Une usine française là où se fabriquent les cerveaux du monde.
À Taïwan, une grande partie des puces électroniques mondiales est produite. Ce sont elles qui font fonctionner les smartphones, les voitures électriques ou encore les serveurs d’intelligence artificielle.
Dans ce paysage déjà ultra-industrialisé, une entreprise française vient d’ajouter une pièce essentielle à la machine. Air Liquide a inauguré une usine qui ne fabrique pas de puces… mais ce sans quoi aucune puce moderne ne saurait exister !
Cette usine est en effet dédiée à la production de molécules très spécifiques, utilisées pour construire les composants électroniques couche après couche sur des échelles proches du nanomètre.
Air Liquide confirme ainsi le retour en force de la France dans un secteur ô combien stratégique, celui des semi-conducteurs.
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Air Liquide inaugure sa première usine de production de Matériaux Avancés à Taïwan
Taïwan, véritable centre de gravité des semi-conducteurs
Pour comprendre pourquoi cette usine a été implanté sur cette île qui fait l’objet de toutes les convoitises, il faut commencer par parler de quelques chiffres.
Taïwan représentait environ 46 % de la capacité mondiale de production de semi-conducteurs en 2023, même si cette part pourrait « tomber » aux alentours de 41 % en 2027, cela veut quand même dire que quatre puces sur dix dans le monde passe, à un moment ou à un autre, par cette île grosse comme la région des Hauts-de-France.
Dans le domaine des technologies avancées, l’écart devient encore plus spectaculaire. Pour les procédés inférieurs à 10 nanomètres (ceux utilisés pour l’intelligence artificielle ou les processeurs haut de gamme) la part taïwanaise atteint jusqu’à 68 %, et même plus de 90 % pour les nœuds les plus avancés (3 à 5 nm) !
Derrière cette domination, un acteur s’impose : TSMC.
Cette entreprise concentre à elle seule entre 60 % et 64 % du marché mondial des fonderies, et dépasse 90 % de la production des puces les plus avancées. Concrètement, lorsque vous utilisez un smartphone récent ou un service d’intelligence artificielle, il y a de fortes chances que la puce ait été produite chez TSMC.
La puissance de cet écosystème repose aussi sur d’autres acteurs comme UMC ou ASE, qui complètent la chaîne industrielle.
Les chiffres donnent une vision synthétique :
| Indicateur | Part taïwanaise | Lecture |
|---|---|---|
| Capacité mondiale | 46 % → 41 % | Production globale dominante |
| Fonderies | ≈ 60 % (TSMC) | Leader mondial |
| Technologies avancées (<7 nm) | ≈ 92 % | Quasi-monopole |
| Puces 3–5 nm | > 90 % (TSMC) | Ultra-haut de gamme |
| Wafers avancés | ≈ 72 % | Dominance industrielle |
Cette concentration crée une dépendance mondiale. Les géants technologiques comme Nvidia ou Apple reposent directement sur cette infrastructure industrielle, ce qui explique pourquoi chaque nouvelle usine, chaque extension de capacité, devient un enjeu stratégique.
Dans ce contexte, l’arrivée d’Air Liquide prend une dimension particulière. Produire localement les matériaux nécessaires revient à sécuriser l’approvisionnement au plus près de l’épicentre mondial, à réduire les risques logistiques et à garantir une stabilité indispensable à des procédés où la moindre variation peut ruiner des mois de production.
Air Liquide, l’acteur français qui permet devient indispensable aux producteurs de semi-conducteurs
Les semi-conducteurs dépendent d’une chaîne extrêmement longue où chaque maillon compte, et certains acteurs comme Air Liquide sont si discrets qu’on les oublie presque, pourtant son rôle est primordial.
Il faut savoir que dans les fabs (les usines de semi-conducteurs), la moindre impureté peut ruiner une production entière. C’est là qu’interviennent les gaz ultra purs, spécialité historique d’Air Liquide. Azote, hydrogène, silane, NF3 : ces gaz garantissent un environnement parfaitement maîtrisé à chaque étape.
Ce marché représente plusieurs milliards d’euros, et le groupe en détient environ 30 à 40 %, avec plus de 2,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2024. Sa stratégie repose sur une implantation au plus près des géants du secteur comme TSMC ou Intel.
Avec son usine de Taichung, le Français va plus loin puisqu’il produira désormais les matériaux eux-mêmes : des molécules utilisées à l’échelle nanométrique, notamment via l’ALD (en français « dépôt par couche atomique »).

Pendant que Taïwan fabrique, l’Europe tente d’apprendre à accélérer
On aurait tort de croire que l’Europe reste inactive pendant que le reste du monde se livre une course effrénée aux semi-conducteurs.
Retour au vieux continent pour faire un saut par Grenoble afin de vous présenter le projet FAMES, porté notamment par le CEA-Leti et qui représente environ 830 millions d’euros d’investissement, dont 730 millions pour la France. Cette ligne pilote est destinée à devenir un terrain d’expérimentation où chercheurs et industriels testent la viabilité de nouvelles technologies.
Grenoble bénéficie d’un écosystème rare, capable de couvrir toute la chaîne de valeur et qui permettrait ensuite à toutes ces idées de passer le pas de l’industrialisation, et pourquoi pas, redonner l’avantage à l’Europe dans la course aux semi-conducteurs.

