore–continent qui mérite mieux que du cuivre

Pourquoi tout ce raffut autour d’un câble ? Parce que le raccordement des parcs éoliens offshore coûte une fortune. Il faut résister à la pression, au sel, aux courants marins, au froid… Et surtout, il faut acheminer l’électricité sur de longues distances sans trop en perdre.

Aujourd’hui, les pertes sont réelles : 2,5 % sur le réseau de transport en haute tension, et jusqu’à 6 % sur les réseaux de distribution. L’immense majorité des pertes en ligne, environ 78 % d’après RTE, provient tout simplement du contact entre l’électricité et les matériaux conducteurs qui la transportent. Dès que le courant circule, ces matériaux lui opposent une résistance, et une partie de l’énergie se transforme alors en chaleur. C’est l’effet Joule, ce léger échauffement des câbles qui, mis bout à bout sur tout le réseau, finit par représenter un volume d’énergie perdu considérable.

En France, cela représente plus de 27 TWh par an qui s’évaporent l’équivalent de la production annuelle de trois ou quatre réacteurs nucléaires. Traduction en euros ? 100 € le MWh, cela représente 2,7 milliards d’euros de pertes annuelles, essentiellement dissipées sous forme de chaleur dans les câbles. À l’échelle mondiale, ces pertes grimpent à plus de 140 milliards d’euros par an.

Avec la supraconductivité, les pertes chuteraient de 90 %, ce qui permettrait d’économiser plus de 2,4 milliards d’euros par an en France, et près de 126 milliards dans le monde, tout en rendant les réseaux plus compacts, plus sobres et mieux adaptés aux grands projets offshore.

Une technologie européenne pour moins dépendre des autres

Autre avantage : la technologie est développée et maîtrisée en Europe. Dans un contexte où la souveraineté industrielle devient une priorité, SupraMarine coche toutes les cases. Il permettrait de réduire la dépendance aux composants asiatiques, souvent dominants dans les systèmes HVDC actuels (courant continu haute tension), tout en ouvrant un nouveau marché à fort potentiel : la transmission d’énergie propre longue distance à haute efficacité.

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Essais prévus d’ici 2028

Pour l’heure, on est encore au stade du démonstrateur. L’objectif est de tester un premier système en conditions contrôlées d’ici 2028, avant de le plonger dans les profondeurs marines. Le temps d’ajuster les performances, d’anticiper les contraintes mécaniques et thermiques, et de standardiser cette technologie pour des applications industrielles à grande échelle.

Si tout se passe bien, d’ici quelques années, les câbles SupraMarine pourraient devenir les artères invisibles de la transition énergétique européenne, en acheminant une électricité propre, abondante et fluide, depuis les grands parcs offshore de l’Atlantique, de la mer du Nord ou de Méditerranée, directement jusqu’au cœur du réseau.

Projet Supramarine.

Sources :

  • Communiqué de presse de Nexans, 6 nov. 25
  • Connaissances des énergies, « Électricité : à combien s’élèvent les pertes en ligne en France ? », 26 fev. 25
  • CEA, « La supraconductivité et ses applications », 7 sept. 16

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Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
Très curieux et tourné vers l'économie, la science et les nouvelles technologies, (particulièrement ce qui touche à l'énergie et les entreprises françaises) je vous propose de de découvrir les dernières actualités autour de cette passion

2 Commentaires

  1. Ne serait ce pas plus logique de combler le retard en CC, une technologie maitrisée qui a fait ses preuves (peu de pertes) même si plus complexe à la transformation de tension ?
    Les pertes d’énergie (coût du refroidissement et pertes) et la complexité d’un système cryogénique semblent rédhibitoires.

  2. Je ne suis pas du tout convaincu par l’article.

    Intuitivement je dirais qu’il faut plus d’énergie pour maintenir le câble froid que les pertes en ligne d’un câble classique.

    Ensuite les coûts. La quantité de cuivre sera sûrement réduite, mais il faudra beaucoup plus d’isolation (thermique cette fois). Plus le coût d’exploitation de la centrale de liquéfaction Air Liquide, conception particulière du câble, capteurs à mettre tout le long pour surveiller le maintien du froid…
    Et pour la technique, je dirais qu’il est très peu probable que l’azote liquide injecté à une extrémité reste suffisamment froid sur 100 km, ou même ne serait-ce que 2 km. Ensuite il faudra des soupapes tout le long pour éviter que l’azote liquide qui se transforme en gaz monte en pression et explose la gaine du câble.

    Ont ils déjà un démonstrateur à petite échelle qui lève les principaux doutes ?
    Ça ressemble fort à un projet irréaliste juste là pour siphonner des financements publics.

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