L’Italie vient de dresser la première carte des zones de son sous-sol susceptibles de receler de l’hydrogène naturel.
Après le Canada, la France ou la Chine, c’est au tour de l’Italie de rejoindre la course mondiale à l’hydrogène naturel, ce gaz que la Terre fabrique elle-même et qui promet une énergie propre et bon marché. Des chercheurs de l’université Sapienza de Rome, du Conseil national de la recherche et de l’institut de géophysique et de volcanologie viennent de publier, dans une revue scientifique de référence, la première évaluation quantitative des zones les plus prometteuses de la péninsule.
Quatre secteurs se détachent, avec la Toscane en pole position.
Petit état des lieux du potentiel italien dans cette énergie qui en intéresse plus d’un à l’heure de la transition verte !
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L’Italie publie la première évaluation quantitative de ses zones les plus prometteuses pour l’hydrogène naturel
Rappelons pour commencer que l’hydrogène naturel, blanc, voire « doré » est une forme d’hydrogène produit naturellement dans certains sols grâce à des réactions chimiques souterraines, comme l’oxydation de roches riches en fer par l’eau en milieu anoxique (sans oxygène) ou par radiolyse de l’eau due à la radioactivité naturelle des roches.
Il a le mérite immense de ne pas être une énergie fossile et de se régénérer seul (pour peu qu’on lui laisse le temps), sans compter qu’il ne génère aucun gaz à effet de serre lors de sa combustion.
Jugé longtemps inexploitable, il semble être de plus en plus au centre de l’attention depuis quelques années.
Une carte au trésor, pas encore un trésor
Il faut d’emblée dissiper un malentendu. On est encore loin d’avoir déclenché la nouvelle « ruée vers l’hydrogène doré » en Italie puisque les scientifiques ont pour le moment simplement fourni une carte de probabilités.
Leur travail, mené dans le cadre du projet public NHEAT, croise les données géologiques du pays pour hiérarchiser les endroits où il serait le plus logique de chercher. Une étape de pré-exploration, en somme, qui dit où poser la première pioche, pas ce qu’on trouvera dessous.
La nuance a son importance, car les chiffres qui circulent peuvent faire tourner les têtes. Les estimations théoriques atteignent plusieurs millions de tonnes, mais elles ne correspondent à aucune ressource découverte ni exploitable. À ce jour, aucun permis d’exploration n’a même été déposé sur les zones identifiées.
On est au tout début du commencement d’une possible découverte.
La Toscane, favorite naturelle
Une région semble pour le moment se détacher : la Toscane.
Elle réunit la panoplie idéale du chasseur d’hydrogène : des roches granitiques, un flux de chaleur souterrain élevé, des systèmes hydrothermaux actifs et, surtout, des émanations d’hydrogène déjà mesurées sur le terrain. La zone géothermique de Larderello, berceau mondial de la géothermie où l’on exploite la chaleur du sous-sol depuis plus d’un siècle, en libère dans ses gaz, tout comme les environs du mont Amiata. Des équipes italiennes et françaises y ont mené des campagnes de mesures qui ont confirmé la présence de ce gaz.
Les trois autres secteurs retenus présentent chacun des atouts géologiques différents, des roches propices à générer de l’hydrogène aux failles profondes qui pourraient le laisser remonter.

Une course mondiale où chacun avance à son rythme
Cette publication situe l’Italie sur une carte bien plus vaste, celle d’une compétition planétaire que nous suivons depuis des mois.
À ce jeu, chaque pays occupe une case différente :
- le Mali reste le seul à produire commercialement de l’hydrogène naturel, dans le petit champ de Bourakébougou,
- le Canada, avec la société MAX Power en Saskatchewan, fore activement pour valider un vaste système souterrain,
- la France mise sur le gisement lorrain, dont le volume estimé en fait l’un des plus prometteurs connus,
- la Chine, elle, a récemment mesuré au Sichuan un suintement d’une pureté record.
Face à eux, l’Italie débute tout juste mais elle prend toutefois une forme d’avance méthodique, sa cartographie paraissant environ un mois après le lancement par Bruxelles d’une grande étude à l’échelle européenne. Signe que le sujet, longtemps cantonné à la curiosité scientifique, est devenu une affaire sérieuse pour les États.
Reste que le chemin sera long. Entre une carte de probabilités et un puits qui crache de l’hydrogène à un débit rentable, il y a des années de forages, de mesures et d’incertitudes, et rien ne garantit que la Toscane tienne un jour ses promesses.
L’Italie a désigné les endroits où creuser ; il lui faut maintenant convaincre des explorateurs de venir, puis prouver que le gaz est bien là, en quantité, et qu’on peut l’extraire. La carte au trésor est dessinée. La chasse, elle, n’a pas commencé !
Sources :
- International Journal of Hydrogen Energy, Quantifying natural hydrogen prospectivity in Italy: A novel pre-exploration workflow for the energy transition (septembre 2026)
https://www.sciencedirect.com/journal/international-journal-of-hydrogen-energy
Première évaluation quantitative de la prospectivité de l’hydrogène naturel en Italie, hiérarchisation des zones (Toscane, Apennin, massif de Voltri, bassin du Pô), méthodologie de pré-exploration. - CNR – Institut de géosciences et géoressources (projet NHEAT), Natural Hydrogen for Energy Transition
https://www.igg.cnr.it/en/research/funded-projects/nheat
Projet public italien piloté par le CNR avec Sapienza et l’INGV, financé par l’Union européenne (Next Generation EU) et le ministère italien de la Recherche, contextes géologiques favorables (serpentinites, systèmes hydrothermaux). - QualEnergia, Idrogeno naturale, una mappa delle aree da esplorare in Italia (septembre 2026)
https://www.qualenergia.it/articoli/idrogeno-naturale-mappa-aree-esplorare-italia/
Classement des zones les plus prometteuses, rappel que le potentiel géologique ne garantit pas une ressource exploitable, cadre du projet de recherche. - CNR-IGG / Université de Pau, Collaboration to study natural hydrogen in Italy
https://www.igg.cnr.it/en/dissemination/news-archive/news-detail/collaboration-between-the-university-of-pau-f-and-cnr-igg-to-study-natural-hydrogen-in-italy
Émissions d’hydrogène confirmées dans les zones géothermiques de Larderello et du mont Amiata, campagnes de terrain menées avec la chercheuse Isabelle Moretti.
Image de mise en avant : Une oliveraie en Toscane près de Florence – crédit : Arnaud 25 (mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution-Partage à l’Identique 3.0 non transposée).




