Une étoile qui meurt quand l’univers apprend encore à marcher.
Les scientifiques ont récemment découvert l’existence d’une supernova (une étoile qui a récemment explosé) qui repousse encore un peu la limite de ce que nous pensions possible dans l’univers puisque celui-ci n’était alors qu’une « jeunot » âgé de 730 millions d’années, soit à peine 5 % de son âge actuel.
Un nouveau record macabre donc, de plus vieille explosion d’étoile jamais recensée dans notre univers.
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Le télescope spatial James Webb découvre la plus vieille supernova jamais observée dans l’univers
Tout commence par un sursaut gamma, une émission d’énergie parmi les plus violentes connues dans l’univers, visible pendant quelques secondes seulement, parfois moins de temps qu’il n’en faut pour lire cette phrase.
Ce genre de signal est facile à rater, comme un éclair dans une tempête lointaine, sauf que cette fois, le satellite franco-chinois SVOM (Satellite pour l’observation des objets variables ) était au bon endroit, au bon moment, le 14 mai 2025.
En moins d’une heure trente, le satellite américain Swift affine la position de la source, confirmant que l’événement n’est pas seulement spectaculaire, mais aussi incroyablement ancien, situé à une époque où l’univers n’a encore vécu qu’une fraction de sa vie actuelle.
À ce stade, les astronomes comprennent qu’ils tiennent peut-être quelque chose de rare, voire d’unique, et qu’il va falloir mobiliser les meilleurs instruments disponibles.
Webb n’arrive pas en premier, et ce n’est pas un hasard
Le télescope spatial James Webb ne se précipite pas immédiatement sur la cible.
Les équipes choisissent d’attendre trois mois et demi, le temps que la supernova atteigne son maximum d’éclat observable, car une explosion d’étoile ne raconte jamais toute son histoire au moment précis où elle se produit.
Lorsque Webb pointe enfin ses instruments infrarouges vers la galaxie hôte, la supernova brille encore, bien au-delà de ce que l’on observe habituellement, restant visible pendant plusieurs mois, comme si elle refusait de s’éteindre complètement.
Quand l’univers étire le temps comme un vieux ressort
Cette longévité s’explique par un effet cosmologique fondamental appelé dilatation du temps : plus un événement est lointain, plus la lumière qu’il émet est étirée par l’expansion de l’espace lui-même, ce qui donne l’impression que tout se déroule au ralenti.
Une explosion qui, localement, durerait quelques jours ou semaines, se transforme ainsi en un phénomène visible pendant des mois alors que sa lumière a voyagé plus de 13 milliards d’années avant d’atteindre nos détecteurs.
Une enquête à ciel ouvert, menée depuis la Terre entière
Pendant que Webb observe depuis l’espace, les télescopes terrestres entrent dans la danse.
Le Nordic Optical Telescope, aux Canaries, repère une rémanence infrarouge qui confirme l’extrême distance de l’événement.
Puis le Very Large Telescope, au Chili, affine les mesures et fixe le verdict.
Cette supernova a explosé 730 millions d’années après le Big Bang, une période si reculée que, sur les 50 dernières années, seuls quelques sursauts gamma comparables ont été observés.
Une supernova ancienne qui ressemble trop aux autres
Malgré son âge vertigineux, cette supernova ressemble beaucoup à celles que les astronomes observent dans un univers beaucoup plus récent, avec des signatures lumineuses et spectrales étonnamment familières.
Or, les premières étoiles étaient censées être différentes, plus massives, pauvres en éléments lourds, avec des mécanismes de mort distincts, un comportement « atypique » donc pour cette supernova qui intéresse les scientifique pour en savoir plus sur l’histoire primitive de notre univers.

Un regard rare sur le premier milliard d’années
Le premier milliard d’années de l’univers reste l’un des chapitres les plus flous de l’histoire cosmique.
C’est pourtant à cette époque que les premières étoiles ont commencé à transformer le paysage, enrichissant l’espace en éléments lourds et participant à la réionisation (la disparition du brouillard de gaz opaque entre les galaxies), un processus clé qui a permis à la lumière de circuler librement.
Observer une supernova à cette période, c’est comme allumer brièvement une lampe dans une pièce encore plongée dans la pénombre, juste assez longtemps pour deviner la forme des murs et des meubles.
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Webb comme machine à remonter le temps cosmique
Pour James Webb, cette observation marque un jalon important.
C’est la supernova la plus ancienne jamais étudiée avec autant de détails, rendue accessible grâce à ses instruments infrarouges, auxquels le CNES a contribué avec l’imageur MIRI.
De nouvelles observations sont déjà prévues pour suivre d’autres sursauts gamma anciens, dans l’espoir d’utiliser leur rémanence comme des balises naturelles, capables de révéler des galaxies primitives autrement invisibles.
Comprendre la découverte de la supernova en un coup d’oeil :

Sources :
- ESA, Webb identifies earliest supernova to date, 09/12/2025
- CNES, Le télescope spatial Webb identifie la plus ancienne supernova jamais observée, 09/12/2025
- Astronomy.com, An old galaxy cluster discovered in the young universe, dernière mise à jour : 18/05/2023
Image : Cette illustration artistique montre deux galaxies dans l’Univers primordial. La brillante explosion à gauche est un sursaut gamma. Lorsque la lumière de ce sursaut traverse les deux galaxies sur son chemin vers la Terre (hors champ à droite), certaines couleurs sont absorbées par le gaz froid présent dans les galaxies, laissant des raies sombres caractéristiques dans le spectre. L’étude approfondie de ces spectres a permis aux astronomes de découvrir que ces deux galaxies sont remarquablement riches en éléments chimiques lourds – Crédit : ESO / L. Calçada



