110 ans que l’Humanité attendait ça mais ce triptyque spatial va bientôt prendre son envol pour trouver des traces des ondes gravitationnelles prédites par Albert Einstein

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L’Europe veut écouter l’Univers avec précision.

L’entreprise Thales Alenia Space (détenue à 67% par le français Thales) vient de signer un contrat de 16,5 millions d’euros avec OHB System AG pour fournir le sous-système de propulsion de la mission Laser Interferometer Space Antenna (LISA, en français « Antenne spatiale à interféromètre laser », portée par l’Agence spatiale européenne.

Cette mission ne vous dit probablement rien et pourtant c’est une des missions spatiales les plus ambitieuses de notre époque puisqu’elle a pour but d’observer les ondes gravitationnelles, ces vibrations de l’espace-temps prédites par Albert Einstein il y a plus d’un siècle, et jusqu’ici captées uniquement depuis la Terre.

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La raison d’être de LISA : trouver des traces d’ondes gravitationnelles

La raison d’être de LISA tient à un phénomène aussi fondamental que difficile à saisir : les ondes gravitationnelles.
Prédites en 1916 par Albert Einstein, ces ondes sont des vibrations de l’espace-temps produites par l’accélération d’objets extrêmement massifs, comme des trous noirs ou des étoiles à neutrons. Elles ne transportent ni lumière ni matière, mais de l’information pure sur la dynamique de l’Univers, et traversent tout sans être arrêtées.

Sur Terre, leur détection reste limitée par le bruit ambiant et la gravité locale. LISA veut s’affranchir du sol terrestre pour capter des ondes plus lentes, plus étirées, émises par des phénomènes invisibles aux observatoires actuels.

Écouter ces signaux, c’est accéder à une chronique directe des événements les plus violents du cosmos, mais aussi remonter vers des époques très anciennes, bien avant que les étoiles n’illuminent l’Univers.

LISA ne cherche donc pas à voir plus loin. Elle cherche à entendre ce que l’Univers murmure depuis des milliards d’années.

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Trois satellites pour la mission LISA

La mission LISA repose sur trois satellites, disposés aux sommets d’un triangle équilatéral de 2,5 millions de kilomètres de côté. Ces satellites évolueront en formation en suivant ou en précédant la Terre sur son orbite autour du Soleil.

Entre eux, des faisceaux laser mesureront des variations de distance de l’ordre du picomètre, soit bien plus petit qu’un atome !
À cette échelle, tout devient ennemi : la pression des photons solaires, les forces résiduelles du satellite lui-même ou les perturbations électromagnétiques.

Pour que la mesure ait un sens, les masses d’épreuve embarquées doivent se trouver en chute libre quasi parfaite, comme si le satellite n’existait pas autour d’elles.
C’est là que la propulsion cesse d’être un simple moyen de déplacement pour devenir un instrument scientifique à part entière.

La propulsion sera un des éléments les plus importants de LISA

Dans ce contexte, le rôle confié à Thales Alenia Space est central.
Depuis le Royaume-Uni, l’entreprise assurera la conception, la fabrication, l’assemblage, l’intégration et les essais du sous-système de propulsion de LISA, dans le cadre de la phase B2 du programme.
Les phases suivantes, C et D, porteront la valeur totale des contrats à 89,5 millions d’euros.

La propulsion doit être d’une finesse extrême, capable de corriger en permanence la position du satellite pour annuler toutes les forces non gravitationnelles.

Le DFACS, ou l’art de disparaître pour mieux mesurer

Au cœur du dispositif se trouve le DFACS, pour Drag-Free and Attitude Control System (Système de contrôle d’attitude et à traînée compensée en français).
Ce dernier doit faire en sorte que le satellite suive les masses d’épreuve, et non l’inverse.

Concrètement, le système compense la pression du rayonnement solaire, ajuste l’attitude, maintient l’alignement des faisceaux laser et garantit que les masses suivent une trajectoire purement géodésique, dictée uniquement par la courbure de l’espace-temps.

Cette précision repose aussi sur des micropropulseurs, fournis notamment par Leonardo (propriétaire à 33% de Thales Alenia Space), capables de délivrer des impulsions minuscules, mais parfaitement maîtrisées.

Une chaîne industrielle européenne parfaitement huilée

Thales Alenia Space fournira également l’avionique, les logiciels de contrôle, le système de télécommunications et jouera un rôle clé dans la gestion des environnements électromagnétique, radiatif et gravitationnel de la charge utile.

Cette expertise est répartie sur plusieurs sites européens.

