Dans le Tennessee, la fusion sort des labos et entre dans le droit.
L’entreprise américaine Type One Energy vient de faire une demande de licence réglementaire en vue de construire une centrale électrique à fusion aux États-Unis. Aucune entreprise américaine n’était encore allée aussi loin dans ce processus.
Le projet devrait s’implanter sur l’ancien site de la centrale à charbon de Bull Run, dans le Tennessee, arrêtée fin 2023 après plus d’un demi-siècle de service.
Là où brûlait du charbon, on prépare désormais un réacteur censé produire de l’électricité sans combustion, sans carbone et sans réaction en chaîne. Alors forcément ce « romantisme énergétique » nous a attirés chez Media24.fr et on a voulu en savoir plus sur cet acteur américain qui entend faire valider sa centrale… qui emploie une technologie qui n’existe pas encore !
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Le site l’ex-centrale électrique au charbon de Bull Run va être de nouveau exploité pour la fusion nucléaire par Type One Energy
La centrale de Bull Run, d’une puissance de 865 MW électriques, a fonctionné entre 1967 et 2023 sur les rives de la Clinch River, non loin d’Oak Ridge (cœur historique du nucléaire américain). Sa fermeture a laissé un site industriel lourd, déjà raccordé au réseau, avec des compétences locales et une culture énergétique bien ancrée.
Type One Energy l’a bien compris et plutôt que d’inventer un site ex nihilo, l’entreprise a voulu profiter de l’aubaine pour s’inscrire dans une continuité industrielle. Le projet s’appelle Infinity et se déploiera en plusieurs étapes sur ce même terrain.
Infinity, un programme en deux temps bien distincts
Le programme Infinity comprend ainsi deux briques principales :
- D’abord Infinity One, un prototype et centre de formation, exploité directement par Type One Energy. Sa mise en service est prévue pour 2029. Son rôle est double : valider la technologie en conditions réelles et permettre de former les équipes qui exploiteront la suite.
- Ensuite Infinity Two, la pièce maîtresse. Une centrale de 350 MW électriques, conçue pour fonctionner en base, comme une centrale classique et pensée pour alimenter durablement le réseau.
Le partenaire clé en la matière pourrait être la Tennessee Valley Authority, qui a déjà adressé une lettre d’intention pour développer et construire Infinity Two, sous réserve des validations réglementaires et financières finales.
Un réacteur à fusion d’un genre différent
Infinity One et Infinity Two reposent sur une technologie assez particulière de la fusion nucléaire : le stellarator. Contrairement aux tokamaks, comme le réacteur ITER en construction à Cadarache, le stellarator ne repose pas sur un anneau parfaitement symétrique.
Sa géométrie torsadée, presque en forme de huit doit permettre de mieux confiner le plasma sans recourir à des courants électriques internes très élevés, qui rendent les tokamaks instables.
La licence, vraie rupture pour la fusion
La nouveauté ici par rapport à d’autres projets dont nous vous parlons régulièrement sur la fusion nucléaire, c’est que Type One Energy a déposé une demande de licence pour matériaux de sous-produits, un cadre juridique jusqu’ici réservé à d’autres usages nucléaires.
Ce dossier a été préparé en étroite coordination avec la Tennessee Department of Environment & Conservation et la TVA. L’objectif est clair : démontrer que la fusion peut entrer dans le droit commun industriel, avec des règles de sûreté définies dès la conception.
Une centrale pensée pour être autorisable partout
Infinity Two est pensé pour être licenciable et déployable à l’échelle mondiale.
Cela implique des marges de sûreté élevées, une transparence complète sur les scénarios accidentels et une logique de fonctionnement compatible avec les autorités de régulation, qu’elles soient américaines ou étrangères.
Pour la fusion, longtemps cantonnée aux laboratoires nationaux, c’est un changement de culture majeur.
Le Tennessee comme laboratoire réglementaire
Les autorités locales revendiquent clairement ce rôle pionnier. Le Tennessee veut devenir un pôle mondial de l’innovation nucléaire, non plus seulement sur la fission, mais aussi sur la fusion.
Cette collaboration étroite entre une start-up, une grande autorité électrique publique et un régulateur environnemental crée un précédent. Elle montre comment un État peut structurer un cadre réglementaire avant même que la technologie ne soit commercialement mature.
Un message fort envoyé à toute la filière de la fusion.

En Amérique du Nord, la fusion n’est plus un club fermé de physiciens
Aux États-Unis et au Canada, la fusion nucléaire est depuis quelques années sortie des grands laboratoires publics pour devenir un terrain d’expérimentation industrielle pour de jeunes start-ups avides de mettre la main sur la « panacée énergétique » de l’Humanité.
Souvent issues du MIT, de Stanford ou de laboratoires nationaux, elles tentent chacune leur propre chemin (parfois avec des technologies un peu loufoques) vers la centrale à fusion. Certaines misent sur des tokamaks ultra-compacts, d’autres sur des stellarators modernisés, d’autres encore sur des approches plus radicales, pulsées ou mécaniques. Toutes partagent le même objectif : produire de l’électricité pilotable, sans carbone et sans combustion, en contournant les lourdeurs et les délais des programmes publics comme ITER.
Cette effervescence nord-américaine repose (comme de nombreux secteurs) sur un écosystème unique mêlant capital-risque massif, accès à des infrastructures fédérales, régulateurs plus ouverts et une culture assumée du prototype rapide.
Acteurs nord-américains de la fusion nucléaire en 2026 :
| Entreprise | Pays | Technologie principale | Principe clé | Objectif énergétique | État d’avancement |
| Commonwealth Fusion Systems | États-Unis | Tokamak compact | Aimants supraconducteurs haute température | Électricité réseau | Réacteur SPARC en construction |
| Helion Energy | États-Unis | Fusion pulsée | Compression électromagnétique, électricité directe | Électricité sans turbine | Prototype avancé |
| General Fusion | Canada | Fusion par compression | Pistons mécaniques + plasma magnétisé | Électricité réseau | Démonstrateur en développement |
| TAE Technologies | États-Unis | Confinement magnétique linéaire | Plasma stabilisé par faisceaux | Électricité à long terme | Recherche avancée |
| Zap Energy | États-Unis | Z-pinch stabilisé | Courants plasma auto-confinés | Électricité compacte | Prototype expérimental |
| Princeton Stellarators | États-Unis | Stellarator compact | Géométrie magnétique simplifiée | Électricité réseau | Phase conceptuelle |
| First Light Fusion | États-Unis / UK | Fusion inertielle | Impact hyper-rapide sur cible | Électricité à long terme | Démonstrations physiques |
| Lockheed Martin | États-Unis | Fusion compacte | Confinement magnétique propriétaire | Énergie mobile | Programme confidentiel |
Sources :
- Business Wire, Type One Energy annonce une étape majeure dans le développement de la fusion nucléaire,
communiqué international présentant les avancées industrielles et réglementaires de Type One Energy dans le domaine de la fusion, le positionnement stratégique de l’entreprise et les implications pour le futur énergétique américain. - Type One Energy, TVA and Type One Energy submit first license application for fusion in Tennessee,
communication officielle détaillant le dépôt de la première demande de licence de fusion nucléaire aux États-Unis, la coopération avec la Tennessee Valley Authority (TVA), le cadre réglementaire engagé et les objectifs de mise en service industrielle à moyen terme.



