Chine et Europe décident de dépasser leurs clivages pour réussir quelque chose de plus grand avec le satellite SMILE qui devra surveiller notre Soleil

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Un satellite va bientôt filmer, en temps réel, les tempêtes invisibles capables de perturber notre monde connecté.

Le projet SMILE s’apprête à être lancé depuis le Centre spatial guyanais, après plusieurs années de développement et une validation complète de ses systèmes.

Ce satellite est le fruit d’une collaboration entre Agence spatiale européenne et Académie chinoise des sciences. Un partenariat qui, dans le contexte actuel, fait plaisir (on ne va pzs bouder notre plaisir). L’espace est devenu un terrain stratégique, parfois tendu. Pourtant ici, deux puissances scientifiques ont choisi de travailler ensemble.

L’objectif dépasse les considérations politiques : mieux comprendre l’environnement spatial de la Terre, un domaine encore largement méconnu malgré son impact direct sur nos sociétés modernes.

Lire aussi :

La Chine et l’Europe vont lancer SMILE, un satellite pour mieux comprendre le Soleil

On imagine souvent le Soleil comme une source stable de lumière et de chaleur. En réalité, il est beaucoup plus dynamique.

Il émet en permanence un flux de particules chargées, appelé vent solaire, qui se propage dans tout le système solaire à des vitesses pouvant dépasser plusieurs centaines de kilomètres par seconde.

Lorsque ce flux rencontre la magnétosphère terrestre, il déclenche une série de réactions complexes. Certaines sont visibles, comme les aurores boréales. D’autres sont beaucoup plus problématiques.

Lors d’épisodes intenses, ces interactions peuvent provoquer des orages géomagnétiques. Et leurs effets sont bien réels :

  • perturbations des satellites
  • erreurs de positionnement GPS
  • surtensions dans les réseaux électriques

Un événement majeur pourrait, dans certains cas, impacter durablement des infrastructures critiques. Ce risque est d’autant plus important que notre dépendance aux technologies spatiales ne cesse de croître.

La société suisse SEAL SQ promet ni plus ni moins que « l’Internet Quantique » avec la mise en orbite d’une nouvelle constellation de 100 satellites

Voir enfin l’ensemble du phénomène

Jusqu’à aujourd’hui, les scientifiques travaillaient avec une contrainte majeure : ils devaient observer ces phénomènes par fragments.

Un satellite mesurait localement des particules, un autre observait une région précise puis il fallait reconstruire l’ensemble, comme un puzzle incomplet.

SMILE va changer complètement cette approche.

Son instrument principal, un imageur en rayons X doux, va permettre de visualiser directement les zones où le vent solaire entre en interaction avec la magnétosphère. C’est une avancée majeure : pour la première fois, ces interactions ne seront plus seulement déduites, mais observées à grande échelle.

À cela s’ajoutent d’autres instruments complémentaires. Un imageur ultraviolet permettra de suivre les aurores polaires avec précision, tandis que des capteurs embarqués mesureront les particules et les champs magnétiques autour du satellite.

Cette combinaison permettra de relier ce que l’on voit à grande échelle avec ce qui se passe localement, une étape indispensable pour comprendre les mécanismes physiques en jeu.

D’une masse d’environ 2 200 kg, SMILE (Solar wind Magnetosphere Ionosphere Link Explorer) évoluera sur une orbite elliptique jusqu’à 121 000 km pour observer, grâce à ses instruments X, UV et plasma, les interactions entre le vent solaire et la magnétosphère terrestre.Crédit : ESA / CAS, programme Cosmic Vision.
D’une masse d’environ 2 200 kg, SMILE (Solar wind Magnetosphere Ionosphere Link Explorer) évoluera sur une orbite elliptique jusqu’à 121 000 km pour observer, grâce à ses instruments X, UV et plasma, les interactions entre le vent solaire et la magnétosphère terrestre.
Crédit : ESA

SMILE va s’éloigner de la Terre pour trouver la bonne orbite

Pour observer un phénomène global, il faut s’éloigner. C’est exactement ce que prévoit la trajectoire de SMILE.

