Les SMR français

SMR nucléaires français : technologies, projets et recomposition d’un secteur en mutation.

Le paysage nucléaire français vit une transformation silencieuse mais profonde. À côté des grands réacteurs EPR2 dont la construction a repris, une nouvelle génération d’installations compactes s’impose progressivement dans les débats industriels et énergétiques : les SMR, ou Small Modular Reactors — réacteurs nucléaires modulaires de petite puissance. Derrière cet acronyme se cache une diversité technologique considérable : réacteurs à eau pressurisée miniaturisés, réacteurs à neutrons rapides refroidis au sodium ou au plomb, microréacteurs thermiques dédiés à la chaleur industrielle, voire réacteurs à sels fondus inspirés des travaux des années 1960.

Le département de l’Aube a donné son feu vert à la vente d’un terrain pour accueillir une usine de combustible MOX de newcleo, un projet de 1,8 milliard d’euros susceptible de créer 1 700 emplois directs. En parallèle, l’entreprise avance sur son réacteur modulaire à Chinon, avec un objectif de mise en service en 2031, sous l’égide de la CNDP.
Le département de l’Aube a donné son feu vert à la vente d’un terrain pour accueillir une usine de combustible MOX de newcleo, un projet de 1,8 milliard d’euros susceptible de créer 1 700 emplois directs.
En parallèle, l’entreprise avance sur son réacteur modulaire à Chinon, avec un objectif de mise en service en 2031, sous l’égide de la CNDP.

La stratégie française s’articule autour de plusieurs axes : un projet industriel central et exportable (NUWARD), des microréacteurs de décarbonation industrielle (Jimmy, Calogena), et une constellation de concepts avancés soutenus par France 2030 à hauteur d’environ un milliard d’euros. Mais en 2026, la faillite spectaculaire de la start-up Naarea, pourtant lauréate France 2030, est venue rappeler une réalité brutale : derrière les promesses technologiques, les SMR et réacteurs avancés de génération IV restent un pari industriel et financier à haut risque.

Cet article propose une cartographie complète de l’écosystème SMR français : définitions, technologies, projets, comparatifs, enjeux économiques et perspectives de déploiement.

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Qu’est-ce qu’un SMR nucléaire et pourquoi suscite-t-il autant d’intérêt aujourd’hui ?

Un SMR (Small Modular Reactor) est un réacteur nucléaire modulaire de petite puissance, généralement compris entre 50 et 300 MWe (mégawatts électriques). Il repose sur trois principes industriels fondamentaux : une puissance réduite par rapport aux grandes centrales classiques, une conception modulaire permettant la fabrication standardisée en usine, et un assemblage sur site simplifié par rapport aux chantiers conventionnels.

Contrairement aux réacteurs de grande puissance (900 MWe pour les paliers historiques français, 1 650 MWe pour l’EPR), un SMR produit une énergie calibrée pour des réseaux électriques intermédiaires, des zones industrielles isolées ou des pays dont le réseau ne peut absorber de grandes injections de puissance. Cette flexibilité est l’un de ses principaux arguments commerciaux.

Sur le plan de la décarbonation, les SMR présentent les mêmes caractéristiques que le nucléaire classique : une production d’électricité bas-carbone, pilotable et disponible en continu, capable de compenser l’intermittence des énergies renouvelables. Ils peuvent en outre produire de la chaleur industrielle ou urbaine à haute température — un marché encore largement carboné qui représente plus de la moitié de la consommation énergétique française.

L’attrait pour les SMR s’explique aussi par une logique économique : fabriquer en série des modules identiques devrait permettre de réduire les coûts unitaires par effet d’apprentissage, à l’instar de ce qui s’est produit dans l’industrie aéronautique ou automobile. C’est du moins la thèse défendue par leurs promoteurs — une thèse qui reste à valider industriellement.

L'essor des réacteurs SMR en France en 2026

Quelle est la différence entre un SMR, un microréacteur et un réacteur de génération IV ?

La terminologie du secteur peut prêter à confusion. Plusieurs catégories coexistent, souvent utilisées de manière interchangeable dans les médias généralistes, mais qui recouvrent des réalités très différentes.

