Le bon élève de la classe de la transition énergétique triche-t-il ?
Ila toutes les vertus : il est léger, propre, inodore. Il ne rejette pas de CO₂ quand on le brûle, et il nous promet monts et merveilles pour décarboner l’industrie et les transports.
L’hydrogène, c’était jusqu’ici le bon élève, celui qu’on place tout de suite au premier rang sur la photo de classe de la transition énergétique.
Malheureusement… il est possible que nous ayons été tous dupés !
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Et si l’hydrogène, ce super héros de la transition énergétique n’était pas ce qu’il prétend être ?
L’hydrogène chauffe lui aussi la planète. Pas aussi directement que son cousin le méthane (assis au fond à côté du radiateur) mais d’une manière plus insidieuse.
Une équipe de scientifiques du Global Carbon Project vient de publier une étude dans Nature qui casse un peu l’ambiance. Selon leurs données, l’hydrogène atmosphérique est en hausse constante, et ça fait déjà trois décennies que ça dure.
Sauf que personne n’avait vraiment regardé ça de près… jusqu’à maintenant.
L’hydrogène qu’on pensait inoffensif perturberait tout l’équilibre chimique de l’atmosphère
L’hydrogène ne piège pas la chaleur lui-même mais il fait presque pire : il empêche l’atmosphère de faire le ménage !
Dans l’air, il y a des « nettoyeurs » naturels, des molécules qu’on appelle des radicaux OH (Radical hydroxyle), qui détruisent le méthane. Plus il y a de ces nettoyeurs, plus le méthane disparaît vite. Or, l’hydrogène vient voler ces nettoyeurs. À cause de lui, le méthane reste plus longtemps dans l’air. Et plus il reste, plus il chauffe.
L’hydrogène s’immisce partout
L’hydrogène, c’est la plus petite molécule de l’univers. On ne fait pas plus minuscule. Il peut de cette façon passer à travers les joints, les réservoirs, les conduites, comme si elles étaient en gruyère. Même les installations dernier cri ne peuvent pas totalement l’empêcher de s’échapper.
Et il s’en échappe beaucoup.
Entre 1990 et 2020, les émissions d’hydrogène sont montées en flèche. Une partie vient de la production industrielle. Une autre de l’agriculture (notamment les cultures de soja, trèfle, pois…). Et le reste… du méthane lui-même.
En effet, ce dernier en se dégradant dans l’air génère également de l’hydrogène. Cet hydrogène, en retour, fait durer le méthane, une boucle infernale !
Quelques fuites, et c’est toute l’ambiance thermique qui change
Le chiffre peut paraître modeste. Les chercheurs estiment que l’hydrogène a rajouté environ 0,02 °C au réchauffement global. En soi, ce n’est pas énorme. Mais c’est l’équivalent de la contribution totale d’un pays comme la France.
Le plus problématique est qu’on on parle ici d’un gaz censé être notre cheval blanc climatique.
Si on commence à avoir des effets non négligeables dès maintenant, qu’en sera-t-il quand l’hydrogène deviendra massivement utilisé dans l’industrie lourde, les avions ou les trains ?
Même vert, l’hydrogène peut faire des dégâts
Il faut aussi parler de l’illusion du « propre ». Aujourd’hui, plus de 90 % de l’hydrogène produit dans le monde est dit « gris » ou « noir », c’est-à-dire issu d’énergies fossiles. On le fabrique à partir de gaz naturel ou de charbon.
Quand bien même on le produirait à partir d’électricité renouvelable, donc « vert », le problème reste entier si l’on ne maîtrise pas les fuites. Un hydrogène vert qui s’échappe dans l’atmosphère n’est plus si vert que ça comme on vient de le voir.
L’avenir ne se fera pas sans hydrogène mais il va falloir affiner la formule
L’étude ne condamne pas l’hydrogène mais elle vient remettre un peu de bon sens dans ce « miracle écologique ». Le bouton magique n’existe pas et rien n’est propre par défaut.
Ce n’est pas parce qu’un gaz n’émet pas de CO₂ à l’échappement qu’il est innocent dans l’atmosphère. Chaque molécule compte. Chaque fuite aussi.
Alors si on veut que l’hydrogène soit une vraie solution, il va falloir :
- mieux comprendre son cycle dans l’atmosphère
- maîtriser chaque maillon de la chaîne : production, transport, stockage
- réduire les émissions de méthane pour couper le cercle vicieux
Et surtout, arrêter de se reposer sur l’idée que l’hydrogène est propre par essence.
Source :
The global hydrogen budget. (en français : « le budget mondial de l’hydrogène »)
Ouyang, Z., Jackson, R.B., Saunois, M. et al.
Nature 648, 616–624 (2025).
https://doi.org/10.1038/s41586-025-09806-1
Image : Brouillard blanc abstrait entre des fragments (Freepik)




