Une équipe va descendre à 4 000 mètres de profondeur pour étudier le mystérieux dark oxygen qui remet en cause des siècles de croyances scientifiques

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Et si le fond des océans nous faisait tout recommencer à zéro ?

Depuis l’école, on nous raconte la même histoire : sur Terre, l’oxygène est indissociable du Soleil.
Sans lumière, pas de photosynthèse.
Sans photosynthèse, pas d’oxygène.
Et sans oxygène, pas de vie complexe !

Cette règle a tenu bon pendant des siècles, jusqu’au jour où des capteurs plongés à près de 4 000 mètres de profondeur, dans une nuit éternelle où aucun photon solaire n’a jamais mis les pieds, ont commencé à raconter autre chose.
Là, au fond du Pacifique, de l’oxygène apparaît, certes peu mais suffisamment, en tout cas, pour obliger les scientifiques à revoir leur position.

Ils ont fini par lui donner un nom : dark oxygen, (l’oxygène de l’ombre en français mais il faut reconnaitre qu’en anglais ça sonne mieux) !

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Le dark oxygen remet en cause des siècles de croyances scientifiques

Tout commence en 2013, dans la vaste zone Clarion-Clipperton, une plaine abyssale du Pacifique central surtout connue pour ses nodules polymétalliques (des galets riches en manganèse, nickel et cobalt qui attirent autant les industriels que les géologues).
Andrew Sweetman, chercheur à la Scottish Association for Marine Science, y mesure les échanges d’oxygène entre l’eau et le fond marin.

Les nodules polymétalliques, comme celui visible ici, sont disséminés sur les fonds abyssaux de la zone de Clarion-Clipperton, dans le nord du Pacifique.Crédit : Scottish Association for Marine Science
Les nodules polymétalliques, comme celui visible ici, sont disséminés sur les fonds abyssaux de la zone de Clarion-Clipperton, dans le nord du Pacifique.
Crédit : Scottish Association for Marine Science

Il ne devrait en théorie y avoir absolument aucune trace du précieux gaz à de telles profondeurs.

Sauf que cette fois, au lieu de rester à zéro, l’oxygène augmente légèrement, comme si le fond marin respirait !
À l’époque, l’idée semblait trop étrange pour être vraie. On l’a donc mise de côté en mettant en doute les instruments avant de passer à autre chose.

Il faudra plus de dix ans pour que cette anomalie refasse surface, confirmée par d’autres mesures et surtout par une étude publiée en 2024 dans Nature Geoscience, qui montre que ces nodules ne sont peut-être pas de simples cailloux endormis, mais de véritables micro-générateurs naturels !

Le Chili et la Chine ont une idée bien précise en tête pour partir à 8 000 mètres de profondeur sur l’une des plus grandes failles du monde : la fosse d’Atacama

Quand des pierres se comportent comme des piles

Ces nodules se forment sur des millions d’années, couche après couche, en accumulant des métaux aux propriétés électrochimiques étonnantes.
Dans certaines conditions, ils créent des différences de potentiel électrique suffisantes pour provoquer une électrolyse très lente de l’eau de mer : l’eau se sépare, un peu d’hydrogène d’un côté, un peu d’oxygène de l’autre.

Ni bulle, ni geyser, rien qui saute aux yeux mais une production continue, presque invisible, qui devient pourtant significative quand on la multiplie par des milliers de kilomètres carrés de fonds océaniques.

Et là, une question s’impose naturellement : si de l’oxygène est produit dans le noir absolu, qu’est-ce que cela change pour la vie, aujourd’hui et peut-être depuis des millions d’années ?

Des engins qui ressemblent plus à des sondes spatiales qu’à du matériel océanographique

Pour comprendre ce qui se passe vraiment, The Nippon Foundation a lancé la Dark Oxygen Research Initiative, un programme de trois ans qui s’appuie sur deux instruments totalement inédits.
Deux landers abyssaux, Alisa et Kaia (comme les filles d’Andrew Sweetman), capables de supporter une pression 1 200 fois supérieure à celle que nous subissons à la surface.

