Une batterie géante au sel pour stocker l’énergie des États-Unis.
Peak Energy, une entreprise américaine spécialisée dans les batteries de nouvelle génération, vient d’annoncer avoir signé un contrat avec Jupiter Power, un développeur d’envergure nationale aux États-Unis.
Leur objectif n’est ni plus ni moins que de construire d’ici 2030 le plus grand système de stockage au sodium au monde, une batterie géante au sel !
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Le sodium-ion entre dans la cour des grands avec Peak Energy et sa batterie géante
Dans l’univers des batteries, le sodium-ion est longtemps resté l’éternel outsider. Moins dense que le lithium en énergie, certes, mais moins cher, plus sûr, et surtout abondant sur Terre. Pas besoin de cobalt, de nickel, ni de lithium extrait dans des conditions parfois discutables.
Dans le cadre de l’accord, Peak fournira environ 720 MWh de stockage dès 2027, ce qui constitue le plus grand déploiement unique de batteries sodium-ion jamais annoncé à ce jour. L’accord inclut également une option pour livrer 4 GWh supplémentaires dans le cadre d’une réservation de capacité couvrant la période 2028-2030.
Cette batterie sodium-ion à pleine capacité pourrait ainsi alimenter environ 164 000 foyers pendant 24 heures.
Au total, la valeur du contrat pourrait dépasser 500 millions de dollars (431 millions d’euros).
Une technologie qui ne consomme (presque) rien
Peak Energy veut prouver que le sodium est prêt à concurrencer le lithium à grande échelle, en particulier pour les usages stationnaires, comme les réseaux électriques. Leur système, baptisé NFPP (Sodium-ion Fully Passive Platform), se distingue par un atout rare : il fonctionne sans refroidissement actif !
Le secret ? Une conception 100 % passive, sans pompes, ventilateurs ou climatiseurs pour réguler la température. Résultat : 97 % d’économies d’énergie auxiliaire, moins de bruit, moins de pannes, et surtout moins d’entretien. Fini les remplacements fréquents de modules défectueux ou les interventions de maintenance à répétition.
En bonus une durée de vie supérieure de 30 % par rapport aux cellules lithium traditionnelles. Concrètement, cela veut dire qu’au bout de 20 ans, la batterie garde une capacité plus stable, sans nécessiter d’augmentation ou de remplacement.
Une dégradation plus lente, un coût total plus bas
L’un des points faibles des batteries lithium-ion, ce sont leurs pertes de capacité dans le temps. Pour compenser, les exploitants doivent souvent rajouter des modules ou surdimensionner les installations dès le départ.
Ici, le taux de dégradation plus faible permet à Jupiter Power d’économiser sur la durée. Moins de modules à ajouter, moins de refroidissement, moins d’entretien = coût global en baisse. C’est ce qu’on appelle un meilleur coût total de possession (“TCO”), un critère décisif dans le secteur de l’énergie.
Une réponse aux besoins des hyperscalers et de l’IA
Landon Mossburg, le PDG de Peak Energy, est catégorique : « Le sodium-ion sera la technologie gagnante pour le stockage à grande échelle ». Et il vise un marché en pleine explosion : les centres de données géants des géants du numérique, dont la consommation ne cesse d’augmenter avec l’IA générative, la vidéo, les blockchains…
Pour Mike Geier, directeur technique de Jupiter Power, le message est clair : « Il faut investir maintenant dans des technologies locales, robustes, et alignées avec la transition énergétique. » Et ce projet n’aura pas besoin d’importer des matériaux critiques venus d’Asie.
Vers une souveraineté énergétique salée
Au-delà de la prouesse technique, ce projet marque un tournant stratégique : la relocalisation d’une filière de stockage énergétique aux États-Unis, sans dépendance au lithium (à 70% extraits et raffiné en Chine pour rappel) ou au cobalt.
C’est aussi une vitrine pour le sodium-ion, encore peu présent dans les projets de grande taille et qui pourrait proposer une véritable alternative verte au grand projet de stockage stationnaire, notamment pour les énergies renouvelables.

Tour d’horizon de plusieurs technologies de batteries employées en 2025
| Technologie | Maturité industrielle | Coût estimé (€/kWh) | Densité énergétique | Durée de vie (cycles) | Sécurité | Remarques |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Lithium-ion (NMC, NCA) | Très élevée | 120–250 | ⚫⚫⚫⚫ | 2 000–5 000 | ⚠️ Moyenne | Standard actuel, dépendance aux métaux critiques |
| LFP (Lithium Fer Phosphate) | Très élevée | 100–180 | ⚫⚫⚫ | 3 000–7 000 | ✅ Excellente | Moins dense mais plus stable et économique |
| Sodium-ion (Na-ion) | Montante | 60–120 | ⚫⚫ | 2 000–4 000 | ✅ Très bonne | Matériaux abondants, alternative au lithium |
| Potassium-ion (K-ion) | Expérimentale | À définir | ⚫⚫ | À définir | ✅ Bonne | Transport ionique rapide, encore en R&D |
| Batteries à flux redox | Commerciale limitée | 200–350 | ⚫ | > 15 000 | ✅ Excellente | Stockage longue durée, cycles illimités |
| Zinc-brome / Zinc-air | En test | 80–150 | ⚫⚫ | 1 000–2 000 | ✅ Bonne | Adapté au hors-réseau, encore peu déployé |
| Batteries gravitaires / mécaniques | Émergente | 100–200 | ⚫ | > 20 000 | ✅ Totale | Pas de chimie, stockage massif, durable |
| Stockage thermique (sels, briques) | Commerciale | 30–80 (équivalent) | ⚫ | > 20 ans | ✅ Excellente | Bon rendement, idéal pour l’industrie |
| Batteries solides / lithium-soufre | R&D avancée | À définir | ⚫⚫⚫⚫⚫ (potentiel) | > 5 000 (objectif) | ✅ Promise | Prochaine génération, encore non commercialisée |
Sources :
- Peak Energy, communiqué de presse, 13 novembre 2025
- International Energy Agency (IEA), Global EV Outlook 2025, données sur les technologies de batteries stationnaires