Les SMR de génération III / III+

Il s’agit de réacteurs à eau pressurisée (REP) miniaturisés, reposant sur une technologie industriellement éprouvée depuis des décennies. Leur principal avantage est la maturité technologique : les phénomènes physiques sont bien connus, les matériaux maîtrisés, la réglementation nucléaire adaptée. NUWARD, le projet phare français, appartient à cette catégorie.

Les réacteurs avancés ou de génération IV

Ces réacteurs exploitent des technologies nouvelles : neutrons rapides, caloporteurs alternatifs (sodium, plomb, sels fondus, gaz), cycles de combustible innovants permettant le multirecyclage de la matière fissile. Ils promettent une meilleure utilisation du combustible, une réduction significative des déchets à vie longue et des performances énergétiques supérieures. Mais leur niveau de maturité industrielle reste limité : aucun réacteur de génération IV n’est actuellement en service commercial à l’échelle mondiale.

Les microréacteurs

Un microréacteur produit généralement moins de 50 MWth (thermique) et est conçu pour des applications très spécifiques : alimenter en chaleur une usine chimique, desservir un réseau de chaleur urbain, alimenter un site isolé (base militaire, mine, plateforme offshore). Jimmy et Calogena, deux projets français soutenus par France 2030, appartiennent à cette catégorie.

Quelles sont les six grandes familles de réacteurs nucléaires de génération IV étudiées dans le monde ?

Le Generation IV International Forum (GIF), fondé en 2001 et regroupant 14 pays dont la France, a identifié six grandes familles technologiques jugées prometteuses pour l’après-2030. Chacune présente des avantages distincts et des défis techniques spécifiques.

 

Technologie Principe de fonctionnement Avantages clés Défis techniques
SFR – Sodium Fast Reactor Neutrons rapides, sodium liquide caloporteur Recyclage du plutonium, faibles déchets à vie longue Réactivité chimique du sodium, gestion des incendies
LFR – Lead-cooled Fast Reactor Neutrons rapides, plomb ou plomb-bismuth Sûreté passive élevée, haute densité énergétique Corrosion des matériaux, températures élevées
MSR – Molten Salt Reactor Combustible dissous dans un sel fondu Pas de combustible solide, retraitement continu Chimie complexe, corrosion des sels
VHTR – Very High Temperature Reactor Graphite, gaz, très hautes températures (>900°C) Production d’hydrogène, couplage industriel Matériaux extrêmes, R&D longue
GFR – Gas-cooled Fast Reactor Neutrons rapides, refroidissement au gaz Haute efficacité thermique, multirecyclage Conception complexe, basse inertie thermique
SCWR – Supercritical Water Reactor Eau supercritique (>374°C, >220 bar) Rendement thermique élevé (~45%) Conditions extrêmes, matériaux sous contrainte

 

Ces six technologies partagent des objectifs communs : améliorer le rendement énergétique, optimiser l’utilisation des ressources fissiles, réduire les déchets radioactifs à vie longue et renforcer la sûreté passive des réacteurs. Aucune n’a encore atteint la maturité industrielle requise pour un déploiement commercial à grande échelle.

Quels sont les projets SMR et réacteurs avancés soutenus par la France dans le cadre de France 2030 ?

Le programme France 2030 consacre environ un milliard d’euros au développement de réacteurs nucléaires innovants. Onze projets ont été sélectionnés à l’issue d’appels à manifestation d’intérêt compétitifs, couvrant l’ensemble du spectre technologique : SMR de génération III+, réacteurs avancés de génération IV, microréacteurs thermiques et fusion nucléaire.

