Ce navire a coulé en 30 min au large de la France mais a bloqué le couloir le plus fréquenté du monde pendant 3 semaines : le naufrage du Tricolor dans la Manche

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Il a coulé en moins de trente minutes dans la Manche, et pourtant, dans les trois semaines qui ont suivi, deux autres navires sont venus percuter son épave, posée pile sous les quilles de la route maritime la plus fréquentée du monde.

L’affaire remonte au 14 décembre 2002, aux petites heures du matin. Dans un brouillard dense entre Zeebrugge et Southampton, le Tricolor et ses 2 871 voitures neuves BMW, Volvo et Saab croisent la route d’un porte-conteneurs battant pavillon des Bahamas, le Kariba.

La collision est brutale, le cargo norvégien gîte, chavire et sombre par 30 mètres de fond, à 17 milles nautiques (31,5 km) au nord des côtes françaises, près de Dunkerque.

Ses 24 membres d’équipage s’en sont tirés heureusement sans une égratignure, en revanche l’histoire du naufrage ne s’arrête pas là.

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Le Tricolor a coulé en 30 min mais a paralysé un couloir stratégique pendant des semaines

Le Tricolor était ce qu’on appelle un car carrier, un cargo roulier conçu pour transporter des véhicules neufs par milliers. 190 mètres de long, 32 de large, plusieurs ponts intérieurs reliés par des rampes. Au moment du choc, ses cales étaient pleines à craquer : 2 871 voitures sorties des chaînes allemandes et suédoises, en route vers les concessionnaires américains : plus de 50 millions d’euros rien qu’en véhicules, sans compter la coque et son fret.

La collision a ouvert une brèche énorme sur le flanc du navire. En moins de trente minutes, le Tricolor a basculé sur bâbord et s’est enfoncé dans la Manche, tandis que le Kariba parvenait tant bien que mal à rallier le port. L’équipage norvégien a été récupéré en pleine mer, sain et sauf.

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L’épave gisait à seulement 30 mètres de profondeur, par un fond plat, son flanc tribord affleurant presque à la surface.

Malheureusement, le Tricolor se trouvait sur l’une des voies maritimes les plus empruntées de la planète, le dispositif de séparation de trafic du Pas-de-Calais, par où transitent chaque jour des centaines de navires et les ennuis ne faisaient donc que commencer.

Deux navires en trois semaines percutent l’épave

Ce qui aurait dû être une banale opération de signalisation a viré au cauchemar. Dès la nuit suivant le naufrage, un cargo néerlandais, le Nicola, a percuté l’épave malgré les émetteurs radio, les bouées lumineuses et les navires de garde postés en permanence autour du site. Les autorités française et belge ont eu beau renforcer la surveillance, multiplier les avertissements aux marins et installer de nouvelles bouées. Rien n’y a fait.

Le 1ᵉʳ janvier 2003, ce fut au tour du Vicky, un pétrolier turc chargé de 70 000 tonnes de gazole, de venir s’empaler sur la carcasse immergée. Le navire est resté coincé, incliné, en équilibre instable, menaçant de provoquer une marée noire majeure si sa coque cédait. Il n’est parvenu à se dégager qu’à la marée montante suivante. Trois navires impliqués en trois semaines, dont deux ont réussi l’exploit de heurter la même épave balisée. Les autorités britanniques, françaises et belges se sont renvoyé la responsabilité, les assureurs ont crié au scandale, et le monde maritime a découvert que marquer une épave en pleine Manche en plein hiver est beaucoup plus compliqué qu’on ne l’imaginait.

Une section de l'épave du MV Tricolor est récupérée lors des opérations de renflouement menées dans la Manche entre 2003 et 2004. Crédit : SMIT Salvage / Boskalis.
Une section de l’épave du MV Tricolor est récupérée lors des opérations de renflouement menées dans la Manche entre 2003 et 2004. Crédit : SMIT Salvage / Boskalis.

Smit découpe le monstre en neuf tranches

Restait à sortir le Tricolor de l’eau. L’opération est revenue à un consortium néerlandais mené par Smit International, une entreprise spécialisée dans le sauvetage maritime (c’est notamment elle qui avait renfloué le sous-marin nucléaire russe Koursk en 2001).

Smit refuse d’essayer de relever le cargo d’un seul morceau, trop lourd, trop fragile. Décision est prise de découper le navire en tranches !

Un câble d’acier enduit de carbure de tungstène, long de plusieurs centaines de mètres, est passé sous la coque. Deux barges installées de part et d’autre ont tiré sur ce câble à la manière d’une scie à fil, et sectionné le navire horizontalement, tranche par tranche, en remontant du bas vers le haut.

Chaque section d’environ 3 000 tonnes (comprenant la ferraille et des centaines de voitures neuves broyées à l’intérieur) a ensuite été hissée sur une barge spéciale et transportée vers Zeebrugge pour être découpée en recyclage.

Le chantier a commencé en juillet 2003 pour s’achever le 27 octobre 2004. Seize mois d’opération, une petite fuite de 540 tonnes de pétrole en cours de route, et pour finir une Manche enfin débarrassée de son obstacle le plus encombrant.

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Le Pas-de-Calais, autoroute mondiale sous pression

Vingt-quatre ans plus tard, les leçons du Tricolor restent gravées dans les manuels de signalisation maritime. L’Organisation maritime internationale a tiré de l’affaire de nouvelles règles sur le marquage des épaves en zone de trafic intense, et les technologies de surveillance ont progressé, avec notamment la généralisation du système AIS d’identification automatique des navires.

Malheureusement… le fond du problème n’a pas disparu. Le détroit du Pas-de-Calais reste la bande d’eau la plus saturée de la planète, avec près de 500 navires qui s’y croisent chaque jour, soit environ un cinquième du trafic maritime mondial. Les porte-conteneurs y sont plus grands qu’en 2002, les ferries plus nombreux, et la Manche concentre désormais aussi des terminaux méthaniers, des parcs éoliens offshore et des câbles sous-marins.

À chaque hiver, les mêmes conditions reviennent : brouillage dense, mer formée, courants violents, et dans cette purée de pois, 500 navires qui s’évitent au radar. Depuis le Tricolor, il y a eu d’autres collisions, d’autres épaves, d’autres marées noires évitées de justesse.

Vingt-quatre ans plus tard, le Pas-de-Calais reste cette autoroute mondiale sous pression permanente, où un nouveau Tricolor peut surgir à tout moment.

Sources principales :

  • Smit Salvage, Fiche officielle du projet Tricolor
    https://smit.com/projects/tricolor
    Documentation technique de l’opération de renflouement : découpe en neuf sections, câble au carbure, calendrier.
  • MarineLink, Tricolor Salvage Completed (octobre 2004)
    https://www.marinelink.com/news/completed-tricolor317349
    Clôture officielle de l’opération de renflouement par Smit et bilan technique.
  • Wikipedia, MV Tricolor
    https://en.wikipedia.org/wiki/MV_Tricolor
    Chronologie complète du naufrage, collisions successives, cargaison et opération de renflouement.

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Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
Très curieux et tourné vers l'économie, la science et les nouvelles technologies, (particulièrement ce qui touche à l'énergie et les entreprises françaises) je vous propose de de découvrir les dernières actualités autour de cette passion

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