Un marché du moteur d’avion en pleine accélération, et la Wallonie au cœur du réacteur.
La Wallonie s’impose de plus en plus comme l’un des territoires les plus stratégiques d’Europe pour l’industrie aéronautique.
Quand vous montez à bord d’un Airbus A320 ou d’un Boeing 737, une partie du moteur qui vous propulse à 900 km/h a en effet de bonnes chances d’avoir été fabriquée en province de Liège.
Le fruit de décennies d’investissements et de participation des pouvoirs publics qui vont encore être renforcées suite à l’annonce par Safran de l’ouverture d’une nouvelle filiale dans la région : Safran Booster Components.
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Une nouvelle usine Safran en Wallonie : 125 millions d’euros et 100 emplois pour l’avenir de l’aviation
Le marché mondial des moteurs d’avion pesait 86,7 milliards d’euros en 2025 ; d’ici 2035, il devrait franchir les 203 milliards d’euros, selon le cabinet Global Market Insights.
Ce boom repose sur trois réalités concrètes : le trafic aérien mondial ne cesse de progresser, les compagnies renouvellent leurs flottes pour des appareils moins gourmands en kérosène, et les low-cost continuent de se multiplier sur tous les continents.
Les avions commerciaux représentent à eux seuls plus de 61 % du marché, avec 49,6 milliards d’euros en 2025.
Les composants de moteurs sont des pièces d’une précision extrême, fabriquées par un nombre limité d’acteurs mondiaux. Quand la demande s’emballe, les goulets d’étranglement apparaissent vite. Ce petit « hic » pourrait finalement se transformer en opportunités, notamment pour la Wallonie qui comme nous allons le voir, a séduit Safran depuis plusieurs décennies.
Safran Booster Components : 125 millions d’euros et une nouvelle usine à Welkenraedt
François Lepot, directeur général de Safran Aero Boosters, a annoncé le 27 mars 2026 la création d’une nouvelle filiale : Safran Booster Components, implantée à Welkenraedt en province de Liège, en présence de Pierre-Yves Jeholet, vice-président du gouvernement wallon et ministre de l’économie.
Le projet représente un investissement de 125 millions d’euros, avec un montage actionnarial qui associe secteur privé et pouvoirs publics :
- Safran Aero Boosters : 56 %
- Wallonie Entreprendre : 33 %
- Société Fédérale de Participations et d’Investissement : 11 %
L’usine s’installera dans un bâtiment de 18 000 mètres carrés anciennement occupé par Copeland, une entreprise en phase d’arrêt progressif sur ce site. Pas de nouvelle artificialisation des sols, pas de construction ex nihilo avec cette reconversion industrielle pensée dès le départ. Les premières productions sont attendues pour 2028, avec à la clé environ 100 emplois directs.
Ce site produira des composants de compresseurs basse pression pour les moteurs LEAP, GEnx et GE9X… autrement dit, les poumons mécaniques qui équipent des milliers d’ Airbus A320neo, Boeing 737 MAX, 787 Dreamliner et bienbôt le futur 777X.
La nouvelle filiale bénéficiera en outre de la présence dans la région de sa sœur bien implantée : Safran Aero Boosters et de la récente Safran Blades.
Safran Aero Boosters, le pilier belge
Fondée à Herstal, Safran Aero Boosters est bien plus qu’un sous-traitant de pièces mécaniques. L’entreprise a été l’une des premières au monde à certifier des pièces métalliques issues de fabrication additive (l’impression 3D industrielle) pour des avions commerciaux. Elle conçoit également des bancs d’essai capables de reproduire les conditions extrêmes du vol, et fournit des vannes critiques pour le lanceur Ariane 6.

Crédit : Safran.
Elle emploie près de 2 000 personnes (en incluant ses deux filiales basées aux États-Unis). Safran Aero Boosters a réalisé en 2024 un chiffre d’affaires de 895 millions d’euros, entièrement tourné vers l’export. Un niveau de performance qui s’appuie notamment sur un effort soutenu en innovation, avec environ 15 % de ses revenus consacrés à la recherche et au développement.
Depuis fin 2023, elle travaille avec Pratt & Whitney sur des éléments de structure du moteur F135, celui du chasseur furtif F-35 américain, en partenariat avec l’industriel flamand BMT Aerospace. Une PME wallonne qui agit à l’échelle mondiale, impliquée simultanément dans l’aviation civile de masse, les fusées européennes et les avions de combat les plus avancés du monde : c’est une position industrielle rare, presque unique à cette latitude !
Safran Blades, le dernier arrivé
Enfin, Safran Booster Components pourra compter sur son autre compagnie « soeur » qui a vu le jour l’an dernier : Safran Blades.
À Marchin, Safran a en effet fait le choix de rapatrier une production jusque-là sous-traitée à l’étranger : les aubes de compresseur en titane, des pièces critiques qui tournent à très haute vitesse dans les moteurs LEAP et GEnx.
Derrière cette décision, une prise de conscience accélérée par la pandémie de Covid-19 et la crise énergétique : dépendre de fournisseurs éloignés dans une industrie aussi sensible devient vite un risque stratégique.

Le groupe a donc investi environ 50 millions d’euros, créé 150 emplois, dans deux anciens halls ArcelorMittal réhabilités pour donner naissance à une usine ultramoderne, mêlant robotisation, automatisation et intelligence artificielle, capable à terme de produire jusqu’à 700 000 aubes de compresseur en titane par an pour les moteurs de nouvelle génération.
La Wallonie, futur hub aéronautique européen ?
Ce réseau de sites complémentaires : Herstal, Milmort, Liers, Marchin, et demain Welkenraedt, forme l’un des pôles aéronautiques et spatiaux les plus denses d’Europe.
Ce n’est pas une coïncidence géographique, c’est le résultat d’un modèle hybride où les pouvoirs publics s’impliquent comme actionnaires stratégiques de filiales privés, et non plus comme de simples distributeurs de subventions.
Dans un contexte où l’Europe cherche à reprendre la main sur ses chaînes d’approvisionnement industrielles, face à la concurrence américaine portée par l’Inflation Reduction Act et aux ambitions aéronautiques chinoises, la province de Liège démontre qu’une réindustrialisation par le haut (technologique, durable, ancrée dans un territoire) est non seulement possible, mais déjà en marche.
Sources :
- Données public de Safran incluant son dernier communiqué de presse du 27 mars 2026
- Global Market Insights, Aircraft Engine Market Size, Share & Forecast (consulté en 2026),
https://www.gminsights.com/fr/industry-analysis/aircraft-engine-market
rapport de marché analysant l’évolution du secteur des moteurs aéronautiques, avec des prévisions de croissance liées à l’augmentation du trafic aérien, au renouvellement des flottes et aux innovations en matière d’efficacité énergétique et de décarbonation.




