VINCI arrive en renfort de la Jamaïque pour sécuriser son accès à l’eau potable.
La Jamaïque est avec 10 991 km², la troisième plus grande île des Caraïbes. Elle compte 2,84 millions d’habitants tassés surtout sur une fine bande côtière autour de Kingston et Montego Bay. Le centre de l’île est désertique et peut monter jusqu’à 2 256 mètres dans les Blue Mountains, pendant que le climat tropical alterne périodes sèches tendues et saisons cycloniques parfois brutales.
Sur une île comme celle-là, l’eau ne tombe jamais exactement où il faudrait, ni quand il faudrait, ce qui transforme un simple robinet en enjeu collectif, économique, sanitaire, voire politique.
Le français VINCI Construction Grands Projets vient de se voir confier une grosse partie de l’avenir du pays à ce sujet avec chantier de 144 millions d’euros, pour concevoir et construire 68 kilomètres de canalisations d’eau potable pour les réseaux d’eau potable dans le nord-ouest . Un chantier vitale qui devrait fiabiliser le réseau de l’île pour des décennies.
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VINCI signe un nouveau contrat de 144 millions d’euros en Jamaïque
Une urgence climatique qui pousse la Jamaïque à l’action
Le gouvernement jamaïcain avait déjà débloqué 350 millions de dollars jamaïcains (environ 1,9 million d’euros) pour répondre dans l’urgence à une baisse généralisée des précipitations et des réserves d’eau en juillet 2025.
Cette enveloppe avait financé à la fois des mesures immédiates, comme le transport d’eau par camions-citernes, l’achat de réservoirs pour les communautés vulnérables et le soutien direct aux infrastructures critiques, ainsi que des actions de fond pour l’agriculture, incluant irrigation goutte-à-goutte et sécurisation des exploitations.
L’État jamaïcain a investi parallèlement 22 milliards de dollars jamaïcains (environ 119 millions d’euros) dans des projets structurants d’eau potable, d’assainissement et d’irrigation destinés à bénéficier à plus de 900 000 habitants, avec des programmes emblématiques comme le Western Water Resilience Project (dont le projet signé cette semaine avec VINCI est une extension) ou le système d’alimentation de Rio Cobre, conçu pour fournir à lui seul près de 57 000 m³ d’eau par jour et éviter la répétition des pénuries observées lors de la sécheresse de 2022 à Kingston et Saint Andrew, traduisant un basculement clair de la Jamaïque vers une gestion de l’eau pensée comme un enjeu de sécurité nationale autant que de service public.
Soixante-huit kilomètres de tuyaux, cent trente kilomètres de contraintes pour VINCI
Les 68 kilomètres de conduites prévues dans le contrat avec VICNI ne seront pas posés comme un fil sur une carte. Le tracé réel atteint près de 130 kilomètres, car il suit les routes existantes, contourne les zones habitées, évite les secteurs à risque. À chaque virage sa contrainte technique : une pente trop forte, un sol instable, une zone humide protégée.
Les canalisations seront réalisées en fonte à large diamètre car ce matériau résiste à la corrosion, encaisse les variations de pression et tolère mieux les mouvements du sol, Le tout pour une durée de vie attendue de plus de cinquante ans.
Le chantier s’étalera sur 36 mois et impliquera 100 personnes en continu : ingénieurs, topographes, conducteurs d’engins, spécialistes environnementaux etc.
Un véritable « petit village technique » qui se déplacera au fil du tracé.
Travailler avec la nature plutôt que contre elle
Le chantier est mené en coordination étroite avec la National Environment and Planning Agency. L’objectif n’est pas seulement de livrer un réseau fonctionnel. Il s’agit de traverser des rivières, des zones humides, des habitats naturels sans laisser de cicatrice durable.
Chaque franchissement est étudié comme une opération chirurgicale avec son lot de questions : Où passer ? À quelle profondeur ? Avec quel mode de pose etc ?
Parfois en forant sous le lit d’une rivière pour ne pas la toucher, en adaptant le calendrier aux périodes de reproduction de certaines espèces. Le chantier n’est pas prévu pour être « express », précisément parce que VINCI doit regarder où il met les pieds.
Une présence ancienne, une mémoire du terrain
VINCI opère en Jamaïque depuis 1999. Les équipes connaissent les sols, les saisons, les réactions du terrain après un cyclone. Cette expérience s’est révélée précieuse en 2025, lorsque l’ouragan Melissa a frappé l’île.
Les équipes ont alors participé à des réparations d’urgence pour rétablir l’eau potable à Montego Bay, la deuxième plus grande ville du pays. Un travail rapide, sous pression, avec des infrastructures fragilisées, qui prouve l’expertise du groupe acquise sur l’île.

Penser l’eau à l’échelle d’une île entière
En parallèle de ce nouveau chantier, VINCI travaille sur la troisième plus grande usine de traitement d’eau potable de l’île, située à Rio Cobre. Là encore, l’idée est de sécuriser l’approvisionnement à long terme, de soutenir la croissance sans épuiser la ressource.
Un réseau d’eau n’est jamais un objet isolé. Il relie les captages, les usines, les villes, les usages domestiques et industriels. Chaque amélioration locale a des effets en chaîne. Une pression mieux maîtrisée ici réduira les fuites là-bas. Une canalisation plus résistante aujourd’hui évitera une coupure demain.
VINCI, une expertise mondiale dans les canalisations
Ce type de chantier hydraulique n’est pas une première pour VINCI et la Jamaïque s’inscrit dans une longue série de projets où le groupe a brillé.
Voici une liste non exhaustives des projets de chantiers hydrauliques comparables réalisés par VINCI :
| Pays | Type de projet | Période de réalisation | Ordre de grandeur | Contraintes majeures |
| Qatar | Réseaux d’adduction d’eau potable et traitée (zones urbaines de Doha et périphérie) | 2015–2021 | Plusieurs dizaines de kilomètres | Températures > 45 °C, sols désertiques agressifs, urbanisation rapide |
| Australie | Pipelines de transfert d’eau et sécurisation d’approvisionnement urbain | 2017–2023 | Plusieurs dizaines de kilomètres | Sécheresses prolongées, longues distances, cycles climatiques extrêmes |
| Maroc | Réseaux structurants d’eau potable pour grandes agglomérations | 2016–2022 | Réseaux métropolitains | Franchissements sensibles, zones urbaines denses, exigences environnementales |
| Algérie | Conduites de grand diamètre reliant barrages, stations et villes | 2014–2020 | Axes régionaux | Relief contraignant, pression démographique, continuité de service |
| Chili | Pipelines et ouvrages hydrauliques longue distance | 2013–2019 | Longues distances | Relief andin, zones sismiques, accès difficile |
| Pérou | Transport d’eau sur longue distance pour usages urbains et agricoles | 2012–2018 | Longues distances | Altitude élevée, géologie complexe, variations hydrologiques |
Sources :
- VINCI, données publiques sur les récents projets de chantiers hydrauliques
- VINCI, communiqué de presse du 02 février 2026
- Office of the Prime Minister of Jamaica (OPM), Government allocates $350 million in urgent drought mitigation measures,
communiqué gouvernemental détaillant l’allocation exceptionnelle de 350 millions de dollars jamaïcains pour faire face à la sécheresse, les mesures d’urgence mises en œuvre dans le cadre du Western Water Resilience Project, ainsi que les investissements destinés à sécuriser l’approvisionnement en eau potable, notamment dans la région de Kingston et de St. Andrew.