Projet Porteur(s) Type Technologie Puissance visée Usage principal Stade
NUWARD EDF, CEA, Naval Group, TechnicAtome, Framatome SMR Gen III+ Eau pressurisée 340 MWe (2 × 170) Électricité réseau Conception avancée
Jimmy Energy Jimmy Energy Microréacteur Thermique chaleur Dizaines MWth Chaleur industrielle R&D / démonstrateur
Calogena Calogena Microréacteur Chaleur urbaine Dizaines MWth Réseaux de chaleur Concept / R&D
Newcleo LFR-30 Newcleo Gen IV AMR Plomb liquide 30 MWe Démonstrateur export R&D
HEXANA CEA Gen IV Sodium rapide 400 MWth × 2 Électricité + chaleur Recherche
Otrera Otrera AMR modulaire Neutrons rapides Modulaire Industrie lourde Concept
Blue Capsule Consortium FR Microréacteur AMR compact Capsule Énergie locale/isolée Concept
Stellaria Stellaria AMR avancé Réacteur avancé Modulaire Démonstrateur R&D
Thorizon Proxima Thorizon AMR avancé Sels fondus MSR Modulaire Électricité R&D
Naarea (liquidé) Naarea (†2026) Micro AMR Gen IV Sels fondus rapides Micro Énergie locale Abandonné
Taranis / Renaissance Fusion Renaissance Fusion Fusion D-T Fusion magnétique ~1 000 MWth Électricité future Recherche fondamentale

 

Cette diversité de projets reflète une stratégie de portefeuille assumée : parier simultanément sur plusieurs technologies pour maximiser les chances d’en voir émerger une ou plusieurs industriellement viables. Le risque est cependant de disperser les ressources humaines et financières sur des projets dont certains n’aboutiront jamais.

Le projet Nuward est un petit réacteur nucléaire modulaire (SMR) français développé par EDF, le CEA, TechnicAtome et Naval Group. D’une puissance d’environ 340 MW (deux réacteurs de 170 MW), il vise à produire une électricité décarbonée et à remplacer certaines centrales à charbon, avec une mise en service envisagée autour de 2030.
Le projet Nuward est un petit réacteur nucléaire modulaire (SMR) français développé par EDF, le CEA, TechnicAtome et Naval Group. D’une puissance d’environ 340 MW (deux réacteurs de 170 MW), il vise à produire une électricité décarbonée et à remplacer certaines centrales à charbon, avec une mise en service envisagée autour de 2030.

Pourquoi NUWARD est-il considéré comme le projet SMR central de la stratégie française ?

NUWARD concentre l’essentiel des atouts de la filière nucléaire française. Porté par un consortium d’envergure, EDF, le CEA, Naval Group, TechnicAtome, Framatome et Tractebel, il repose sur une technologie à eau pressurisée de génération III+, c’est-à-dire une évolution directe des REP qui propulsent les 56 réacteurs du parc nucléaire hexagonal actuel.

Sa configuration retenue prévoit deux modules de 170 MWe chacun, pour une puissance totale de 340 MWe par centrale. Cette taille le positionne idéalement pour remplacer des centrales à charbon ou à gaz de puissance intermédiaire, alimenter des réseaux électriques de pays en développement nucléaire, ou être proposé à l’export comme solution clé en main décarbonée.

La logique industrielle de NUWARD est délibérément prudente : industrialiser d’abord un SMR reposant sur des technologies maîtrisées, avant de viser des ruptures technologiques plus risquées. Le calendrier vise un premier exemplaire opérationnel au début des années 2030, sous réserve de l’obtention des autorisations réglementaires auprès de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN).

Sur le plan de la compétitivité internationale, NUWARD se positionne face à des concurrents américains (NuScale VOYGR), britanniques (Rolls-Royce SMR), coréens (SMART) et chinois (ACP100). La course est engagée et les délais comptent autant que la performance technique.

Comment les microréacteurs nucléaires Jimmy et Calogena veulent-ils décarboner la chaleur industrielle et urbaine ?

La chaleur représente plus de la moitié de l’énergie consommée en France, et une part significative de cette chaleur est encore produite par des combustibles fossiles,gaz naturel en tête. C’est ce marché que ciblent directement les microréacteurs nucléaires thermiques.

Selon plusieurs analyses citées par la Société Française d’Énergie Nucléaire (SFEN), plus de 80 TWh de chaleur industrielle pourraient être décarbonés grâce aux microréacteurs nucléaires, dans des secteurs aussi divers que la chimie, l’agroalimentaire, la sidérurgie ou le raffinage.

