En décrochant un permis d’exploration en Auvergne, l’entreprise Arverne ajoute une pièce à un puzzle qui grandit vite : celui d’une France qui veut extraire de son propre sol le lithium de ses batteries, pour cesser de tout acheter à la Chine.
Le 3 septembre 2026, Arverne, premier fournisseur français de solutions géothermales, a obtenu un nouveau permis exclusif de recherches de lithium dans le Puy-de-Dôme, baptisé « Bassin de Limagne ».
Depuis quatre ans, la France s’est lancée dans une véritable chasse au lithium sur son territoire.
Roche dure du Massif central, eaux chaudes d’Alsace, projets de raffinage et de recyclage : tour d’horizon d’une filière stratégique en train de naître !
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Arverne décroche un permis exclusif de recherches de lithium dans le Puy-de-Dôme
Le point de départ, ce ne sera une surprise pour personne, c’est une dépendance abyssale à l’étranger.
Le lithium est le métal-clé des batteries de voitures électriques, et l’Europe n’en produit qu’environ 1 % de la quantité mondiale, important près de 98 % de ses besoins, l’essentiel venant de Chine, d’Australie et d’Amérique du Sud. Autant dire une vulnérabilité stratégique majeure au moment où le continent mise tout sur l’électrification de ses transports.
Après des années d’inaction, Bruxelles a fini par réagir. Le règlement européen sur les matières premières critiques, entré en vigueur en 2024, fixe des objectifs clairs pour 2030 : couvrir au moins 10 % de la consommation européenne par de l’extraction locale, 40 % par du raffinage sur le sol du continent, et 15 % par du recyclage. La France, qui abrite à la fois des ressources géologiques réelles et une industrie automobile à sauver, s’est engouffrée dans la brèche et une poignée d’acteurs se partagent désormais le sous-sol national, selon deux grandes méthodes d’extraction radicalement différentes.
Imerys, le colosse de la roche dure
Le projet le plus emblématique, et de loin le plus avancé, est celui du groupe Imerys. Baptisé EMILI, il vise à exploiter le gisement historique de Beauvoir, à Échassières dans l’Allier, un site qui produit du kaolin depuis la fin du XIXe siècle et dont le granit recèle un million de tonnes d’équivalent carbonate de lithium. L’ambition est colossale : produire 34 000 tonnes d’hydroxyde de lithium par an à partir de 2028, de quoi équiper environ 700 000 véhicules électriques chaque année, pour un investissement d’environ un milliard d’euros et une durée d’exploitation d’au moins vingt-cinq ans.
La méthode, ici, est celle de la mine classique, quoique modernisée. Une galerie souterraine creusée sous l’ancienne carrière, puis une concentration du minerai par flottation et un raffinage chimique intégré sur place.
Bruxelles ne s’y est pas trompée en labellisant EMILI « projet stratégique » en mars 2025, ce qui doit lui ouvrir des procédures accélérées. Reste que le projet cristallise aussi les tensions : un débat public houleux et l’opposition d’une partie des riverains, inquiets de l’eau, des déchets et du paysage, rappellent qu’aucune mine, même vertueuse sur le papier, ne se creuse sans heurts.

Le prélèvement lié au projet EMILI représenterait environ 1 % du débit, avec des analyses complémentaires prévues d’ici 2026.
L’Alsace, laboratoire de l’eau chaude
À l’autre bout de la France, et à l’autre bout de la logique technique, l’Alsace est devenue le laboratoire d’une autre méthode.
Le fossé rhénan recèle des eaux souterraines brûlantes, entre 145 et 200 degrés, naturellement chargées en lithium. Le principe consiste à remonter cette saumure, à en récupérer d’abord la chaleur pour chauffer entreprises et collectivités, puis à en extraire le lithium par un procédé dit d’extraction directe, avant de réinjecter l’eau. Aucune mine à ciel ouvert, une empreinte réduite, et deux ressources tirées d’un même forage.
Deux acteurs s’y disputent le terrain. Arverne, via sa filiale Lithium de France, a lancé fin 2025 le forage de son premier doublet à Schwabwiller et fait tourner un démonstrateur d’extraction, avec l’objectif d’atteindre 27 000 tonnes de carbonate de lithium et plus de 2 TWh de chaleur par an d’ici 2031. Le groupe minier Eramet, associé à Électricité de Strasbourg (filiale d’EDF), développe de son côté le projet Ageli, en s’appuyant sur une technologie d’extraction qu’il exploite déjà en Argentine. Deux paris sur la même ressource, un lithium bas carbone que les deux entreprises annoncent nettement moins émetteur que celui du marché.
| Critère | Lithium géothermal (saumure) | Lithium de roche dure (mine) |
|---|---|---|
| Méthode | Extraction directe depuis l’eau chaude pompée | Extraction minière puis broyage du minerai |
| Empreinte au sol | Faible (forages, pas de mine ouverte) | Élevée (galeries, stériles à gérer) |
| Sous-produit | Chaleur renouvelable valorisable | Aucun (déchets à traiter) |
| Maturité | Émergente, à prouver à grande échelle | Éprouvée industriellement |
| Principal frein | Rentabilité et débits à confirmer | Acceptabilité locale, impact environnemental |
L’Auvergne et le Limousin, les nouveaux fronts
C’est dans ce contexte que s’inscrit le permis auvergnat tout juste accordé à Arverne. Le bassin de Limagne, dans le Puy-de-Dôme, présente une configuration géologique proche de celle de l’Alsace, et le groupe y a déjà mené des travaux d’exploration pour la chaleur, en partenariat avec le BRGM, le service géologique national. L’idée est d’y transposer le modèle alsacien, en évaluant cette fois le potentiel en lithium. Avec ce nouveau titre, Arverne devient le premier détenteur français de permis géothermiques, avec neuf permis dont trois dédiés au lithium.
