Une petite entreprise suédoise vient de démontrer que l’énergie des marées peut vraiment tenir ses promesses.
Minesto, basée à Göteborg, a annoncé le 10 août 2026 un record de production électrique aux îles Féroé avec son dernier prototype, un curieux engin qu’elle a appelé Dragon 4, un cerf-volant sous-marin de 100 kilowatts, ancré au fond du détroit de Vestmannasund.
Grâce à un nouveau système de conversion d’énergie amélioré, la machine a battu ses propres records de génération sur les deuxième et troisième trimestres 2026, en collant parfaitement aux prédictions des ingénieurs. Un signal fort à quelques mois du lancement de la première ferme commerciale de cerfs-volants sous-marins au monde, prévue en 2027.
Décryptage d’une aventure industrielle originale et prometteuse !
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Dragon 4, un cerf-volant qui vole sous l’eau
La marémotrice moderne se joue en général avec des turbines classiques posées au fond de la mer, un peu comme des éoliennes retournées et immergées dans l’eau. C’est la voie qu’ont choisie MeyGen en Écosse, Nova Innovation aux Shetland, ou HydroQuest au large de la Normandie.
Minesto, elle, a pris une direction radicalement différente. La société suédoise a imaginé une aile sous-marine équipée d’une turbine, ancrée au fond par un simple câble d’attache. Un peu comme un cerf-volant qui volerait dans les courants marins.
L’aile utilise la force du courant marin pour générer de la portance, exactement comme une aile d’avion utilise le vent pour porter la carlingue. Ancrée à un seul point par un câble tendu, elle se met à voler en formant des huit à quelques mètres au-dessus du fond. Ce faisant, elle accélère à une vitesse plusieurs fois supérieure à celle du courant lui-même, ce qui multiplie l’énergie captable par la petite turbine embarquée dans le bord d’attaque. L’astuce, c’est que l’eau est environ 800 fois plus dense que l’air : à vitesse égale, elle transporte donc énormément plus d’énergie. Un cerf-volant sous-marin qui vole à 8 nœuds capte ainsi bien plus d’énergie qu’un cerf-volant aérien qui volerait à la même vitesse.
L’avantage principal de cette approche par rapport aux turbines statiques est qu’elle produit de l’électricité même dans les courants faibles (moins d’un mètre par seconde), là où une turbine classique refuserait de tourner.
Autrement dit, Minesto ouvre à la marémotrice des sites où personne ne pensait pouvoir exploiter les marées, ce qui multiplie considérablement le potentiel commercial mondial de la technologie.
Le Dragon 4 et son grand frère Dragon 12
La gamme Minesto compte aujourd’hui deux modèles opérationnels, tous les deux installés dans le même détroit de Vestmannasund aux îles Féroé.
Voici leurs principales caractéristiques :
| Caractéristique | Dragon 4 (« Saga ») | Dragon 12 (« Luna ») |
|---|---|---|
| Catégorie | Microgrid (site isolé) | Commercial (échelle réseau) |
| Puissance nominale | 100 kilowatts | 1,2 mégawatt |
| Poids de l’engin | Environ 4 tonnes | Environ 28 tonnes |
| Site d’installation | Vestmannasund (îles Féroé) | Vestmannasund (îles Féroé) |
| Mise en service | Depuis mars 2026 (nouveau PTO à l’été 2026) | Depuis février 2024 (mise à jour mai 2025) |
| Rôle | Démonstrateur pour l’offre commerciale microgrid partout dans le monde | Base des futures fermes commerciales à grande échelle |
| Status au T3 2026 | Opérationnel, record de production avec le nouveau PTO | À terre pour maintenance après 10 mois d’opération continue |
| Prochaine étape | Déploiement microgrid Vestmanna cofinancé par l’Agence suédoise de l’énergie | 6 machines pour 10 MW en 2027 à Hestfjord (Féroé) |
Le record de l’été 2026
Le record annoncé le 10 août 2026 concerne exclusivement le petit Dragon 4, remis à l’eau au début du printemps avec un système de conversion d’énergie amélioré. La technologie s’appelle Power-Take-Off dans le jargon Minesto, ou PTO en abrégé. Elle désigne la partie du système qui transforme l’énergie mécanique de la turbine en électricité utilisable. Les ingénieurs suédois ont travaillé pendant deux ans sur cette brique clé, en s’appuyant sur les données réelles récoltées pendant les premiers mois d’exploitation.
Grâce à ces améliorations, le nouveau PTO capture beaucoup plus efficacement l’énergie sur tout le cycle des marées, y compris pendant les phases de courant plus faible où l’ancien système décrochait. Bernt Erik Westre, le directeur technique de Minesto, l’a résumé dans son communiqué : la production suit désormais très fidèlement l’intensité des courants réels sur le site, sans plus rien perdre en route.
Bonus, les mesures effectuées cet été montrent que les courants marémoteurs dans le détroit de Vestmannasund sont en réalité plus puissants que ce que les modèles hydrologiques prévoyaient historiquement, ce qui augmente encore le potentiel énergétique du site.