Le satellite sera placé sur une orbite fortement elliptique, qui l’amènera à s’éloigner largement de la Terre avant de s’en rapprocher. Cette variation de distance n’est pas un détail technique : elle est au cœur de la mission.

Depuis cette position, SMILE pourra capturer une vue d’ensemble de la magnétosphère, comme si l’on observait un système météo depuis l’espace plutôt que depuis le sol.

Un enjeu scientifique et stratégique

Derrière cette mission, il y a une réalité très concrète : notre dépendance croissante à l’espace.

Aujourd’hui, une grande partie de nos activités repose sur des systèmes sensibles à la météo spatiale :

  • communications satellitaires
  • navigation et synchronisation GPS
  • réseaux électriques interconnectés
  • observation météorologique et climatique

Une tempête solaire intense peut perturber tout cela en quelques heures.

Comprendre ces phénomènes, c’est donc améliorer leur prévision et améliorer leur prévision pour réduire leur impact sur nos sociétés.

SMILE pourrait ainsi permettre de renforcer la résilience de nos infrastructures face à ces événements encore largement imprévisibles.

Avec ce nouveau « monstre » de 62 mètres de haut, le prochain vol d’Ariane le 12 février va marquer un vrai pas en avant du constructeur européen

Une nouvelle lecture du lien entre le Soleil et la Terre

SMILE n’est pas un satellite spectaculaire au premier regard. Il ne transporte pas d’astronautes, il ne se pose pas sur une planète, il ne produit pas d’images “grand public” impressionnantes.

Et pourtant, il s’attaque à une question fondamentale : comment une étoile située à près de 150 millions de kilomètres influence-t-elle directement notre quotidien ?

En offrant une vision globale des interactions entre le vent solaire et la magnétosphère, cette mission pourrait marquer un tournant dans la compréhension de la météo spatiale.

Ce que SMILE propose, au fond, c’est un changement de perspective. Ne plus voir ces phénomènes comme une succession d’événements isolés, mais comme un système dynamique, cohérent, en interaction permanente avec notre planète.

Et dans cette équation, le Soleil n’est plus seulement une source d’énergie. Il devient un acteur à part entière de notre monde technologique.

La mission SMILE en un coup d’oeil :

Mission SMILE : tempêtes invisibles

Sources :

  • National Space Science Center (Chinese Academy of Sciences), SMILE Mission Video Presentation (24 juillet 2025),
    http://english.nssc.cas.cn/smile/videos/202507/t20250724_1048471.html
    vidéo de présentation de la mission SMILE (Solar wind Magnetosphere Ionosphere Link Explorer), détaillant ses objectifs scientifiques, notamment l’étude des interactions entre le vent solaire et la magnétosphère terrestre.
  • Agence spatiale européenne (ESA), SMILE Prepares for Launch on Vega-C – Follow Along (6 mars 2026),
    https://www.esa.int/Science_Exploration/Space_Science/Smile/Smile_prepares_for_launch_on_Vega-C_follow_along
    article officiel annonçant la préparation du lancement de la mission SMILE sur un lanceur Vega-C, avec des précisions sur le calendrier, les instruments embarqués et les objectifs scientifiques de la mission.

Image de mise en avant issue d’une animation montrant la mission SMILE (Solar wind Magnetosphere Ionosphere Link Explorer), développée conjointement par l’ESA et la Chine, après la séparation partielle du lanceur Vega-C. Le satellite, équipé de caméras X et UV, étudiera l’interaction entre le vent solaire et la magnétosphère terrestre.

Crédit : European Space Agency (ESA) / ATG Europe, licence CC BY-SA 3.0 IGO.

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Eric GARLETTI
Eric GARLETTIhttps://www.eric-garletti.fr/
Je suis curieux, défenseur de l'environnement et assez geek au quotidien. De formation scientifique, j'ai complété ma formation par un master en marketing digital qui me permet d'aborder de très nombreux sujets. Depuis 2025 Ambassadeur du Spatial pour le CNES

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