Ce drone breton casse les prix et confirme l’excellence française dans un domaine malheureusement en plein boom : la chasse aux mines

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Un cylindre blanc de 12 centimètres de diamètre, 1,35 mètre de long et 13 kilos qui peut explorer les fonds marins.

Le RAVEN, dévoilé le 27 octobre 2026 par la startup bretonne SEABER, promet les performances d’un drone sous-marin autonome haut de gamme pour un tiers du prix.

Un défi lancé aux mastodontes norvégiens de Kongsberg et américains de HII (ex-Hydroid), qui dominaient jusqu’ici le marché mondial du drone de chasse aux mines.

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Il faut remonter à 2020, dans l’incubateur de la CCI du Morbihan, pour trouver l’origine de SEABER.

Quatre associés, Vidal Teixeira, Quentin Peyregne, Clément Nicolas et Julien Cau, se mettent en tête de concevoir et fabriquer des drones sous-marins à bas coût. Le pari est culotté : jusque-là, le marché mondial de l’AUV (Autonomous Underwater Vehicle, drone sous-marin autonome) était trusté par trois ou quatre acteurs géants qui facturaient leurs engins entre un et dix millions d’euros l’unité. Face à eux, SEABER décide d’attaquer par le bas, avec des machines plus petites, plus simples, moins chères, et surtout industrialisables en série, à la manière de ce qui s’est produit dans le drone aérien avec les Chinois de DJI.

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Le premier produit, le YUCO, sort en 2021. Un micro-AUV rose de quelques kilos, forme bio-inspirée façon poisson, aileron dorsal façon requin et poignée de récupération. 80 % des composants viennent de Bretagne. La petite entreprise lève 1,8 million de dollars en seed en octobre 2025, ouvre son capital au groupe industriel MG-Tech (robotique) un peu plus tard, et déclare viser 8 millions d’euros de chiffre d’affaires sous cinq ans, avec 80 % à l’export.

Cinq ans après sa création, elle fait aujourd’hui un cran au-dessus avec le RAVEN, pensé pour la chasse aux mines et les relevés hydrographiques militaires et civils.

Le RAVEN, nouveau drone sous-marin autonome de 13 kg développé par l'entreprise française SEABER pour la détection des mines navales et les missions d'inspection sous-marine. Crédit : SEABER.
Le RAVEN, nouveau drone sous-marin autonome de 13 kg développé par l’entreprise française SEABER pour la détection des mines navales et les missions d’inspection sous-marine. Crédit : SEABER.

Un sous-marin de poche bourré d’électronique

Le RAVEN plonge jusqu’à 300 mètres, nage entre 3 et 6 nœuds (5 à 11 km/h), tient 8 heures sur une charge et peut être mis à l’eau depuis un simple zodiac par un seul marin. Sa colonne vertébrale est le système LYNX, une centrale inertielle optique développée par SEABER elle-même, dont la dérive annoncée reste sous 0,2 % de la distance parcourue en ligne droite. Autrement dit, après dix kilomètres de nage à l’aveugle sans aucun signal extérieur, le drone sait encore où il est à vingt mètres près. Pour un engin de cette taille, c’est une performance de niveau militaire haut de gamme. L’adjonction d’un GNSS à double antenne, avec capacités anti-brouillage, lui permet par ailleurs de s’initialiser proprement même dans un environnement où le GPS est dégradé ou activement perturbé, une situation devenue courante en Mer Noire ou en Baltique.

Le RAVEN se décline en deux versions. La version SCAN-MAG embarque un magnétomètre, l’instrument capable de détecter la signature magnétique d’un objet métallique immergé. C’est l’outil clé pour localiser une mine moderne ou une épave enfouie dans les sédiments, parfois invisible au sonar. La version SCAN-LUMEN remplace le magnétomètre par une caméra haute définition appuyée par un éclairage de 24 000 lumens, de quoi inspecter une coque de navire, un câble sous-marin ou un pipeline dans une eau trouble. Les deux versions partagent le sonar à balayage latéral à deux fréquences (600/1200 kHz ou 900/1800 kHz), et toute une panoplie de communications : modem acoustique à 2-3 km de portée, radio UHF à 5 km, liaison satellite Iridium quand il refait surface, et même des LEDs infrarouges pour qu’un bateau mère puisse le repérer de nuit à courte distance.

SEABER ne publie pas de prix catalogue, mais son positionnement historique autour de 80 000 $ pour le YUCO et la règle du « un tiers » annoncée pour le RAVEN place vraisemblablement le nouvel engin dans une fourchette de 150 000 à 300 000 € pièce.

Casser le prix pour casser le monopole

Le marché mondial de l’AUV est aujourd’hui estimé à près de 11 milliards de dollars à l’horizon 2031 par le cabinet MarketsandMarkets, avec une croissance tirée par la défense (chasse aux mines, surveillance de câbles sous-marins) et par l’offshore (inspection d’éoliennes marines, pipelines, cartographie minière). Il est dominé par une poignée d’acteurs à très forts tickets d’entrée : le Norvégien Kongsberg avec sa famille Hugin, l’Américain HII (qui a racheté Hydroid en 2008) avec les REMUS, le Suédois Saab avec le Sabertooth, et le Français Exail avec l’A-18M. Les prix pratiqués par ces industriels s’échelonnent de quelques centaines de milliers d’euros pour les plus petits à plus de dix millions pour les grosses machines capables de descendre à 6 000 mètres.