L’équipe SAMS a récemment reçu son premier atterrisseur dédié à l’« oxygène sombre », baptisé Alisa, capable de mesurer la production d’oxygène sombre et d’hydrogène sur le fond marin profond. L’engin est conçu pour résister aux pressions rencontrées aux plus grandes profondeurs océaniques (jusqu’à 11 km). Il est équipé de chambres de fond, de systèmes de micro-profilage, ainsi que de capteurs d’oxygène, de conductivité, de pression et de turbidité. L’atterrisseur est actuellement en phase de tests et prendra la mer pour sa première expédition en 2026.
L’équipe SAMS a récemment reçu son premier atterrisseur dédié à l’« oxygène sombre », baptisé Alisa, capable de mesurer la production d’oxygène sombre et d’hydrogène sur le fond marin profond. L’engin est conçu pour résister aux pressions rencontrées aux plus grandes profondeurs océaniques (jusqu’à 11 km). Il est équipé de chambres de fond, de systèmes de micro-profilage, ainsi que de capteurs d’oxygène, de conductivité, de pression et de turbidité. L’atterrisseur est actuellement en phase de tests et prendra la mer pour sa première expédition en 2026.

Regarder en même temps l’oxygène, l’électricité et le vivant

Ces landers vont prélever de l’eau, mesurer les courants électriques autour des nodules, injecter des traceurs chimiques pour suivre les réactions et traquer la moindre activité biologique susceptible d’expliquer ou d’amplifier la production d’oxygène.

L’idée est de trancher une question simple en apparence, redoutable en pratique :
est-ce un phénomène purement électrochimique, est-ce que des microbes inconnus entrent dans la danse, ou est-ce un mélange subtil des deux ?

Un troisième instrument, un lander de type Aquatic Eddy Covariance, mesurera les flux d’oxygène sur la durée, pour voir si le fond océanique a, d’une certaine façon, un rythme, presque une respiration lente.

Une découverte qui regarde bien au-delà des océans

Ce qui rend cette histoire vraiment fascinante, c’est qu’elle dépasse largement la question des fonds marins.
Si de l’oxygène peut être produit sans lumière, alors certaines idées bien ancrées sur l’apparition de la vie méritent d’être réexaminées.
Sur Terre, bien sûr, mais aussi ailleurs.

Des lunes comme Europe ou Encelade cachent des océans sous leur glace, plongés dans une nuit permanente.
Jusqu’ici, l’absence de soleil fermait beaucoup de portes.
Le dark oxygen ne dit pas que la vie y existe, mais il murmure que la chimie sait parfois se débrouiller toute seule.

Découvert par hasard sous l’Antarctique par un navire scientifique britannique, ce phénomène sous-marin pourrait avoir des répercussions sur la planète entière

Explorer notre planète comme si c’était un monde inconnu

Les landers ont été présentés lors d’une conférence à Londres, avec le soutien de la Intergovernmental Oceanographic Commission, qui a labellisé le projet dans le cadre de la Décennie des Nations unies pour l’océan.

Le fond des océans reste l’un des territoires les moins connus de la Terre.
Et visiblement, il n’a pas fini de nous rappeler que, même chez nous, les règles que l’on croyait gravées dans le marbre peuvent encore bouger !

Comprendre le dark oxygen en un clin d’oeil :

Comprendre le dark oxygen en un clin d'oeil - infographie

Sources :

 

  • Evidence of dark oxygen production at the abyssal seafloor.
    Sweetman, A.K., Smith, A.J., de Jonge, D.S.W. et al.
    Nat. Geosci. 17, 737–739 (2024).
    https://doi.org/10.1038/s41561-024-01480-8
  • The Nippon Foundation, Dark Oxygen Research Initiative
    Présentation officielle du projet – janvier 2026
  • Scottish Association for Marine Science, Deep-sea oxygen flux observations
    Communications scientifiques – dates diverses
  • Intergovernmental Oceanographic Commission (UNESCO), UN Ocean Decade endorsed activities

 

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Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
Très curieux et tourné vers l'économie, la science et les nouvelles technologies, (particulièrement ce qui touche à l'énergie et les entreprises françaises) je vous propose de de découvrir les dernières actualités autour de cette passion

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