Martin Edlund, le PDG suédois de Minesto, revendique désormais rien de moins que « la centrale marémotrice la plus efficace au monde en termes de conversion énergétique ». Une déclaration à confirmer par des mesures indépendantes, mais qui souligne bien la trajectoire industrielle originale et prometteuse de la boîte. Le savoir-faire accumulé sur ce PTO devient un actif technologique majeur pour la société, protégé par un portefeuille de brevets qui augmente considérablement la valeur commerciale de Minesto sur les marchés internationaux.

Une aventure française qui a bien du mal à décoller
Un mot rapide sur la position française, qui est franchement contrastée. La France a été historiquement pionnière de la marémotrice avec le barrage de la Rance, ouvert en 1966 en baie de Saint-Malo. Une prouesse d’ingénierie qui produit encore 240 mégawatts d’électricité verte chaque année, soit près de 500 gigawattheures. Un exploit resté longtemps unique au monde, désormais dépassé en puissance par la centrale de Sihwa en Corée du Sud (254 MW depuis 2011) mais toujours parfaitement opérationnel après près de soixante ans.
Reste que le passage à la marémotrice moderne (turbines et cerfs-volants immergés dans les courants naturels, sans barrage) a été bien plus douloureux pour la France. L’entreprise Sabella, née à Quimper en 2008, avait été la première à immerger une hydrolienne connectée au réseau français en 2015 dans le passage du Fromveur, au large d’Ouessant. Après des années d’exploitation méritoires mais insuffisamment rentables, la société a été mise en liquidation judiciaire en janvier 2024 avec plus de 35 millions d’euros d’investissement en pure perte. La turbine D10 tourne encore au fond du Fromveur, désormais opérée par un repreneur britannique, Inyanga Marine Energy Group.
Bonne nouvelle en revanche du côté du Raz Blanchard, au large de la Hague, considéré comme le meilleur site marémoteur d’Europe avec un potentiel évalué à 2 gigawatts. Le projet Flowatt, porté par les français HydroQuest, CMN Cherbourg et Qair, doit y installer sept turbines de 2,5 mégawatts pour une puissance cumulée de 17,5 mégawatts, ce qui en fera à sa mise en service en 2026 ou 2027 la ferme hydrolienne la plus puissante du monde. Le tout financé à hauteur de 65 millions d’euros par France 2030. Un vrai relai d’espoir tricolore, après les échecs des années 2010.
Rendez-vous en 2027 pour la ferme Hestfjord
Le vrai test industriel pour Minesto est prévu pour 2027 avec le projet Hestfjord Dragon Farm, la première ferme marémotrice de cerfs-volants sous-marins au monde.
Le principe : installer six Dragon 12 dans un fjord voisin de Vestmannasund, pour une puissance cumulée de 10 mégawatts en phase 1, avec la possibilité d’étendre progressivement jusqu’à 200 mégawatts à horizon 2035. De quoi couvrir la quasi-totalité des besoins électriques des îles Féroé (un archipel de 54 000 habitants qui vise 100 % d’énergie renouvelable en 2030) tout en démontrant la viabilité industrielle de la technologie pour d’autres marchés dans le monde.
Le concept intéresse déjà pas mal d’acteurs internationaux. Minesto discute actuellement avec plusieurs opérateurs potentiels au Pays de Galles, en Corée du Sud, aux États-Unis, au Japon et en Amérique du Sud, sur des sites où la combinaison de courants marémoteurs modérés et d’un besoin en microgrid isolé rend la solution particulièrement adaptée.
Sources :
- Minesto (site officiel & LinkedIn)
- PR Newswire (Minesto), Project Update on Minesto Dragons in the Faroe Islands: Microgrid-scale powerplant Dragon 4 in electricity production (17 mars 2026)
https://www.prnewswire.com/news-releases/project-update-on-minesto-dragons-in-the-faroe-islands-microgrid-scale-powerplant-dragon-4-in-electricity-production-302716214.html
Communiqué officiel de la mise en service du Dragon 4, contexte du projet Microgrid Vestmanna cofinancé par l’Agence suédoise de l’énergie. - Ocean Energy Europe, Minesto’s tidal power plant Dragon 12 in operation reaching key production performance milestone (juin 2025)
Minesto’s tidal power plant Dragon 12 in operation reaching key production performance milestone
Détails du gain de performance +25 % avec le câble allongé de 10 mètres sur le Dragon 12, validation par DNV. - Mer et Marine, Avec la reprise de l’hydrolienne de Sabella, Inyanga s’implante fermement dans l’hydrolien en France (décembre 2024)
https://www.meretmarine.com/fr/energies-marines/avec-la-reprise-de-l-hydrolienne-de-sabella-inyanga-s-implante-fermement-dans-l-hydrolien-en-france
Historique de Sabella, liquidation janvier 2024, reprise par Inyanga Marine Energy Group, potentiel breton évalué à 500 MW.