  • À Turin, en Italie, les équipes s’appuient sur l’héritage conceptuel des phases d’étude initiales de la mission.
  • À Gorgonzola, l’ordinateur de bord et la mémoire de masse sont développés comme une unité intégrée.
  • En Suisse, une partie de l’électronique de l’instrument et du système d’acquisition de constellation voit le jour.

LISA est une mission scientifique, mais aussi une démonstration de coopération industrielle européenne à très haute valeur ajoutée.

Contribution du CNES

Derrière l’exploit technologique de la mission LISA se déploie une architecture scientifique et industrielle française de tout premier plan, pilotée par le CNES.
Au-delà du déploiement des trois satellites, la mission repose sur la capacité à analyser des variations de distance de quelques picomètres, sur une durée minimale de 6 ans et demi, avec une possible extension de 2 ans et demi. Le CNES est responsable du Distributed Data Processing Center, véritable cœur numérique de LISA, depuis lequel seront traitées quotidiennement les données scientifiques issues de l’interféromètre spatial, avec un centre de calcul principal en France relié à des centres nationaux chez chaque partenaire.

En parallèle, l’agence fédère une communauté de laboratoires français chargés de l’intégration, des tests et de la préparation scientifique de la mission, notamment à Toulouse, où deux prototypes de l’instrument sont utilisés pour vérifier les performances interférométriques et maîtriser un enjeu clé : la lumière parasite, capable de perturber des mesures à l’échelle du picomètre. Grâce à cette chaîne complète, du satellite à l’analyse au sol, LISA ouvrira une nouvelle fenêtre d’observation de l’Univers, dans une gamme de fréquences comprise entre 0,1 millihertz et 1 hertz, inaccessible aux détecteurs terrestres, permettant d’étudier la fusion de trous noirs supermassifs, les systèmes d’étoiles compactes et les échos gravitationnels issus des toutes premières phases de l’histoire cosmique.

LISA Pathfinder était une mission de l’ESA lancée en 2015 pour démontrer qu’il est possible de placer deux masses en chute libre quasi parfaite dans l’espace, sans perturbations externes.Elle a validé avec succès les technologies clés nécessaires au futur détecteur spatial d’ondes gravitationnelles LISA, en dépassant largement les performances attendues (crédit : CNES).
LISA Pathfinder était une mission de l’ESA lancée en 2015 pour démontrer qu’il est possible de placer deux masses en chute libre quasi parfaite dans l’espace, sans perturbations externes.
Elle a validé avec succès les technologies clés nécessaires au futur détecteur spatial d’ondes gravitationnelles LISA, en dépassant largement les performances attendues (crédit : CNES).

Un héritage direct de LISA Pathfinder, Gaia et Euclid

LISA ne part pas de zéro s’inscrit dans la continuité de laé mission qui l’a précédée : LISA Pathfinder, qui avait démontré la capacité à maintenir des masses d’épreuve en chute libre avec une précision inédite.

Les technologies de propulsion de précision utilisées pour Gaia et Euclid, également missions de l’ESA, servent de socle à cette nouvelle aventure.
Elles ont déjà prouvé qu’il était possible de pointer des instruments avec une stabilité extrême sur des durées très longues.

Cette expérience accumulée réduit les risques, mais ne diminue en rien l’ambition.
LISA va écouter l’Univers dans une gamme de fréquences totalement inaccessible depuis la Terre, ouvrant la porte à l’étude des fusions de trous noirs supermassifs, des systèmes d’étoiles compactes et même des signaux issus des premières époques cosmiques.

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Un lancement en 2035, à bord d’Ariane 6

Le lancement des trois satellites est prévu pour 2035, à bord d’Ariane 6.
À partir de là, ces derniers auront la lourde tâche de mener l’humanité à percer ce voile mystérieux de l’Univers qui lui résiste encore : les ondes gravitationnelles.

Comme le résume Richard Thorburn, directeur général de Thales Alenia Space au Royaume-Uni :

« Nous nous réjouissons à la perspective de collaborer étroitement avec toutes les équipes qui soutiendront l’ambition de l’ESA d’étendre nos connaissances de l’Univers. »

Comprendre LISA en un coup d’oeil :

LISA - infographie

Sources :

  • CNES, LISA, Observer des ondes gravitationnelles à une échelle inédite, 06 octobre 2025
  • Communiqué de presse de Thales du 22 janvier 2026
  • https://fr.wikipedia.org/wiki/Onde_gravitationnelle

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Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
Très curieux et tourné vers l'économie, la science et les nouvelles technologies, (particulièrement ce qui touche à l'énergie et les entreprises françaises) je vous propose de de découvrir les dernières actualités autour de cette passion

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