Ce cristal conducteur qui devient brutalement un isolant cachait un secret qui va permettre un bond dans la physique quantique : le polaron d’Holstein

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Quand les électrons se mettent à danser, le courant s’éteint.

Un cristal qui conduit parfaitement l’électricité… jusqu’au moment où il s’arrête net. Comme s’il décidait soudain de tirer le frein à main. C’est exactement ce qu’a observé une équipe internationale de chercheurs sur un cristal composé de thulium, de sélénium et de tellure (le TmSe₁−ₓTeₓ).

À 30 % de tellure, ce matériau passe brutalement d’un conducteur à un isolant complet. Un comportement que la chimie ne pouvait expliquer à elle seule. Alors les physiciens ont sorti leurs instruments les plus précis, fouillé les données, jusqu’à repérer une étrange signature cachée dans le bruit expérimental : le polaron d’Holstein.

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Un duo inattendu entre électrons et atomes

Le mystère s’est révélé être une danse quantique.
Les électrons, au lieu de glisser librement à travers le cristal, se lient aux vibrations des atomes qui les entourent. Ensemble, ils forment une nouvelle entité : le polaron.

On pourrait dire qu’un électron qui transporte un morceau du cristal avec lui, c’est un peu comme un patineur traînant sa piste sous ses patins. Il avance, mais de plus en plus lentement. En atteignant un certain seuil, il n’avance plus du tout. Le courant disparaît, littéralement étouffé par cette collaboration inattendue entre charge et matière.

Le moteur quantique va “contourner” une des lois fondamentales de l’univers découverte par un Français au XIXe siècle : le principe de Carnot

Des rayons X pour écouter la matière

Pour observer cette danse invisible, les chercheurs ont utilisé la spectroscopie photoélectronique sur rayons X, dans des installations comme le centre DESY à Hambourg. Des faisceaux intenses d’énergie ont permis de sonder la structure électronique du matériau, atome par atome.

Pendant des années, un petit signal parasite apparaissait dans leurs mesures. Un pic minuscule, que l’on croyait dû à une erreur d’instrumentation. Il est revenu, encore et encore, jusqu’à convaincre l’équipe d’en chercher la cause réelle.

En ajustant leur modèle théorique, connu sous le nom de modèle périodique d’Anderson, et en y ajoutant l’interaction entre les électrons et les vibrations atomiques, tout s’est aligné. Les calculs et les mesures se sont enfin mis à raconter la même histoire.

La naissance du polaron d’Holstein

Ce qu’ils ont observé s’appelle un polaron d’Holstein. C’est une quasi-particule, un électron si étroitement couplé au réseau cristallin qu’ils ne font plus qu’un. Ce phénomène, prédictible sur le papier depuis des décennies, vient d’être observé pour la première fois dans cette famille de matériaux quantiques à valence mixte.

Ce couplage explique parfaitement pourquoi le matériau, en modifiant légèrement sa composition chimique, bascule d’un conducteur à un isolant. C’est un effet collectif : lorsque trop d’électrons dansent avec les atomes, le flux s’immobilise.

Une expérience qui change la façon d’observer la matière

Les chercheurs ont mis près de dix ans à parvenir à ce résultat. Ils ont dû interpréter des signaux presque imperceptibles, croiser des milliers de mesures, et collaborer avec des théoriciens pour que l’expérience et la simulation convergent.

Derrière cette patience se cache une idée fascinante : la matière n’est jamais figée. Même dans un cristal apparemment immobile, les électrons se meuvent, les atomes vibrent, et leurs interactions peuvent bouleverser les propriétés d’un matériau entier.

À gauche : du thulium, élément chimique de symbole Tm et de numéro atomique 69. Le thulium est un métal du groupe des terres rares. Comme les autres lanthanides, il est malléable et ductile à la température ambiante. À droite : du sélénium, élément chimique de numéro atomique 34, de symbole Se. C'est un non-métal. La chimie du corps simple et de ses principaux composés présente une grande analogie avec celle du soufre, mais aussi avec celle du tellure (photo de mise en avant), le cristal dont il est question dans cet article est obtenu en mélangeant ces 3 éléments.
À gauche : du thulium, élément chimique de symbole Tm et de numéro atomique 69. Le thulium est un métal du groupe des terres rares. Comme les autres lanthanides, il est malléable et ductile à la température ambiante. À droite : du sélénium, élément chimique de numéro atomique 34, de symbole Se. C’est un non-métal. La chimie du corps simple et de ses principaux composés présente une grande analogie avec celle du soufre, mais aussi avec celle du tellure (photo de mise en avant), le cristal dont il est question dans cet article est obtenu en mélangeant ces 3 éléments.

Une découverte qui éclaire les futurs matériaux quantiques

Le polaron découvert dans ce cristal rare n’est sans doute pas un cas isolé. Des comportements similaires pourraient se produire dans d’autres matériaux avancés, comme les supraconducteurs à haute température ou les matériaux bidimensionnels.

Comprendre ces danses microscopiques, c’est entrevoir comment contrôler la conductivité, ou même la supprimer volontairement.

Source :

Polaronic Quasiparticles in the Valence-Transition Compound TmSe1−𝑥⁢Te𝑥 (en français : « Quasiparticules polaroniques dans le composé à transition de valence TmSe₁−ₓTeₓ »)
C.-H. Min, S. Müller, W. J. Choi, L. Dudy, V. Zabolotnyy, M. Heber, J. D. Denlinger, C.-J. Kang, M. Kalläne et al.
Physical Review Letters, vol. 135, article 186501, publié le 29 octobre 2025
DOI : https://doi.org/10.1103/72dv-ynm2

Image de mise en avant : Tellure natif sur sylvanite.

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Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
Très curieux et tourné vers l'économie, la science et les nouvelles technologies, (particulièrement ce qui touche à l'énergie et les entreprises françaises) je vous propose de de découvrir les dernières actualités autour de cette passion

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