La carte française ne s’arrête pas là. Des permis d’exploration incluant le lithium ont aussi été attribués en Haute-Vienne, dans le Limousin, autre terre de granit prometteuse, et plusieurs autres dossiers sont en cours d’instruction un peu partout. Le sous-sol français, longtemps délaissé, se couvre peu à peu d’un maillage de zones à prospecter, signe que la ruée ne fait sans doute que commencer.
Raffiner et recycler, les maillons oubliés
Extraire le minerai n’est qu’une partie de l’équation. Encore faut-il le transformer en produit utilisable par les usines de batteries, et c’est tout l’enjeu du raffinage, une étape aujourd’hui largement dominée par la Chine. Sur ce front, l’entreprise Viridian Lithium avance un projet de raffinerie à Lauterbourg, dans le Bas-Rhin, tandis qu’Imerys prévoit de raffiner directement sur son site de Beauvoir. Objectif commun : ne pas se contenter d’extraire une matière brute qu’il faudrait ensuite envoyer purifier à l’autre bout du monde.
Le dernier maillon, c’est le recyclage, cette « mine urbaine » appelée à monter en puissance à mesure que les premières générations de batteries arriveront en fin de vie. À Dunkerque, au cœur de la « vallée de la batterie » où s’installent les usines de cellules comme Verkor ou le taïwanais ProLogium, un projet conjoint entre Eramet et Suez vise à récupérer le lithium, le nickel et le cobalt des batteries usagées pour les réinjecter dans la production française. Boucler ainsi le cycle permettrait, à terme, de réduire la dépendance aux importations sans creuser davantage le sous-sol.
Le mur de la rentabilité
Ce beau tableau se heurte pourtant à un obstacle brutal : le marché. Le cours du lithium s’est effondré depuis 2023, victime d’une surproduction mondiale largement pilotée par la Chine. Or les projets européens, plus coûteux à développer que les mines à bas coût d’ailleurs, ont besoin d’un prix élevé pour être rentables. Plusieurs pourraient se retrouver fragilisés avant même d’entrer en production, pris en tenaille entre des investissements lourds et un métal qui ne vaut plus grand-chose.
À cet écueil économique s’ajoutent les incertitudes techniques et sociales. Le lithium géothermal, aussi séduisant soit-il, n’est encore produit à grande échelle de façon rentable nulle part dans le monde : les cibles annoncées pour 2031 restent des paris. Quant à la roche dure, elle affronte l’épreuve de l’acceptabilité, comme le montrent les débats autour d’EMILI. Entre le krach des prix, la démonstration industrielle à faire et l’accord des populations à obtenir, aucun de ces projets n’a encore franchi la ligne d’arrivée.
Il n’empêche que la dynamique est réelle, et qu’elle dessine une ambition cohérente : reconstituer sur le sol français une filière complète, de la roche ou de l’eau chaude jusqu’à la cellule de batterie, en passant par le raffinage et le recyclage. La France parie qu’en semant aujourd’hui, dans un creux de marché, elle récoltera demain, quand la demande de batteries explosera et que dépendre de la Chine deviendra intenable.
Reste à transformer ces permis en tonnes de lithium, et ces tonnes en industrie. Rendez-vous dans les prochaines années pour savoir si ce trésor, enfoui sous nos pieds ou dissous dans nos nappes, tiendra ses promesses.
Sources principales :
- Arverne (communiqué officiel), Arverne renforce son portefeuille d’actifs avec l’attribution d’un nouveau permis de recherche de lithium géothermal en Auvergne (3 septembre 2026)
Octroi du permis « Bassin de Limagne » (442,68 km² dans le Puy-de-Dôme), portefeuille de 9 permis dont 3 dédiés au lithium, modèle intégré chaleur plus lithium, partenariat avec le BRGM. - Imerys, Projet EMILI – Exploitation de Mica Lithinifère par Imerys
https://emili.imerys.com/presentation-du-projet-emili
Gisement de Beauvoir (Allier), un million de tonnes d’équivalent carbonate de lithium, objectif de 34 000 tonnes d’hydroxyde par an dès 2028, mine souterraine et raffinage intégré, label « projet stratégique » de l’Union européenne. - Business Wire (Arverne Group), Arverne: Launch of the First Geothermal Drilling for the Lithium de France Project (24 novembre 2025)
https://www.businesswire.com/news/home/20251124873358/en/Arverne-Launch-of-the-First-Geothermal-Drilling-for-the-Lithium-de-France-Project
Forage du premier doublet à Schwabwiller, saumure à environ 145 °C, cible de 27 000 tonnes de carbonate de lithium et 2,2 TWh de chaleur par an en 2031, réduction d’environ 70 % des émissions de CO2. - Travail & Industrie, Lithium France 2026 : souveraineté, projets, raffinage (15 mai 2026)
https://travail-industrie.com/blog/article-titre/lithium-france-souverainete-nationale-europeenne
Panorama des projets français (Imerys, Eramet-Électricité de Strasbourg, Arverne), objectifs du règlement européen sur les matières premières critiques (10 % extraction, 40 % raffinage, 15 % recyclage en 2030), contexte de marché.
Image de mise en avant : Usson (Puy-de-Dôme) (France), le village perché sur sa butte volcanique dans la région de Limagne (Auvergne) – crédit : Jean-Pol GRANDMONT