Jimmy Energy : la chaleur industrielle à portée d’usine

La start-up Jimmy Energy développe un microréacteur thermique destiné à remplacer les chaudières à gaz industrielles. Son premier démonstrateur cible le complexe industriel Cristal Union / Cristanol à Bazancourt (Marne), un site sucrier-bioéthanol qui consomme d’importantes quantités de vapeur. Le projet a bénéficié d’une levée de fonds de 50 millions d’euros, dont 32 millions issus du programme France 2030. Le calendrier envisagé vise un démonstrateur dans la seconde moitié des années 2020, avec une industrialisation progressive dans les années 2030.

Calogena : le nucléaire au service des réseaux de chaleur urbains

Calogena vise quant à lui les réseaux de chaleur urbains — ces infrastructures qui distribuent de la chaleur produite centralement vers des immeubles résidentiels ou tertiaires. Le principe consiste à installer de petits réacteurs nucléaires produisant uniquement de la chaleur (sans turbine électrique) pour alimenter directement ces réseaux. Le marché potentiel s’étend à l’ensemble des agglomérations européennes disposant ou souhaitant développer des réseaux de chaleur décarbonés.

Ces deux projets restent encore à des stades précoces de développement. L’obtention des autorisations réglementaires, le financement des démonstrateurs industriels et l’acceptabilité sociale constituent les principaux obstacles à franchir avant toute mise en service commerciale.

Que s’est-il passé avec Naarea, et quels enseignements tirer de sa faillite pour la filière SMR ?

La faillite de Naarea en 2026 constitue l’un des épisodes les plus marquants et les plus instructifs de l’histoire récente des SMR français. La start-up fondée en 2021 développait XAMR, un microréacteur à sels fondus à neutrons rapides présenté comme capable de valoriser des matières nucléaires issues du cycle du combustible pour produire de l’énergie dans des configurations locales et décentralisées.

Lauréate de France 2030 en 2023, Naarea incarnait aux yeux de beaucoup la promesse de la deeptech nucléaire française : une start-up ambitieuse portant une rupture technologique réelle, soutenue par des fonds publics significatifs. Mais dès 2025, des difficultés financières et des incertitudes technologiques majeures ont conduit à un redressement judiciaire. En 2026, malgré une tentative de reprise par le groupe Eneris, la liquidation a été prononcée et le projet XAMR définitivement abandonné.

Cet épisode révèle plusieurs fragilités structurelles du secteur. La première est la maturité technologique insuffisante des réacteurs à sels fondus : malgré des décennies de recherche, aucun MSR n’a encore démontré sa viabilité industrielle à l’échelle commerciale. La deuxième est la dépendance excessive au financement public dans un secteur où les délais de R&D et de réglementation sont très longs avant tout retour sur investissement. La troisième est le risque de sous-estimation des coûts et délais, fréquent dans les projets deeptech à fort contenu réglementaire.

La leçon à retenir n’est pas que l’innovation nucléaire est impossible, mais qu’elle exige une capitalisation initiale massive, une gouvernance rigoureuse et une stratégie de financement qui ne peut pas reposer uniquement sur des subventions publiques.

SMR de génération III+, AMR de génération IV ou microréacteur : comment choisir la bonne technologie selon les usages ?

Le choix d’une technologie SMR dépend étroitement de l’usage visé, du niveau de risque technologique acceptable et des délais de déploiement souhaités. Le tableau comparatif suivant synthétise les principales différences entre les trois grandes catégories.

Critère SMR Gen III+ (ex. NUWARD) AMR / Gen IV (ex. Newcleo, HEXANA) Microréacteur (ex. Jimmy)
Puissance 50 – 340 MWe 30 – 400 MWe < 50 MWth
Maturité technologique Élevée (technologie éprouvée) Moyenne à faible (R&D) Faible (conception)
Délai de déploiement estimé Début 2030s 2035 – 2040+ 2030 – 2035
Combustible UOX/MOX standard Plutonium, uranium enrichi, thorium Uranium faiblement enrichi
Gestion des déchets Déchets classiques Réduction déchets longue vie Déchets réduits
Usage principal Réseau électrique Électricité + recherche Chaleur industrielle/urbaine
Risque financier Modéré (filière connue) Élevé (R&D intense) Élevé (marché à créer)
Soutien France 2030 Oui (majeur) Oui Oui

 

Pour un opérateur électrique cherchant à décarboner un réseau d’ici 2035, NUWARD ou ses équivalents internationaux représentent le choix le moins risqué. Pour une industrie chimique cherchant à remplacer une chaudière à gaz d’ici 2032, les microréacteurs thermiques sont plus adaptés — à condition qu’un démonstrateur soit validé dans les temps. Pour un électricien cherchant à fermer le cycle du combustible ou à réduire ses stocks de plutonium, les réacteurs à neutrons rapides (HEXANA, Newcleo) offrent une perspective intéressante mais à horizon plus lointain.

