Une grande première en France à Paris avec le passage du Ig Nobel Tour Show.
Au cours de la soirée du 9 décembre 2025, dans l’amphithéâtre Friedel de Chimie ParisTech – PSL, la science a montré qu’elle savait aussi faire sourire. Pour sa première venue en France, l’Ig Nobel Tour Show a attiré un public nombreux, venu assister à une soirée à la croisée du spectacle, de la vulgarisation et du cabaret scientifique. Et si les rires ont fusé du début à la fin, c’est bien l’intérêt scientifique, authentique, réel et rigoureux, des recherches présentées qui a fini par s’imposer.
Car les Ig Nobel récompensent depuis plus de trois décennies des travaux qui « font rire, puis réfléchir » : des études insolites, parfois déroutantes, mais publiées dans de véritables revues scientifiques, évaluées par les pairs, et révélatrices des chemins parfois inattendus par lesquels la connaissance progresse.
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Les Ig Nobel : une autre porte d’entrée vers la science
Créés au début des années 1990 par l’équipe du magazine Annals of Improbable Research, les Ig Nobel se sont donnés pour mission de montrer que la curiosité, l’étonnement et même l’absurdité peuvent être des moteurs pour la recherche scientifique.
Contrairement aux idées reçues, rien dans ces travaux n’est fantaisiste ou fictif : expériences, protocoles, mesures, publications, tout obéit aux standards universitaires. Ce qui change, c’est le point de départ, l’angle, la question posée, souvent issue d’une observation quotidienne ou d’une situation incongrue.

C’est cette approche, à la fois sérieuse et décalée, que le Tour Show, animé par Marc Abrahams et son haut de forme, apporte dans les salles du monde entier. À Paris, ce format a pris des allures de véritable fête de la science.
Une première parisienne pleine d’énergie et d’enthousiasme
Dès l’ouverture des portes, l’amphithéâtre Friedel s’est rempli rapidement. Étudiants curieux, chercheurs amusés, enseignants ou simples amateurs de connaissances insolites, le public reflétait la diversité que les Ig Nobel cherchent à toucher.
Ce soir-là, les applaudissements ont souvent été accompagnés de rires, et les rires de « oh ! » étonnés devant l’ingéniosité des approches scientifiques mises en scène.
Marc Abrahams, maître de cérémonie et créateur des Ig Nobel, a adopté son style habituel : incisif, humoristique, mais toujours rigoureux sur les faits. Les interventions se succédaient à un rythme soutenu, illustrant l’esprit du Tour Show : pas de temps mort, pas de longueur. Les présentations doivent rester dynamiques, claires, et surtout compréhensibles par tous.
Quand des bananes géantes chronomètrent les chercheurs
La particularité des Ig Nobel, et véritable attraction de la soirée parisienne, est venue d’un dispositif scénique pour le moins inattendu : des membres de l’organisation, déguisés en bananes géantes, se tenaient prêts à interrompre les intervenants ayant dépassé leur temps de parole.
À intervalles réguliers, on voyait ainsi surgir d’un coin de la scène un groupe de bananes humanoïdes, agitant les bras, invitant le chercheur à conclure immédiatement.
Rires garantis dans l’amphithéâtre… mais aussi un rappel, dans la tradition des Ig Nobel, que la clarté et la concision font partie intégrante de l’exercice de vulgarisation.

« On n’a jamais été coupés par des bananes dans un congrès scientifique », glissait un chercheur dans les coulisses, hilare. Peut-être des bananes sont-elles la meilleure façon de rappeler que le temps est compté… et que le public ne doit jamais s’ennuyer.
Cinq présentations aussi loufoques qu’intelligentes
Au fil de la soirée, cinq lauréats ou intervenants ont présenté leurs travaux, chacun à sa manière, en jouant avec humour de la surprise du public, mais sans jamais renoncer à la rigueur scientifique.
Anatomie : Spirales capillaires et hémisphères
Les chercheurs Roman Hossein Khonsari et Marjolaine Willems ont exposé leurs travaux récompensés en 2024, portant sur la direction de la spirale des cheveux humains selon l’hémisphère géographique. À l’origine de cette étude : une interrogation sur les asymétries naturelles du corps humain provenant de l’observation de jumeaux identiques, sauf en ce qui concerne le fameux épi !
Chimie : Vers sobres, vers ivres
Daniel Bonn et Antoine Deblais, lauréats Ig Nobel de Chimie 2024, ont étudié les variations dans la capacité de déplacement des vers ivres et de vers sobres grâce à la chromatographie. Une étude drôle dans son principe, mais dont les résultats éclairent les effets de l’alcool sur des organismes simples.
Physique : Les chats sont-ils solides ou liquides ?
Le physicien Marc-Antoine Fardin, récompensé en 2017, a rejoué sa célèbre démonstration montrant qu’un chat, par sa capacité à occuper parfaitement un récipient, peut être assimilé à un liquide au sens rhéologique. Une manière ludique d’aborder une branche pointue de la physique… et un classique des Ig Nobel.
Physique 2025 : La sauce cacio e pepe
Daniel Maria Busiello a présenté sa recherche sur la transition de phase dans la sauce italienne cacio e pepe. À travers ce sujet culinaire, c’est en réalité toute une réflexion sur les phénomènes physiques complexes dans les mélanges alimentaires qui est mise en lumière.
Biologie : Le premier cas de nécrophilie homosexuelle chez le canard colvert de l’Histoire
Moment fort de la soirée : l’intervention du biologiste néerlandais Kees Moeliker, qui a raconté son observation documentée d’un cas de nécrophilie homosexuelle chez un canard colvert mâle, travail qui lui valut en 2003 un Ig Nobel de Biologie. Le public, oscillant entre rire et consternation fascinée, a découvert une étude emblématique de l’esprit Ig Nobel : choquante d’apparence, mais révélatrice de comportements animaux réels, souvent ignorés.
Une science joyeuse, ouverte et profondément sérieuse
À la fin du spectacle, alors que les participants sortaient dans les rues du Quartier latin, un sentiment partagé semblait se dégager : les Ig Nobel ne sont pas qu’un divertissement gentiment loufoque. Derrière chaque étude présentée, derrière chaque rire, se cache une véritable démarche scientifique.
Les questions posées par ces travaux permettent de revisiter des angles morts, de tester des hypothèses originales, d’explorer des phénomènes que personne ne pensait à étudier, et parfois même d’ouvrir des pistes inattendues dans les sciences du vivant, la physique ou la psychologie.

Car si la soirée commence par un sourire, elle se termine souvent par une réflexion :
Pourquoi étudie-t-on certaines choses et pas d’autres ? Qu’est-ce qui mérite ou non le statut de sujet scientifique ? Quelle place pour l’humour dans la recherche ?
Les Ig Nobel, à travers cette étape parisienne, rappellent que la science n’est pas figée. Elle peut être sérieuse sans être sombre, exigeante sans être inaccessible. Elle peut faire rire, étonner, déranger parfois, mais surtout, elle peut donner envie de comprendre le monde autrement.
Pour une première parisienne, le pari est pleinement réussi : une soirée brillante, joyeuse, inattendue, et étonnamment profonde.
Pour en savoir plus sur les IG Nobel : https://improbable.com



