Des téléphones usés comme nouvelle eldorado ?
Un vieux smartphone qui dort au fond d’un tiroir ressemble à un objet sans valeur. Pourtant, à l’intérieur, se cache une poussière d’or. Pas de quoi remplir un coffre-fort, évidemment. Plutôt quelques milligrammes par appareil mais quand on sait que chaque année des dizaines de millions de tonnes de déchets électroniques s’accumulent sur la planète, on se dit qu’il y a probablement matière à faire quelque chose.
Jusqu’ici ce filon urbain était exploité avec des méthodes lourdes et dangereuses mais cela pourrait bientôt changer ! Des chercheurs chinois viennent de mettre au point un procédé capable de récupérer plus de 98 % de l’or contenu dans nos vieux téléphones en moins de 20 minutes, à température ambiante. Sans fours géants ou bains toxiques à l’ancienne. Juste une chimie… plus maligne.
Lire aussi :
- Une mine à 45 milliards d’euros mais inexploitable à cause de son environnement hostile ? Pas un problème pour la Chine et sa nouvelle flotte de camions autonomes
- L’osmium est le métal le plus cher du monde : 1,33 millions d’euros le kilogramme
L’or des cartes électroniques, nouvel Eldorado à 70 milliards d’euros par an
L’or n’est pas là pour faire joli. Dans les téléphones, ordinateurs et cartes électroniques, il sert de conducteur fiable.. Quelques microns suffisent en effet sur un connecteur ou une puce.
Pris individuellement, chaque appareil ne vaut presque rien. Pris à l’échelle mondiale, le calcul devient sérieux. Selon l’Organisation mondiale de la santé, la production annuelle de déchets électroniques augmente de 2,6 millions de tonnes par an, pour atteindre environ 82 millions de tonnes en 2030. Une montagne de circuits imprimés, de processeurs, de cartes mères, tous constellés de métaux précieux.
Pendant longtemps, extraire cet or consistait à utiliser des produits franchement agressifs. Le cyanure, par exemple, très efficace pour dissoudre l’or mais au prix de risques sanitaires et environnementaux élevés.
Une chimie qui travaille comme un jeu de dominos
L’équipe chinoise, issue du Guangzhou Institute of Energy Conversion de l’Chinese Academy of Sciences et de la South China University of Technology, a pris une autre direction.
Ils ont mis au point une solution aqueuse composée de peroxymonosulfate de potassium et de chlorure de potassium. Rien d’exotique à première vue mais le tour de passe-passe se joue à la surface même du métal.
Quand cette solution touche l’or ou le palladium, le métal devient son propre catalyseur. Il déclenche la formation d’oxydants très réactifs, comme l’oxygène singulet ou l’acide hypochloreux. Ces espèces attaquent les atomes métalliques, les détachent un par un, puis les lient aux ions chlorure pour les dissoudre dans la solution.

98,2% de l’or récupéré par ce procédé
Plus de 98,2 % de l’or contenu dans des processeurs usagés et des cartes électroniques est récupéré de cette manière. Pour le palladium, autre métal précieux très recherché, le taux atteint 93,4 %.
Concrètement, 10 kilogrammes de cartes électroniques permettent d’extraire environ 1,4 gramme d’or. Le coût total du traitement tourne autour de 65 euros. Cela revient à environ 1 350 euros l’once, très en dessous du cours de l’or qui dépassait début janvier les 3 840,41 € l’once.
Moins d’énergie, moins de déchets, plus de bon sens
L’autre force de cette méthode tient dans son efficacité énergétique. Les chercheurs estiment une réduction d’environ 62 % de la consommation d’énergie par rapport aux procédés conventionnels. Les coûts en réactifs chimiques chutent de plus de 93 % face aux méthodes au cyanure.
Le bénéfice environnemental est immédiat. Beaucoup moins de boues toxiques pour beaucoup moins de résidus dangereux à stocker ou à traiter. Après la phase de lixiviation, la récupération de l’or se fait par réduction et purification classiques, permettant d’obtenir un métal de haute pureté.
Une technologie prête à sortir du laboratoire
Les chercheurs soulignent que le procédé est facilement industrialisable. Pas de conditions extrêmes, de catalyseurs rares ou d’installations complexes. Une chaîne de traitement compacte pourrait suffire, installée au plus près des centres de collecte de déchets électroniques.
À terme, ce type de technologie pourrait transformer la filière du recyclage. En la rendant efficace, propre et économiquement attractive.
Combien d’or pourrait-on vraiment récupérer à l’échelle mondiale
Comme vu au début de l’article, la production mondiale de déchets électroniques devrait atteindre environ 82 millions de tonnes par an en 2030 (source : ONU).
Les rapports de l’ONU et de l’initiative Global E-waste Monitor indiquent que les cartes électroniques représentent généralement entre 3 % et 7 % de la masse totale de ces déchets.
Les études industrielles sur le recyclage des PCB (printed circuit boards) utilisent souvent une valeur médiane autour de 5 %,.
Sur nos 82 millions de tonnes de déchets,  4,1 millions de tonnes seraient exploitable.
Les données industrielles montrent qu’une tonne de cartes électroniques contient en moyenne 140 grammes d’or. Cela représente un potentiel brut d’environ 574 tonnes d’or par an. En appliquant le rendement de la méthode chinoise, soit 98,2 % de récupération, on obtient environ 564 tonnes d’or réellement extraites chaque année.
Convertissons maintenant en valeur. Une tonne d’or équivaut à 32 150,7 onces.
564 tonnes correspondent donc à environ 18,1 millions d’onces.
Avec un prix de 3 840,41 € l’once, cela représente près de 69,6 milliards d’euros par an.
On parle donc d’une découverte potentielle à 70 milliards d’euros d’or, non pas arrachés à la roche, mais récupérés dans des téléphones, ordinateurs et appareils mis au rebut.
Résumé en un clin d’oeil :
Sources :
Chiffres sur la production mondiale de déchets électroniques :
ONU info, Les « e-déchets » augmentent cinq fois plus vite que leur recyclage, 25 mars 2024
https://news.un.org/fr/story/2024/03/1144341
Global E-waste Monitor 2024
Forti V., Baldé C.P., Kuehr R., Bel G.
United Nations University (UNU) / ITU / ISWA
Date de publication : 2024
https://ewastemonitor.info/wp-content/uploads/2024/03/GEM_2024_18-03_web_page_per_page_web.pdf
Etude scientifique sur le nouveau procédé :
Green Recovery of Precious Metals from E-waste via Autocatalytic Leaching (en français : « Récupération verte des métaux précieux à partir des déchets électroniques par lixiviation autocatalytique »)
Xiaoyue Zhou, Gaixiu Yang, Zhiwei Zhou, Chenghao Jia, Shujia Wang, Renli Yin, Jing Gu, Haoran Yuan, Yan Chen
Première publication : 28 novembre 2025
https://doi.org/10.1002/anie.202523660
Image de mise en avant : Cette image a été prise par l’Alliance for Responsible Mining (ARM), une ONG basée en Colombie qui a créé le label Fairmined. Les droits initiaux appartiennent à l’organisation, qui est disposée à les diffuser sous licence Creative Commons. L’image est issue d’une campagne de communication consacrée au label Fairmined.