Quel est le rôle de la fusion nucléaire dans l’écosystème du nucléaire du futur en France ?

Bien qu’elle ne relève pas stricto sensu des SMR au sens classique du terme, la fusion nucléaire fait partie intégrante du programme France 2030 dédié au nucléaire innovant. Deux projets se distinguent dans l’écosystème français.

Renaissance Fusion est une start-up grenobloise qui développe un concept de réacteur de fusion compact basé sur des aimants supraconducteurs à haute température. Son objectif à long terme est la production commerciale d’électricité par fusion deutérium-tritium (D-T). Le projet Taranis vise quant à lui un démonstrateur de 1 000 MWth basé sur la fusion.

Ces technologies restent à un horizon industriel significativement plus lointain que les SMR à fission : la décennie 2040 est l’estimation la plus optimiste pour un premier démonstrateur commercial de fusion. ITER, le réacteur de recherche international en construction à Cadarache (France), devrait produire ses premières plasmas à puissance nominale dans les années 2030, mais sans production d’électricité commerciale.

L’inclusion de la fusion dans France 2030 traduit moins une ambition de déploiement immédiat qu’une volonté de ne pas rater le virage technologique si cette énergie venait à devenir viable industriellement dans la seconde moitié du siècle.

Quels sont les principaux défis économiques et réglementaires pour le déploiement des SMR en France ?

Les SMR font face à plusieurs obstacles structurels qui expliquent les délais régulièrement repoussés de leur déploiement commercial.

Sur le plan économique, la promesse de réduction des coûts par la sérialisation reste à démontrer concrètement. NuScale, premier SMR à avoir obtenu une certification de conception aux États-Unis, a vu son projet phare annulé fin 2023 faute de signataires suffisants pour atteindre la rentabilité. Le coût de l’électricité produite par un SMR pourrait être compétitif à partir d’une dizaine d’unités construites en série, mais les premières unités seront nécessairement plus chères — le fameux « premier de série » qui a tant coûté à l’EPR de Flamanville.

Sur le plan réglementaire, l’ASN et l’IRSN (désormais fusionnés dans l’ASNR) doivent instruire des dossiers de sûreté pour des technologies parfois très différentes des REP classiques. Ce travail prend du temps et mobilise des ressources humaines expertes rares. La création d’un cadre réglementaire adapté aux petits réacteurs modulaires est en cours, mais n’est pas achevée.

Sur le plan social, l’acceptabilité des SMR auprès des populations riveraines reste un enjeu non résolu. Leur implantation en milieu industriel ou urbain (pour les microréacteurs) soulève des questions d’acceptabilité que le nucléaire de grande puissance, concentré sur quelques sites historiques, ne posait pas de la même façon.

Où en est la France dans la compétition mondiale pour les SMR nucléaires ?

La France occupe une position intermédiaire dans la course mondiale aux SMR. Elle dispose d’atouts considérables : une filière industrielle nucléaire complète et intégrée (EDF, Framatome, CEA, Naval Group, Orano), une culture de sûreté nucléaire reconnue, un programme de soutien public ambitieux et une expertise accumulée sur plus de 50 ans d’exploitation du parc REP.

