Un nouvel objet cosmique… qui ne ressemble à rien de connu.
Si vous suivez l’actualité scientifique, vous le savez : l’Univers ne cesse de surprendre. Mais parfois, certaines découvertes posent plus de questions qu’elles n’apportent de réponses.
C’est exactement ce qui vient de se produire avec la détection d’un objet baptisé ASKAP J1424, repéré grâce au radiotélescope Australian SKA Pathfinder.
Son problème ?
Il apparaît, disparaît… puis revient avec une régularité presque parfaite, toutes les 36 minutes.
Et surtout, il ne correspond à aucun phénomène connu avec certitude !
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Un signal radio qui revient toutes les 36 minutes… puis disparaît et personne ne sait encore ce que c’est.
Une nouvelle classe d’objets encore mal comprise
Depuis quelques années, les astronomes ont identifié une nouvelle classe de phénomènes : les transitoires radio à longue période.
Contrairement aux pulsars classiques, qui tournent très rapidement, ces objets évoluent sur des échelles de temps bien plus longues. On parle ici de minutes, voire d’heures.
Deux grandes pistes dominent aujourd’hui :
- des étoiles à neutrons extrêmement magnétiques
- des naines blanches dotées de champs magnétiques intenses
Mais aucune de ces hypothèses ne permet d’expliquer complètement les observations.
ASKAP J1424 vient ajouter une pièce supplémentaire à un puzzle déjà incomplet.
Une horloge cosmique… qui s’arrête net
Ce qui rend cet objet fascinant, c’est la combinaison de deux comportements apparemment contradictoires.
D’un côté, une régularité impressionnante. Le signal revient toutes les 2 147 secondes, avec une stabilité remarquable pendant plusieurs jours. On parle ici d’un profil d’émission quasiment identique d’un cycle à l’autre.
De l’autre, une disparition brutale.
Après environ huit jours d’activité, le signal s’est éteint aussi mystérieusement qu’il est apparu. Pas de transition progressive, pas de ralentissement. Il a disparu tout simplement.
Un signal entièrement polarisé, signe d’un environnement extrême
Autre élément clé : la nature même du signal.
Les observations montrent une émission 100 % polarisée, avec une transition entre polarisation elliptique et linéaire. Ce type de signature est typique d’environnements où les champs magnétiques sont extrêmement structurés.
En clair, on ne regarde pas un objet banal.
On est face à un système où les conditions physiques sont extrêmes, probablement liées à des objets compacts comme des étoiles mortes ou des résidus stellaires.

Crédit : arXiv (2026), DOI : 10.48550/arxiv.2603.07857.
ASKAP : un outil qui révèle l’invisible
À l’origine de la découverte, le radiotélescope ASKAP, exploité par le CSIRO. Il a été conçu pour observer de larges portions du ciel avec une grande fréquence de revisite. C’est précisément cette capacité qui permet de détecter des phénomènes intermittents.
Dans le cadre du programme EMU, les astronomes explorent une zone encore peu étudiée : celle des signaux radio transitoires, qui apparaissent et disparaissent sans prévenir.
Sans ce type d’instrument, ASKAP J1424 serait probablement resté invisible.
Une piste sérieuse mais encore fragile
Face à ce signal, les chercheurs avancent une hypothèse.
ASKAP J1424 pourrait être un système binaire de naines blanches. Dans ce scénario, deux objets compacts interagissent via leurs champs magnétiques. L’émission radio serait alors déclenchée lorsque certaines configurations orbitales sont atteintes.
Ce modèle permet d’expliquer plusieurs éléments :
- la régularité du signal
- la forte polarisation
- la périodicité longue
Mais il ne résout pas tout.
L’absence totale de contrepartie optique ou infrarouge reste un problème. Si un tel système existait, on devrait en voir au moins une trace !
Le vrai mystère : pourquoi le signal s’éteint
C’est sans doute la question la plus difficile.
Pourquoi un objet aussi stable pendant plusieurs jours cesse-t-il soudainement d’émettre ?
Deux grandes hypothèses émergent :
- soit le phénomène est intermittent par nature, avec des phases actives et inactives encore mal comprises,
- soit il dépend d’un événement ponctuel, comme l’accrétion de matière provenant d’un compagnon.
Dans ce cas, le signal serait lié à un “carburant” externe. Une fois ce flux épuisé, l’émission s’arrêterait.
Aucune de ces explications n’est totalement satisfaisante à ce stade.
Une découverte qui change notre façon d’observer l’Univers
ASKAP J1424 ne révolutionne pas seulement une théorie. Il met en lumière une zone entière de l’Univers que nous commençons à peine à explorer.
Pendant longtemps, les observations se concentraient sur des objets stables ou très énergétiques. Aujourd’hui, les instruments modernes révèlent une nouvelle réalité : un ciel dynamique, ponctué de phénomènes éphémères.
Et ces phénomènes pourraient être nombreux.
Ce signal pourrait n’être que le premier exemple d’une population entière d’objets encore inconnus.
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Une enquête scientifique encore ouverte
La suite dépendra des observations futures.
Les astronomes vont continuer à surveiller cette source, tenter de détecter son retour, analyser son comportement sur le long terme.
Car une chose est certaine.
Quand un objet ne rentre dans aucune case, ce n’est généralement pas une anomalie… c’est souvent le début d’une nouvelle catégorie.
Source :
Pritchard, J., Murphy, T., Dobie, D., Lenc, E., Anumarlapudi, A., Caleb, M., … & Zic, A. (2026). Discovery of a 36-minute long-period transient ASKAP J142431.2-612611. arXiv. https://doi.org/10.48550/arXiv.2603.07857 [Accepted for publication in PASA]
Image de mise en avant :
Cette vue d’artiste représente le cœur de la nébuleuse planétaire Henize 2-428, composé de deux naines blanches de masse proche de celle du Soleil. En orbite l’une autour de l’autre, elles devraient fusionner dans environ 700 millions d’années, provoquant une supernova de type Ia qui détruira les deux étoiles.
Crédit : ESO.




