VINCI investit dans un pays qui construit des autoroutes à toute vitesse.
Le groupe français VINCI vient de signer un accord avec l’entreprise indienne Macquarie Asset Management pour racheter un portefeuille de neuf concessions autoroutières à péage en Inde, une opération estimée autour de 150 milliards de roupies (environ 1,37 milliard d’euros au cours actuel).
Ce portefeuille, baptisé Safeway Concessions, s’étend sur deux régions clés du pays : l’Andhra Pradesh, au sud-est du pays, et le Gujarat, à l’ouest et confirme l’intérêt grandissant du pays de Gandhi pour la France.
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VINCI s’offre 700 kilomètres d’autoroutes en Inde
L’Inde possède déjà en 2026 l’un des systèmes routiers les plus vastes du monde. Le pays en effet dispose d’un réseau routier total de plus de 6,6 millions de kilomètres, dont les National Highways (« autoroutes nationales ») ne représentent qu’environ 2 %, tout en absorbant à elles seules environ 40 % du trafic routier.
C’est précisément pour corriger ce déséquilibre que New Delhi a lancé Bharatmala Pariyojana en 2017.
Un programme qui cherche à réorganiser en profondeur la circulation des marchandises à l’échelle du pays avec pour objectif de connecter 550 chefs-lieux de district, contre environ 300 aujourd’hui, via des axes d’au moins quatre voies, tout en faisant passer le réseau de 6 à 50 grands corridors structurants.
Dans le même temps, New Delhi vise à doubler la part du fret transitant par les routes nationales, en passant de 40 % à 80 %, grâce à un maillage dense combinant 24 plateformes logistiques, 66 inter-corridors totalisant 8 000 kilomètres et 116 routes de desserte représentant 7 500 kilomètres supplémentaires, sans oublier des connexions fluviales multimodales dans le nord-est. L’ensemble s’inscrit dans une enveloppe massive d’environ de 82 milliards de dollars pour la seule phase I, menée entre 2017 et 2022, intégrant aussi des projets autoroutiers existants, des financements internationaux et des infrastructures dans des zones plus sensibles du territoire.
Parmi les projets les plus emblématiques, l’autoroute Delhi-Mumbai, longue de 1 386 kilomètres, symbolise cette montée en gamme.
Le « quadrilatère d’or » au cœur de la croissance indienne
Les sections situées en Andhra Pradesh s’inscrivent dans le corridor NH-16, intégré au Golden Quadrilateral (en français « quadrilatère d’or »), ce réseau stratégique reliant les grandes métropoles indiennes. C’est une sorte de colonne vertébrale du transport national. Le Gujarat, de son côté, concentre une activité industrielle intense, avec des ports et des zones de production très actives.
Ces neuf concessions sont exploitées via des contrats TOT (Toll Operate Transfer, en français « exploiter contre péage avec transfert ») avec la National Highway Authority of India (NHAI). Le principe est simple : VINCI exploite les autoroutes existantes, perçoit les péages liés au trafic, optimise l’exploitation, puis restitue les infrastructures à l’État à l’échéance. Ces contrats s’étendent jusqu’à des horizons compris entre 2048 et 2058. On parle donc d’un engagement sur plusieurs décennies.

VINCI, l’expert des autoroutes
VINCI a évoqué une opportunité rare sur un marché en forte croissance.
Le groupe possède déjà une expertise dans ce domaine grâce à sa filiale ViaPlus, forte d’environ 400 collaborateurs à Hyderabad. Le groupe ne découvre donc pas ce terrain, il y applique des solutions déjà éprouvées, notamment sur la digitalisation des péages, la gestion du trafic et l’optimisation des revenus.
VINCI Autoroutes gère plus de 4 400 kilomètres d’autoroutes concédées en France, via ses filiales ASF, Cofiroute, Escota, Arcour et Arcos, ce qui en fait le premier opérateur autoroutier européen. Derrière ces kilomètres, il y a une machine industrielle particulièrement dense : 322 gares de péage, 172 aires de service, 268 aires de repos, et plus de 5 365 salariés en CDI à la fin de l’année 2024 pour un chiffre d’affaires record de 6,685 milliards d’euros.
Au quotidien, ce réseau accueille plus de 2 millions de clients par jour, traverse 7 régions, 45 départements et 14 métropoles, et dessert plus d’une centaine de villes de plus de 10 000 habitants.
C’est précisément cette expérience que VINCI vient projeter en Inde. Derrière l’acquisition des concessions, il y a une idée simple : transposer un savoir-faire industriel éprouvé sur un marché en pleine expansion, puis capter la croissance du trafic en appliquant des méthodes déjà optimisées ailleurs.
Une dynamique qui attire toute l’industrie française
Depuis quelques années, la France semble accélérer ses investissements industriels en Inde, portée par une économie en forte expansion et des besoins massifs en infrastructures.
Le pays enregistre en effet une croissance d’environ 6 % à 7 % par an et s’impose désormais comme la 5e économie mondiale, avec un PIB supérieur à 3 700 milliards de dollars. Le pays pourrait intégrer le top 3 mondial avant 2030, soutenu par une urbanisation rapide et une explosion des flux logistiques.
Sur le terrain, cette dynamique se traduit directement. Le trafic routier augmente fortement, la motorisation progresse, les échanges internes s’intensifient. Les infrastructures deviennent un levier central de cette croissance.
Plusieurs groupes français sont déjà bien installés. Valeo a investi plus de 1 milliard d’euros depuis 2015 à Chennai et Pune. LafargeHolcim exploite 12 usines de ciment pour environ 20 millions de tonnes annuelles, directement liées aux grands chantiers. Airbus assemble des hélicoptères H125 localement, tandis que Schneider Electric a engagé 300 millions d’euros dans la R&D à Bangalore et que Thales renforce ses capacités industrielles.
Au total, les investissements directs français ont dépassé 12 milliards d’euros en 2025, générant plus de 500 000 emplois locaux.
L’opération de VINCI s’inscrit donc dans une stratégie plus large : se positionner au cœur d’une économie qui grandit vite, et surtout, qui construit encore plus vite.
Sources :
- Wikipédia, Bharatmala (consulté en 2026),
https://en.wikipedia.org/wiki/Bharatmala
page encyclopédique présentant le programme Bharatmala, vaste initiative indienne visant à développer et moderniser le réseau routier national à grande échelle. - Wikiland, Roads in India (consulté en 2026),
https://wikiland.org/fr/Roads_in_India
page descriptive présentant l’organisation du réseau routier indien, ses différentes catégories (routes nationales, étatiques, locales) et son étendue à l’échelle du pays. - VINCI, VINCI Signs Agreement with Macquarie Asset Management for the Acquisition of Nine Highway Concessions in India (26 mars 2026),
https://www.vinci.com/en/newsroom/press-releases/vinci-signs-agreement-macquarie-asset-management-acquisition-nine-highway
communiqué officiel annonçant l’acquisition par VINCI de concessions autoroutières en Inde.
Image de mise en avant :
Autoroute nationale NH-5 dans l’État d’Andhra Pradesh, en Inde, axe majeur reliant la côte est du pays et support essentiel du transport régional et national.
Crédit : image importée depuis Flickr (utilisateur 69042390@N00) via Flickr upload bot.