Dans ce paysage, un drone compact capable d’embarquer un sonar à balayage latéral, un magnétomètre, une centrale inertielle optique et un GNSS anti-brouillage pour un tiers du prix d’un REMUS équivalent, c’est une proposition qui a de quoi retenir l’attention des petites marines, des sociétés d’inspection offshore, des organismes de recherche océanographique et même des forces de police maritime qui n’avaient pas les moyens d’un Hugin. SEABER mise sur l’effet de volume et sur une ligne de production industrialisable, exactement sur le modèle qui a bousculé le drone aérien à partir de 2015.

Liste non exhaustive des concurrents du SEABER RAVEN :

AUV Constructeur / Pays Masse / Diamètre Positionnement
SEABER RAVEN SEABER (France, Lorient) 13 kg / Ø 12 cm Compact, chasse aux mines et survey, ≈ 1/3 du prix haut de gamme
HII REMUS 100 HII (États-Unis, ex-Hydroid) ≈ 40 kg / Ø 19 cm Référence mondiale du compact, utilisée par l’US Navy
Kongsberg Hugin 1000 Kongsberg (Norvège) ≈ 850 kg / Ø 75 cm AUV lourd pour cartographie profonde, plusieurs millions d’euros
Exail A-18M Exail (France, ex-ECA Group) ≈ 800 kg / Ø 50 cm AUV militaire chasse aux mines retenu par Belgique et Pays-Bas
Saab Sabertooth Saab (Suède) ≈ 1 300 kg / dim. 2,5 m Hybride AUV/ROV, inspection industrielle offshore

La France mise gros sur les drones sous-marins

Si une pépite comme SEABER émerge en Bretagne en 2026, ce n’est pas tout à fait un hasard. La France a lancé en 2020 le programme SLAM-F (Système de lutte anti-mines marines futur), piloté par la Direction générale de l’armement (DGA), destiné à renouveler entièrement les moyens français de guerre des mines.

Le principe est simple : au lieu d’envoyer un chasseur de mines classique dans une zone minée, on y envoie une meute de drones (de surface, sous-marins, remorqués, filoguidés) depuis un bâtiment-mère placé à distance de sécurité.

En octobre 2022, Paris a signé avec Bruxelles et La Haye un accord de coopération, le programme rMCM, pour mutualiser une partie des moyens de chasse aux mines, et la Marine nationale a reçu début 2024 son premier système autonome. En août 2026, le ministère des Armées a d’ailleurs commandé davantage de drones navals et affrété des navires civils pour les déployer sans attendre les futurs bâtiments de guerre des mines (BGDM), prévus à partir de 2028.

Le drone sous-marin autonome A18-M développé par Exail pour la détection et la classification des mines navales. Capable d'opérer jusqu'à 300 mètres de profondeur, il dispose d'une autonomie pouvant atteindre 24 heures. Crédit : Exail.
Le drone sous-marin autonome A18-M développé par Exail pour la détection et la classification des mines navales. Capable d’opérer jusqu’à 300 mètres de profondeur, il dispose d’une autonomie pouvant atteindre 24 heures. Crédit : Exail.

Le gros poisson de la filière française, c’est Exail, né en 2022 de la fusion entre iXblue (centrales inertielles, acoustique sous-marine) et ECA Group (robotique navale et drones), et racheté en juillet 2026 par Thales pour 3,9 milliards d’euros, dans une opération où le géant de la défense français a damé le pion à Safran, également candidat au dossier. Exail fournit à la Belgique et aux Pays-Bas l’A-18M, drone sous-marin militaire chasse aux mines, ainsi que les drones de surface Inspector 125, et évalue actuellement avec la DGA son drone transocéanique Oryx O-16. À côté de ce leader national désormais adossé à Thales, un deuxième cercle d’industriels monte : Alseamar et ses planeurs sous-marins à La Ciotat, iXblue (désormais branche d’Exail), Forssea Robotics pour les ROV filoguidés, et maintenant SEABER à Lorient.

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Le fait que SEABER vise le haut de gamme avec un engin de 13 kg et un prix cassé n’intéresse pas seulement les clients export : il rappelle que la robotique sous-marine française s’installe peu à peu comme une filière industrielle à part entière, portée par une demande militaire explosive liée aux tensions en Mer Noire, aux sabotages de câbles en Baltique et à la montée des menaces hybrides sur les infrastructures sous-marines.

Le RAVEN n’est que le dernier arrivant d’une famille qui promet de grandir vite.

Sources principales :

  • Ocean News & Technology — SEABER Launches RAVEN Compact AUV To Challenge High-End Platforms (27 octobre 2026)

    SEABER Launches RAVEN Compact AUV to Challenge High-End Platforms


    Caractéristiques techniques du RAVEN, deux versions SCAN-MAG et SCAN-LUMEN, positionnement prix.

  • Ecomagazine (Environment Coastal & Offshore) — New SEABER AUV Brings High-End Survey Capability at Lower Cost

    New SEABER AUV Brings High-End Survey Capability at Lower Cost


    Communiqué complet avec spécifications techniques et chiffres clés du RAVEN.

  • Bretagne Économique — Lorient (56) : naissance de Seaber et de son micro drone sous-marin Yuco

    Lorient (56). Naissance de Seaber et de son micro drone sous-marin Yuco


    Histoire de SEABER, les quatre fondateurs, implantation lorientaise, premier produit YUCO.

  • Ministère des Armées / DGA — Le système de lutte anti-mines marines futur (SLAMF)
    https://www.defense.gouv.fr/dga/systeme-lutte-anti-mines-marines-futur-slamf
    Programme SLAM-F, objectifs, industriels impliqués (Thales, ECA, Saab).

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Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
Très curieux et tourné vers l'économie, la science et les nouvelles technologies, (particulièrement ce qui touche à l'énergie et les entreprises françaises) je vous propose de de découvrir les dernières actualités autour de cette passion

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