Le projet Carbon Free Power Project, première centrale nucléaire modulaire SMR de NuScale prévue dans l’Idaho, a été abandonné en 2023 faute de souscriptions suffisantes de la part des municipalités partenaires. Malgré un soutien financier fédéral et un site au laboratoire national de l’Idaho, la hausse du coût de l’électricité estimé du projet a fragilisé son modèle économique. Crédit photo : NuScale.
Le projet Carbon Free Power Project, première centrale nucléaire modulaire SMR de NuScale prévue dans l’Idaho, a été abandonné en 2023 faute de souscriptions suffisantes de la part des municipalités partenaires.
Malgré un soutien financier fédéral et un site au laboratoire national de l’Idaho, la hausse du coût de l’électricité estimé du projet a fragilisé son modèle économique.
Crédit photo : NuScale.

Mais plusieurs acteurs avancent à un rythme comparable ou supérieur. Rolls-Royce SMR (Royaume-Uni) ambitionne un premier réacteur de 470 MWe dans les années 2030 et cherche activement des clients export. NuScale (États-Unis), malgré ses déboires récents, reste un pionnier réglementaire. La Chine (CNNC, ACP100) et la Corée du Sud (KAERI, SMART) ont déjà des projets à stade avancé. La Russie opère des réacteurs flottants (FNPP) depuis 2019.

La faillite de Naarea, si elle est un revers, n’invalide pas l’ensemble de la stratégie française. NUWARD avance, Jimmy Energy a levé des fonds significatifs, et Newcleo attire des investisseurs européens. Mais les délais seront probablement plus longs que les calendriers officiels ne l’affichent — c’est une constante historique du secteur nucléaire.

FAQ — Tout ce que vous devez savoir sur les SMR nucléaires français

Qu’est-ce qu’un SMR nucléaire et en quoi diffère-t-il d’une centrale classique ?

Un SMR (Small Modular Reactor) est un réacteur nucléaire modulaire de 50 à 300 MWe, fabriqué en usine puis assemblé sur site. Contrairement aux centrales nucléaires classiques de 1 000 à 1 650 MWe, il est plus compact, plus flexible et moins coûteux à construire à l’unité. Ce format permet aussi d’alimenter des réseaux électriques de taille intermédiaire ou des sites industriels.

Quelle est la différence entre un SMR et un microréacteur nucléaire ?

Un microréacteur produit généralement moins de 50 MWth (thermique) et vise des usages locaux comme la chaleur industrielle, les réseaux de chaleur urbains ou l’alimentation énergétique de sites isolés. Les SMR sont quant à eux conçus principalement pour produire de l’électricité injectée sur le réseau. Les deux partagent une logique industrielle similaire : fabrication modulaire en usine et déploiement en série.

Quel est le projet SMR le plus avancé en France ?

Le projet NUWARD, porté par EDF, le CEA, Naval Group, TechnicAtome et Framatome, constitue aujourd’hui le programme SMR le plus avancé en France. Il repose sur deux modules de 170 MWe chacun, pour une puissance totale de 340 MWe. L’objectif affiché est la mise en service d’un premier exemplaire au début des années 2030.

Pourquoi Naarea a-t-elle fait faillite en 2026 ?

La start-up française Naarea développait le microréacteur XAMR basé sur un concept de réacteur à sels fondus rapides. Malgré son soutien initial dans le cadre de France 2030, l’entreprise a rencontré de graves difficultés financières en 2025. Les coûts élevés de recherche et développement ainsi que la maturité encore limitée de cette technologie ont conduit à l’abandon du projet après une tentative de reprise, la liquidation étant prononcée en 2026.

Les SMR sont-ils moins dangereux que les centrales nucléaires classiques ?

Les SMR de génération III+ intègrent des systèmes de sûreté passive capables de refroidir le cœur sans alimentation électrique externe. Les réacteurs avancés de génération IV visent également à renforcer cette sûreté grâce à des conceptions intrinsèquement stables. Ces innovations réduisent certains risques, même si chaque technologie conserve ses propres défis en matière de sûreté et de gestion des déchets.

Combien de projets nucléaires innovants sont financés par France 2030 ?

Le programme France 2030 soutient environ onze projets nucléaires innovants pour un montant total proche d’un milliard d’euros. Ces financements couvrent les SMR de génération III+, les réacteurs avancés de génération IV, plusieurs microréacteurs thermiques ainsi que certains programmes de recherche liés à la fusion nucléaire.

Quand les premiers SMR français seront-ils opérationnels ?

