Quand le sol joue les éponges géologiques
À Silicon Ridge, dans l’Utah, des géologues américains viennent de mettre au jour un trésor qui n’a pas fini de faire parler de lui : des argiles gorgées de 16 métaux rares !
Cette découverte pourrait bien donner un second souffle au pays de l’oncle Sam dans sa quête d’émancipation à l’outrageuse domination de la Chine dans ces matériaux si stratégique.
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Sous le désert de l’Utah se cache un trésor technologique qui pourrait relancer les Etats-Unis dans la course aux terres rares
Contrairement aux mines traditionnelles qui creusent dans la roche dure, ce gisement repose sur des argiles ioniques. Pendant des millénaires, ces sols ont agi comme de véritables éponges, absorbant et concentrant des éléments chimiques précieux. Un phénomène rare hors de Chine, qui contrôle déjà plus de 70 % du marché mondial des terres rares lourdes.
L’entreprise Ionic Mineral Technologies a mené l’enquête en grand : 106 puits de forage, plus de 10 000 mètres de sondages, 35 tranchées explorées. Le verdict ? Une concentration moyenne de 2 700 parties par million de métaux critiques. Pour vous donner une idée, les gisements chinois plafonnent généralement entre 500 et 2 000 ppm.
Un cocktail de métaux introuvable ailleurs
Sur à peine 260 hectares, les équipes ont identifié 16 éléments stratégiques : lithium pour les batteries, gallium et germanium pour les puces d’IA et les satellites, tungstène, vanadium, sans oublier toute la gamme des terres rares légères et lourdes.
Une combinaison quasi unique au monde, taillée sur mesure pour l’industrie américaine.
Une extraction respectueuse, sans acides ni fours
Bonne nouvelle pour l’environnement : Ionic Mineral Technologies promet un processus d’extraction doux, basé sur des échanges d’ions à basse température. Pas de cuisson à haute température, pas d’acides corrosifs. Le rendement pourrait atteindre les 95 % de récupération des métaux, avec un impact écologique bien moindre que les méthodes conventionnelles.
André Zeitoun, PDG de l’entreprise, ne cache pas son ambition : rendre l’Amérique indépendante sur le plan des minerais critiques. Les permis sont déjà obtenus pour le site et l’usine de traitement. Le nom « Silicon Ridge » n’est d’ailleurs pas un hasard : un clin d’œil à la Silicon Valley, mais bien ancré dans la géologie du terrain.
Briser le monopole chinois
Aujourd’hui, la Chine tient plus de 80 % du marché mondial des terres rares et impose régulièrement des restrictions à l’exportation. Un levier géopolitique qui inquiète Washington, surtout quand on parle de batteries pour véhicules électriques, de systèmes d’armes avancés ou de serveurs pour l’IA.
Le Pentagone, l’administration américaine et plusieurs États soutiennent activement le retour d’une chaîne d’approvisionnement locale. Stuart Adams, président du Sénat de l’Utah, parle même d’un « moment historique » pour la souveraineté industrielle du pays.
Un potentiel à faire tourner les têtes
En réalité, le mieux est encore sans doute à venir. Le gisement n’a été exploré qu’à 11 % de sa surface totale. Si les teneurs restent similaires sur l’ensemble du site, le potentiel pourrait être multiplié par dix. Les premiers résultats de l’évaluation économique sont attendus pour le premier semestre 2026.
Côté financement, Ionic MT s’est déjà associée à une grande banque d’investissement, signe qu’une levée de fonds se profile pour accélérer le développement industriel.
Une fortune enfouie sous le sable
Les analyses révèlent une teneur exceptionnellement élevée de 2 700 ppm en métaux critiques dans les argiles d’Utah, soit environ 0,27 % en masse.
En appliquant cette teneur aux 12 millions de tonnes déjà étudiées, on obtient environ 32 400 tonnes de métaux exploitables.
Les prix 2024–2025 des terres rares lourdes, du gallium, du germanium et du lithium permettent de calculer une valeur moyenne d’environ 1 400 € par kilogramme.
La portion confirmée du gisement représente donc 45 à 65 milliards d’euros de valeur brute.
Comme elle ne couvre que 11 % de la zone totale, le potentiel global di gisement pourrait dépasser les 120 milliards d’euros.
Cette estimation « maison » est bien sûr à prendre avec du recul mais on peut tout du moins être sûr que nous sommes face à l’un des gisements les plus prometteurs d’Amérique du Nord.

Prix au kilo des principales terres rares
| Élément | Prix approximatif (€ / kg) | Commentaire |
| Néodyme (métal) | ~140–150 €/kg | Prix observé autour de 149 $/kg fin 2025 (≈ 140–150 €) |
| Dysprosium (oxydes) | ~420–450 €/kg | Prix observé autour de 453 $/kg fin 2025 (≈ 420–450 €) |
| Terbium (oxydes) | ~780–980 €/kg | Données de décembre 2025 montrent autour de 785 $/kg pour le terbium oxide (≈ 780–980 €) |
| Yttrium (oxydes) | ~25–30 €/kg | Données de prix actuels affichent environ 25–30 $/kg (≈ 24–28 €) |
| Scandium (haut degré) | ~3 200–3 300 €/kg | Données montrent plusieurs milliers de dollars par kg pour scandes de haute pureté (≈ 3 200–3 300 €) |
Sources :
- Rapport de l’US Energy Information Administration, 20 juin 2025 https://www.eia.gov/state/analysis.php?sid=UT
- Linkedin de Ionic Mineral Technologies
- Cours des prix des terres rares
https://www.metal.com/fr
Image : Ionic MT a découvert ces minéraux sur un site de Silicon Ridge, dans l’État de l’Utah (crédit : Ionic MT).




