L’espace autour de la Terre est-il déjà saturé ?
Le 9 décembre dernier, à 560 kilomètres d’altitude, deux satellites sont passés à seulement 200 mètres l’un de l’autre, autrement dit à un cheveu à l’échelle de l’espace.
L’un appartenait à Starlink, la constellation de SpaceX. L’autre venait d’être déployé par un lancement chinois.
L’incident, loin d’être étouffé, s’est invité sur les réseaux sociaux, avec un coup de gueule rare d’un dirigeant de SpaceX.
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C’est Michael Nicolls, vice-président de Starlink, qui a tiré la sonnette d’alarme. Selon lui, l’un des satellites lancés par la fusée chinoise Kinetica-1, opérée par la société CAS Space, a frôlé le satellite STARLINK-6079 sans qu’aucune coordination préalable n’ait été menée avec les opérateurs déjà présents en orbite.
When satellite operators do not share ephemeris for their satellites, dangerously close approaches can occur in space. A few days ago, 9 satellites were deployed from a launch from the Jiuquan Satellite Launch Center in Northwestern China. As far as we know, no coordination or…
— Michael Nicolls (@michaelnicollsx) December 13, 2025
Un lancement international à l’origine de l’incident
Le tir chinois du 9 décembre n’était pas anodin. La fusée Kinetica-1, décollée du centre spatial de Jiuquan, a placé neuf satellites en orbite basse :
- six satellites chinois à usages multiples,
- un satellite d’observation pour les Émirats arabes unis,
- un satellite scientifique pour l’Égypte,
- et un satellite éducatif destiné au Népal.
Un lancement international, avec plusieurs clients, plusieurs trajectoires, et donc une gestion orbitale plus complexe. C’est précisément là que le bât blesse : dans un environnement déjà saturé, chaque nouvel objet compte.
La réponse chinoise
Face aux accusations, CAS Space n’est pas restée silencieuse. L’entreprise affirme utiliser un système de surveillance au sol pour suivre les objets connus et éviter les collisions, et indique qu’une enquête est en cours, menée en coordination avec SpaceX.
Un ton plus diplomatique, mais qui ne dissipe pas l’inquiétude de fond : qui parle à qui, quand un satellite change de trajectoire ? Et surtout, qui décide ?
Une orbite de plus en plus encombrée
Car ce quasi-accident n’est pas un cas isolé. Il est le symptôme d’un problème bien plus vaste. Aujourd’hui, on compte plus de 13 000 satellites actifs autour de la Terre. Et sur ce total, près de 9 300 appartiennent à Starlink.
L’orbite terrestre basse est devenue une autoroute sans code de la route universel. Chacun surveille, chacun manœuvre, mais la coordination internationale reste largement insuffisante.

Le vrai danger : l’effet domino
En pointillé, ce qui inquiète le plus Starlink ainsi que nombreux astrophysiciens, c’est le syndrome de Kessler.
Le principe est simple, et terrifiant :
- une collision crée des milliers de débris,
- ces débris percutent d’autres satellites,
- qui génèrent encore plus de débris,
jusqu’à rendre certaines orbites inutilisables pendant des décennies.
Dans ce scénario, internet par satellite, observation de la Terre, météo, navigation GPS… tout devient vulnérable. Pas à cause d’un ennemi, mais d’un embouteillage orbital mal géré.
À 200 mètres près, un avertissement très réel
Ce frôlement à 560 km d’altitude n’a pas fait de dégâts. Tant mieux.
Mais il agit comme un signal d’alarme : l’espace proche n’est plus un Far West vide, c’est une infrastructure critique mondiale. Et comme toute infrastructure, elle a besoin de règles claires, partagées, respectées.
À défaut, la prochaine fois, il ne s’agira peut-être plus d’un post sur X… mais d’un nuage de débris, visible depuis le sol, et impossible à effacer.
Sources :
- Compte X /@XploraSpace – 13/12/2025
- Kongsberg NanoAvionics, How Many Satellites are in Space? – 04/05/2023
- Page Wikipédia française du syndrome de Kessler
Image de mise en avant : Rendering 3D du système Internet à large bande de la planète Terre pour répondre aux besoins des consommateurs (Freepik)





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