Les projections les plus optimistes évoquent une mise en service du premier SMR français au début des années 2030 avec le projet NUWARD. Pour les technologies plus expérimentales, notamment les réacteurs avancés de génération IV et les microréacteurs, les démonstrateurs sont généralement attendus entre 2035 et 2040.

Les SMR peuvent-ils remplacer les centrales à charbon ou à gaz ?

Oui. L’une des ambitions des SMR consiste précisément à remplacer des centrales thermiques fossiles arrivant en fin de vie. Leur puissance intermédiaire et leur faible empreinte carbone permettent d’envisager une substitution progressive dans plusieurs pays européens et asiatiques.

Qu’est-ce qu’un réacteur à neutrons rapides et quel intérêt pour les SMR ?

Un réacteur à neutrons rapides utilise des neutrons non ralentis pour provoquer la fission du combustible. Cette approche permet de brûler le plutonium et certains actinides mineurs, réduisant ainsi la quantité et la radiotoxicité des déchets nucléaires à longue durée de vie. Plusieurs projets de petits réacteurs explorent cette voie, notamment HEXANA, le LFR-30 de Newcleo ou les concepts d’Otrera.

Quelle est la place de la France dans la course mondiale aux SMR ?

La France possède une industrie nucléaire parmi les plus avancées au monde grâce à des acteurs comme EDF, Framatome et le CEA, ainsi qu’un programme public de soutien ambitieux via France 2030. Toutefois, la concurrence internationale reste intense, avec des programmes très actifs aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Chine ou au Canada.

Sources :

Connaissance des Énergies, Énergie nucléaire : SMR, petits réacteurs modulaires (consulté en 2026)
https://www. connaissancedesenergies.org/fiche-pedagogique/energie-nucleaire-smr-petits-reacteurs-modulaires
fiche pédagogique présentant le principe des petits réacteurs modulaires (SMR), leurs caractéristiques techniques, leurs avantages potentiels en matière de flexibilité et de coûts, ainsi que leur rôle envisagé dans la transition énergétique.

Société française d’énergie nucléaire (SFEN), C’est quoi un SMR ? (consulté en 2026),
https://www. sfen.org/vos-questions/cest-quoi-un-smr
page explicative présentant les bases technologiques et économiques des SMR, leur positionnement dans la filière nucléaire et les perspectives industrielles associées à cette nouvelle génération de réacteurs.

Direction générale des Entreprises – Ministère de l’Économie, Annonce des nouveaux lauréats de l’appel à projets Réacteurs nucléaires innovants (2 juin 2023),
https://www. entreprises.gouv.fr/la-dge/actualites/annonce-des-nouveaux-laureats-de-lappel-projets-reacteurs-nucleaires-innovants
publication officielle détaillant les projets sélectionnés dans le cadre de France 2030 pour soutenir le développement de réacteurs nucléaires innovants, incluant des concepts de SMR, AMR et des technologies associées à la fusion.

Société française d’énergie nucléaire (SFEN), Projet du premier SMR français (consulté en 2026),
https:// www.sfen.org/rgn/projet-smr-francais
article de fond consacré au projet NUWARD, premier concept français de petit réacteur modulaire, avec une analyse de son architecture, de ses partenaires industriels et de son calendrier de développement.

Société française d’énergie nucléaire (SFEN), Jimmy et Calogena franchissent une nouvelle étape dans le développement des réacteurs pour la chaleur (19 septembre 2024),
https://www. sfen.org/rgn/jimmy-et-calogena-franchissent-une-nouvelle-etape-dans-le-developpement-des-reacteurs-pour-la-chaleur/
article décrivant les progrès des projets Jimmy et Calogena, deux mini-réacteurs nucléaires destinés à la production de chaleur industrielle et soutenus par des financements publics et privés.

GreenUnivers, Naarea : autopsie du premier échec dans les SMR français (5 mars 2026),
https://www. greenunivers.com/2026/03/naarea-autopsie-du-premier-echec-dans-les-smr-francais-417647/
article d’analyse revenant sur l’arrêt du projet Naarea, considéré comme le premier revers majeur de la nouvelle filière française des SMR, et examinant les raisons technologiques, financières et industrielles de cet échec.