À l’intérieur du plus grand aéroport de Chine.
C’est une silhouette qu’on n’oublie pas. Vue du ciel, l’aéroport international de Pékin Daxing déploie ses cinq ailes comme un phénix prêt à prendre son envol. À 46 kilomètres au sud de la capitale chinoise cet aéroport hors norme conçu pour accueillir 100 millions de voyageurs par an, un record en terme de capacité d’accueil, bouscule les conventions en fusionnant architecture, ingénierie et mobilité dans un espace pensé pour le XXIe siècle.
Le terminal, imaginé par Zaha Hadid Architects, ADP Ingénierie et le BIAD, s’étale sur plus de 700 000 m². Il ne ressemble à aucun autre. ici, tout converge vers un atrium central baigné de lumière, où la fluidité du bâtiment épouse celle des passagers.
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Aéroport international de Pékin Daxing, colosse taillé pour accueillir 100 millions de visiteurs par an
Sous les semelles des voyageurs se cache un autre monde. Littéralement. Trois gares ferroviaires souterraines, totalisant 200 000 m², permettent à chacun de poursuivre son voyage sans quitter le terminal. Train à grande vitesse, métro, liaisons régionales : tout est connecté. Ce choix d’intégration a un effet direct et mesurable. Chaque année, 30 millions de personnes économisent 1,6 million d’heures de déplacement. Pas grâce à la magie, juste à une ingénierie bien pensée.
Un feu invisible et sous contrôle
Rien dans l’expérience passager ne laisse deviner l’incroyable travail de sécurité incendie qui sous-tend cette architecture ouverte. Pourtant, le bâtiment tout entier est considéré comme un seul compartiment coupe-feu. Exit les murs pleins et les cloisons figées. À la place, une stratégie mobile : rideaux de fumée, volets automatiques, canalisations invisibles, qui s’activent uniquement en cas de besoin.
Les ingénieurs ont même transformé l’atrium, souvent redouté pour sa verticalité, en allié naturel pour canaliser la fumée. Le feu est contenu, dévié, étouffé… sans que le voyageur ne s’en aperçoive.
Sortir, même à 200 mètres de la porte
Un autre casse-tête : comment évacuer un hall aussi vaste ? En zone centrale, la sortie la plus proche est parfois à plus de 200 mètres. Alors que la norme imposerait 75 mètres. Plutôt que de tout reconfigurer, les ingénieurs ont fait preuve de malice : 29 escaliers de secours ont été placés comme autant d’échappatoires bien distribuées. En cas d’incident, les flux se réorientent automatiquement selon l’endroit où se déclare le danger, évitant les engorgements, même en heure de pointe.
Un toit vivant, plus léger que prévu
Le joyau du projet, c’est le toit. Une voûte d’acier aux courbes hyperboloïdes, aussi complexe qu’un origami géant, couvrant 350 000 m². Il repose sur des colonnes en C qui s’effacent dans le paysage intérieur, comme si le bâtiment tenait debout sans effort.
Derrière cette élégance, un immense travail d’optimisation. Grâce à un logiciel développé sur mesure, les ingénieurs ont analysé 420 combinaisons de charges, recalibré chaque poutre, et supprimé le superflu. Résultat : moins d’acier, moins d’émissions, moins de coûts, sans renoncer à la finesse du dessin. Un toit plus léger, donc, mais aussi plus intelligent.

Une démonstration à taille humaine
Ce qui impressionne dans l’aéroport Daxing, ce n’est pas seulement la taille ou la technologie. C’est la sensation que tout a été pensé pour ceux qui l’utilisent. Chaque geste, chaque trajet, chaque circulation. C’est un lieu où l’ingénierie disparaît derrière l’expérience, où la sécurité n’est pas imposante mais intégrée, où les kilomètres se réduisent grâce à une bonne idée plutôt qu’à un mur de béton.
Daxing est bien plus qu’un terminal. C’est une démonstration de puissance d’une Chine qui veut faire de sa capitale un des centres mondiaux de pouvoir.
Les aéroports les plus fréquentés au monde en 2024
| Rang | Nom de l’aéroport | Pays | Passagers en 2024 | Superficie |
|---|---|---|---|---|
| 1 | Hartsfield–Jackson Atlanta (ATL) | États-Unis | 104,7 millions | 19,0 km² |
| 2 | Dubai International (DXB) | Émirats arabes unis | 90,2 millions | 29,0 km² |
| 3 | Dallas/Fort Worth (DFW) | États-Unis | 81,8 millions | 70,9 km² |
| 4 | Heathrow (LHR) | Royaume-Uni | 79,2 millions | 12,3 km² |
| 5 | Tokyo Haneda (HND) | Japon | 78,3 millions | 15,3 km² |
| 6 | Los Angeles (LAX) | États-Unis | 76,6 millions | 14,0 km² |
| 7 | Paris Charles de Gaulle (CDG) | France | 74,1 millions | 32,0 km² |
| 8 | Denver International (DEN) | États-Unis | 73,4 millions | 135,7 km² |
| 9 | Istanbul (IST) | Turquie | 72,5 millions | 76,5 km² |
| 10 | Frankfurt (FRA) | Allemagne | 69,7 millions | 23,0 km² |
Plus grand ne veut pas dire “plus fréquenté”
Les plus grands aéroports du monde ne sont pas forcément les plus fréquentés. Prenez King Fahd (Arabie saoudite) : avec 780 km², il est immense… mais n’accueille que 15 millions de passagers par an. À l’inverse, Heathrow, avec seulement 12,3 km², fait transiter près de 80 millions de personnes, grâce à une densité de vols et une connectivité exceptionnelle.
C’est pourquoi Beijing Daxing, taillé pour 100 millions de passagers, n’apparaît pas encore dans le top 10 de fréquentation réelle (même s’il croit vite avec 49 416 700 passagers en 2024), preuve qu’il n’a pas encore atteint son plein régime, bien qu’il soit le plus moderne et optimisé du lot.
La fréquentation dépend donc moins de la taille que du positionnement géographique, du maillage aérien, de l’attractivité touristique et des politiques de hubs mises en place. L’avenir dira si les nouveaux mastodontes comme Daxing ou Istanbul parviendront à détrôner les poids lourds historiques comme Atlanta ou Dubaï. Ce qui est certain, c’est que la course ne fait que commencer.
Source : https://www.arup.com/fr/projects/beijing-daxing-international-airport



