Une année charnière pour le bioéthanol après la poussée de 2025
Après une hausse de 15 % de la consommation en France en 2025, le bioéthanol entre en 2026 avec un statut nouveau. Jusqu’ici cantonné au rôle de « bizarreries intéressantes du voisinage », il semble s’installer comme un acteur de plus en plus crédible du secteur du carburant.
En 2025, malgré un climat politique incertain et des signaux réglementaires parfois contradictoires, plus de 19 millions d’hectolitres de bioéthanol ont ainsi été consommés en France.
Le Superéthanol-E85 représente désormais 34 % de l’éthanol utilisé, soit un litre sur trois.
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Vingt ans d’E85 et une histoire de prix avant tout
Depuis 2006, le Superéthanol-E85 joue la même partition a su séduire les Français par une promesse : il coûte bien moins cher que ces concurrents. En 2025, son prix moyen avoisinait les 0,73 € par litre contre un SP95-E10 à 1,69 € par litre.
Sur une année, la différence devient très concrète :
- Pour 13 000 kilomètres parcourus, un automobiliste roulant à l’E85 économise 705 €, en tenant compte d’une surconsommation de 25 %.
- Pour 20 000 kilomètres, l’économie atteint 1 085 €.
Avec une surconsommation limitée à 20 %, les économies montent respectivement à 739 € et 1 137 €.
Ces chiffres expliquent pourquoi 418 000 automobilistes ont franchi le pas depuis 2006.
Parmi eux, 62 % utilisent un boîtier flex-E85 homologué, 38 % roulent avec un véhicule flex-E85 d’origine.
Un réseau devenu presque banal sur le territoire
L’un des arguments historiques contre l’E85 concernait l’accès à ce dernier.
Ce reproche commence à dater puisqu’en 2025, plus de 4 000 stations-service distribuaient du Superéthanol-E85, soit environ 42 % des stations françaises.
93 % des automobilistes vivent désormais à moins de 10 kilomètres d’une station équipée.
Un impact climatique mesurable, sans posture
Si le bioéthanol n’est pas neutre en émission carbone (ce qu’il n’a jamais prétendu être), il affiche en revanche des résultats intéressant puisque l’an dernier, le bioéthanol consommé en France a permis de remplacer l’équivalent d’1 million de tonnes de pétrole.
Il a aussi évité 2,7 millions de tonnes de CO₂, soit l’équivalent des émissions de 1 300 000 à 1 400 000 voitures sur une année.
Cette réduction vient du fait que le carbone rejeté à l’échappement a d’abord été capté par les plantes via la photosynthèse. Le cycle reste imparfait mais il demeure nettement plus favorable que celui des carburants fossiles sur l’ensemble du cycle de vie.

Une filière agricole et industrielle bien réelle
Derrière chaque litre d’E85, il existe une chaîne bien française.
Depuis vingt ans, le Superéthanol-E85 offre à 55 000 agriculteurs un débouché complémentaire. La filière représente environ 9 000 emplois, directs et indirects, en équivalent temps plein et soutient les sucreries et les amidonneries, tout en valorisant leurs coproduits et résidus.
Une mécanique industrielle bien huilée, ancrée dans les territoires, qui transforme des récoltes en carburant utilisable immédiatement.
Ce que disent vraiment les automobilistes français
L’IFOP a récemment interrogé 1 000 Français pour le compte de la Collective du bioéthanol.
Le verdict est tombé et est sans appel : le pouvoir d’achat domine toutes les décisions.
Pour 76 % des sondés, le moteur thermique reste plébiscité, seul ou associé à une hybridation.
Dans le détail, 52 % préfèrent l’essence, 24 % le Diesel.
Seuls 10 % choisissent un véhicule 100 % électrique, un chiffre très éloigné de la trajectoire réglementaire européenne actuelle.
Parmi les motorisations essence, 17 % des véhicules envisagés sont compatibles flex-E85, hybrides ou thermiques. Le potentiel de progression apparaît évident.

Une notoriété acquise, des freins encore bien identifiés
Le Superéthanol-E85 n’est plus un inconnu :
- 76 % des Français en ont déjà entendu parler.
- 58 % le considèrent comme une alternative crédible aux carburants fossiles, aux côtés de la voiture électrique.
- Pourtant, 30 % des sondés citent le manque de connaissances comme premier frein à son adoption.
Le paradoxe saute aux yeux. Le réseau existe, le prix séduit mais l’information reste incomplète.
30 % estiment aussi qu’il faudrait davantage de stations, alors que 93 % vivent déjà à moins de 10 kilomètres d’un point de distribution. La communication autour du bioéthanol semble donc pour le moment insuffisante à convertir les masses même si des progrès ont été faits.
Une perspective européenne qui redonne de l’air au thermique
Le 16 décembre 2025, la Commission européenne a proposé une révision du règlement CO₂ des véhicules légers. Le texte rouvre la possibilité de commercialiser, après 2035, des véhicules thermiques utilisant des carburants intégrant du bioéthanol.
Les biocarburants y sont reconnus comme un levier complémentaire à l’électrification.
Cette évolution donne de la visibilité aux véhicules hybrides rechargeables fonctionnant à l’E85.
Vers un E85 entièrement renouvelable ?
La filière travaille désormais sur un Superéthanol-E85 100 % renouvelable.
L’objectif repose sur une définition claire des carburants neutres en CO₂. Le carbone rejeté proviendrait exclusivement de l’air, capté par les plantes ou récupéré dans des flux industriels, y compris pour produire des e-fuels.
À terme, des hybrides rechargeables flex-E85 pourraient rouler sans essence fossile, avec des gains CO₂ comparables, voire supérieurs, au 100 % électrique, lorsque l’on raisonne sur l’ensemble du cycle de vie.
Des travaux sont en cours au sein du Comité européen de normalisation pour adapter la norme E85 à cette nouvelle composition.
Un poids qui croit mais qui reste à relativiser
Face à l’ensemble des carburants routiers consommés en France, le bioéthanol reste une brique encore modeste, même si sa dynamique tranche nettement avec celle du marché global.
En 2025, la consommation totale de carburants routiers a atteint 47,5 millions de mètres cubes, en recul de 0,6 % sur un an et de 5,1 % par rapport à 2019, signe d’un marché qui se contracte lentement mais durablement. Dans ce paysage, le gazole demeure largement dominant avec 32 millions de mètres cubes, soit 67,3 % de la consommation. Les essences progressent de 5,7 %, à 15,6 millions de mètres cubes, un mouvement qui profite indirectement au bioéthanol via l’augmentation de son taux d’incorporation. Rapporté à ces volumes, les 19 millions d’hectolitres de bioéthanol consommés, soit 1,9 million de mètres cubes, représentent environ 4 % de l’ensemble des carburants routiers consommés en France. L’image est celle d’un ruisseau qui grossit pendant que le fleuve baisse légèrement. La trajectoire reste prometteuse mais elle ne bouleverse pas encore l’équilibre général du mix carburant français, toujours structuré autour du diesel, même en recul.
Ajoutons à cela que l’électrique continue de gagner du terrain puisque 24% des ventes d’automobiles neuves venait de cette catégorie en décembre 2025 d’après l’Observatoire de l’Industrie Électrique (OIE).

Sources :
- Connaissance des Énergies, « La consommation française de carburants en baisse en 2025, le diesel en recul mais toujours dominant »
- Observatoire de l’électricité, « Chiffres des marchés de l’électromobilité – décembre 2025 »
- Collective du Bioéthanol, Dossier de presse – février 2026



