Saint-Étienne possède depuis 90 ans un immeuble qui n’en a pas l’air vu de dehors mais est unique au monde : les Chalets de Bizillon ou « Maisons sans escalier »

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Des bâtiments qui ont révolutionné l’approche de l’habitat collectif dans les années 1930.

Au cœur de Saint-Étienne, deux immeubles singuliers se dressent fièrement sur le boulevard Daguerre. Ces édifices, connus sous le nom de Chalets de Bizillon ou plus communément appelés les Maisons sans escalier, représentent un joyau architectural unique en son genre.

Leur architecte, Auguste Bossu, considérait l’escalier comme un « moyen barbare » de monter les étages. Il a imaginé une rampe hélicoïdale qui préfigure, de vingt-six ans, le célèbre musée Guggenheim de New York.

Un chef-d’œuvre d’accessibilité devenu, par ironie, impossible à reproduire aujourd’hui.

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Les Chalets de Bizillon, les immeubles de 6 étages sans escalier précurseur du Guggenheim

Nous sommes dans les années 1930. L’architecte stéphanois Auguste Bossu, moins connu que ses contemporains Le Corbusier ou Mallet-Stevens, nourrit une obsession singulière : rendre les étages accessibles à tous. Pour lui, l’escalier est une barbarie. Un dispositif qui exclut d’office les personnes âgées, les malades, les enfants en bas âge, les familles chargées de courses. Son credo : chacun doit pouvoir monter chez soi « à son rythme, comme sur un trottoir en ville ».

En 1933, il concrétise sa vision avec un premier immeuble boulevard Daguerre, dans le quartier de Bizillon à Saint-Étienne. L’édifice compte 36 petits logements répartis sur six niveaux, mais aucun escalier ne les dessert. À la place, une rampe hélicoïdale à très faible pente serpente autour d’un atrium central, formant une véritable « rue intérieure » que l’on gravit à pied, en poussette ou en chaise roulante, sans effort particulier. Le succès est tel qu’un second immeuble jumeau sortira de terre juste à côté en 1939, au 56 rue Daguerre.

Cet engin de 83 tonnes est une trouvaille des Italiens pour pallier le plus grand problème d’un chantier dans un tunnel : poursuivre les travaux sans le fermer

L’ancêtre discret du Guggenheim

La rampe de Bossu précède de vingt-six ans celle du célèbre musée Guggenheim de New York, inauguré en 1959 et signé Frank Lloyd Wright. Impossible aujourd’hui d’affirmer que l’Américain connaissait l’œuvre du Stéphanois, et aucun document ne l’atteste.

On notera cependant que le principe est le même : abandonner les paliers rigides au profit d’un ruban continu qui tourne sur lui-même. Avec cette différence de taille : Bossu l’a appliqué à un immeuble de logements du quotidien, pas à un musée emblématique.

L’ironie est que c’est l’Américain qui a récolté la gloire mondiale, pendant que l’inventeur stéphanois tombait dans un relatif oubli. On enseigne Wright dans toutes les écoles d’architecture ; Bossu ne figure que rarement dans les manuels.

Les Chalets de Bizillon, construits en 1933 et 1939-1940, se distinguent par leur design innovant. Chaque immeuble abrite 36 logements répartis sur six étages, mais ce qui les rend véritablement exceptionnels, c'est l'absence totale d'escaliers.
Les Chalets de Bizillon, construits en 1933 et 1939-1940, se distinguent par leur design innovant. Chaque immeuble abrite 36 logements répartis sur six étages, mais ce qui les rend véritablement exceptionnels, c’est l’absence totale d’escaliers – crédit : Média24.fr

Une architecture circulaire pensée pour la vie

À l’extérieur, le bâtiment ne passe pas non plus inaperçu. Les façades, parcourues d’une résille géométrique mêlant cercles et hexagones, sont rythmées par six arêtes saillantes qui lui donnent sa silhouette distinctive. L’ensemble forme une tour hexagonale, trapue et élégante, qui tranche radicalement avec les immeubles classiques du boulevard.