Une industrie française bien réelle, souvent sous-estimée
Dans l’imaginaire collectif, la France n’apparaît pas spontanément comme un acteur majeur des semi-conducteurs. Il faut dire que l’Hexagone doit peut-être peser 1% de la production mondiale dans ce secteur mais cela ne doit pas non plus faire oublier les champions français et nouveaux acteurs qui y font exister notre pays, parfois avec panache. Entre autres acteurs on retrouve par exemple STMicroelectronics ,qui conçoit et produit des composants utilisés dans l’automobile, l’énergie ou les systèmes embarqués ou Soitec qui domine le marché des substrats SOI (« silicium sur isolant »), indispensables à de nombreuses applications modernes.
On compte également de nombreuses jeunes entreprises qui commencent à percer, par exemple Scintil Photonics qui compte, excusez du peu, le géant américain Nvidia parmi ses actionnaires !
Un écosystème français du semi-conducteurs structuré autour de spécialités complémentaires :
| Entreprise | Spécialité | Localisation | Positionnement |
|---|---|---|---|
| STMicroelectronics | Composants, puissance, FD-SOI | Grenoble / Crolles | Leader mondial |
| Soitec | Substrats SOI, SiC | Bernin | N°1 mondial RF-SOI |
| X-FAB (ex-Altis) | Fonderie 200 mm | Corbeil-Essonnes | Automobile / IoT |
| Teledyne e2v | Capteurs CMOS | Grenoble | Spatial / défense |
| UMS | GaAs / GaN | Villebon-sur-Yvette | Radar |
| Kalray | Processeurs DPU | Grenoble | IA |
| Ipdia | Condensateurs intégrés | Caen | Miniaturisation |
| Scintil Photonics | Photonique | Grenoble | Interconnexions rapides |
| Recif Technologies | Robotique wafer | Blagnac | Équipement industriel |
Un marché mondial colossal, tiré par l’IA, l’automobile et l’énergie
En 2025, le marché des semi-conducteurs pesait environ 702 milliards de dollars, soit près de 646 milliards d’euros et à l’horizon 2030, il pourrait atteindre 950 milliards de dollars, (soit environ 875 milliards d’euros).
La croissance est portée par celle de secteurs comme centres de données pour l’intelligence artificielle, les voitures électriques, les objets connectés ou encore les réseaux de communication.
La mécanique interne du secteur évolue aussi rapidement. Les puces les plus avancées, gravées en 3 nm (en français « nanomètres »), progressent vite, tandis que les technologies plus anciennes continuent de tourner à plein régime pour alimenter l’automobile, l’industrie ou les capteurs.
Le modèle fabless (en français « sans usine »), des entreprises qui conçoivent des puces sans les fabriquer, représente déjà près de 68 % du marché, preuve que la conception et la production sont désormais deux métiers distincts, interdépendants, et parfois géographiquement opposés.
Sans surprise, avec Taïwan, la Chine et la Corée du Sud en tête, le marché est outrageusement dominé par la zone Asie-Pacifique même si l’Amérique du Nord et l’Europe font de la résistance.
Répartition géographique du marché mondial des semi-conducteurs :
| Zone | Part du marché | Lecture rapide |
|---|---|---|
| Asie-Pacifique | ≈ 81 % | Centre mondial de production : fabrication, assemblage, volume |
| Amérique du Nord | ≈ 10–12 % (estimation structurelle) | Conception, IA, centres de données, investissements massifs |
| Europe | ≈ 8–10 % | Spécialisation industrielle : automobile, énergie, puissance |
| Reste du monde | Marginal | Marchés émergents en structuration |
Sources :
- Mes Infos Grenoble, Semi-conducteurs à Grenoble : un nouveau laboratoire stratégique européen à 730 millions d’euros (03 février 2026),
https://mesinfos.fr/38000-grenoble/semi-conducteurs-a-grenoble-un-nouveau-laboratoire-strategique-europeen-a-730-millions-d-euros-239054.html
article d’actualité présentant la création d’un laboratoire européen dédié aux semi-conducteurs à Grenoble, avec un investissement de 730 millions d’euros pour renforcer la souveraineté technologique du continent. - Mordor Intelligence, Semiconductor Industry Landscape (Dernière mise à jour de la page le 26 juin 2025)
https://www.mordorintelligence.com/fr/industry-reports/semiconductor-industry-landscape
rapport de marché analysant la structure et les dynamiques de l’industrie mondiale des semi-conducteurs, incluant les acteurs clés, les segments technologiques et les perspectives de croissance. - Air Liquide, Air Liquide inaugure sa première usine de production de matériaux avancés à Taïwan (25 mars 2026),
https://www.airliquide.com/fr/groupe/communiques-presse-actualites/25-03-2026/air-liquide-inaugure-sa-premiere-usine-de-production-de-materiaux-avances-taiwan-renforcant-ainsi-la
communiqué officiel annonçant l’inauguration d’une usine de matériaux avancés à Taïwan, destinée à soutenir l’industrie des semi-conducteurs et à renforcer la présence du groupe sur ce marché stratégique.
Image de mise en avant : Taichung, municipalité spéciale du centre-ouest de Taïwan, compte plus de 2,84 millions d’habitants, ce qui en fait la deuxième ville la plus peuplée de l’île. Véritable cœur de l’aire métropolitaine Taichung-Changhua, elle a pris sa forme actuelle après la fusion administrative de 2010.
Crédit : 毛貓大少爺 (Flickr), licence CC BY-SA 2.0, validée par FlickreviewR 2 le 29 octobre 2021.