À l’intérieur, la rampe serpente autour d’un atrium central baigné de lumière grâce à une coupole en béton armé percée de briques de verre. Cet espace, pensé par Bossu comme un lieu de rencontre et de promenade, renforce le lien entre voisins. On y descend prendre l’air, on y croise ses enfants, on s’y arrête pour discuter avec le voisin du troisième. L’immeuble devient un petit village vertical, loin de l’anonymat des cages d’escalier banales. L’entrée elle-même est soignée : jets d’eau, compositions minérales, le soin accordé à l’expérience sensorielle en dit long sur la vision globale de l’architecte.

Reconnaissance tardive mais méritée : les façades, les terrasses, la cour intérieure, la rampe d’accès et les verrières du premier immeuble ont été inscrites aux Monuments historiques en 1989.

Une architecture qu’on n’est pas près de revoir…

Voilà ce qui rend cet immeuble vraiment unique au monde : il ne peut plus être copié en France.

Quelques années après la construction du second bâtiment, les autorités ont durci la réglementation anti-incendie. Un immeuble d’habitation sans escalier ? Impensable aujourd’hui, pour des raisons évidentes d’évacuation en cas de sinistre. Les normes modernes imposent au minimum une cage d’escalier, voire plusieurs selon la hauteur.

Les Chalets de Bizillon profitent donc d’une forme de droit acquis : ils tiennent debout parce qu’ils existaient avant l’interdiction.

Aucun promoteur ne pourrait aujourd’hui lever un seul mètre carré de rampe à usage principal d’accès. Le concept est devenu un fossile vivant, un vestige architectural que la loi protège sans jamais autoriser à le reproduire.

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Visionnaire ou utopiste ?

Près d’un siècle plus tard, les Chalets de Bizillon continuent d’être habités, et les logements s’y arrachent. On y trouve l’accessibilité universelle avant l’heure, la mixité générationnelle, les espaces communs lumineux : autant de concepts que l’architecture contemporaine redécouvre péniblement, souvent à coup de normes et de subventions.

Bossu, lui, les avait anticipés quarante ans avant qu’on invente la notion de « bâtiment accessible ». Son erreur, peut-être, aura été d’avoir eu trop raison, trop tôt, dans une ville qui n’était pas Paris.

Un visionnaire oublié dont le chef-d’œuvre, discret au bord d’un boulevard de Saint-Étienne qui mérite largement un détour si vous êtes de passage dans la région.

Sources principales :

  • Plateforme Ouverte du Patrimoine (POP), Immeuble, dit Chalet de Bizillon
    https://pop.culture.gouv.fr/notice/merimee/PA00117687
    Notice officielle du Ministère de la Culture : date de construction, protection Monuments historiques, caractéristiques architecturales.
  • Artips, 6ème sans ascenseur !
    https://newsletters.artips.fr/Escalier_guggenheim
    Chronologie Bossu / Guggenheim et interdiction du dispositif par les règles anti-incendie.
  • Ville de Saint-Étienne, Maison sans escalier
    https://www.saint-etienne.fr/maison-sans-escalier-54
    Historique, usage actuel et contexte local de l’immeuble.
  • Mast Systems, Auguste Bossu’s Houses Without Stairs in Saint-Étienne
    https://mastsystems.co.uk/19-682495917-auguste-bossu-s-houses-without-stairs-in-saint-etienne
    Contexte international et comparaison avec les œuvres de Frank Lloyd Wright.

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Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
Très curieux et tourné vers l'économie, la science et les nouvelles technologies, (particulièrement ce qui touche à l'énergie et les entreprises françaises) je vous propose de de découvrir les dernières actualités autour de cette passion

6 Commentaires

  1. Bravo Monsieur Bossu. Pourquoi ce concept novateur n’a-t-il pas été repris pour d’autres constructions ? Question de côut peut-être ?

  2. Bonjour
    Un ascenseur est plus pratique pour les personnes âgées, avec poussette ou charge diverse (provisions, .) moins coûteux à construire, prend moins de place et evite les risques de glissades….

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