Une usine à 500 millions d’euros dans le Nord de la France pour prendre position sur un futur marché de 57 milliards d’euros en 2032 : l’acier électrique

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À Mardyck, ArcelorMittal reprend du poil de la bête.

À Mardyck, ArcelorMittal vient récemment de lancer une nouvelle filière de production d’aciers électriques, un projet qui concentre à lui seul 500 millions d’euros d’investissement, le plus important engagement industriel du groupe en Europe depuis dix ans. Trois lignes vont entrer en exploitation d’ici la fin de l’année 2025. Cinq seront en service à l’horizon 2027. Le but du site est de fournir le cœur métallique des moteurs électriques européens.

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ArcelorMittal, un géant né d’une fusion qui a redessiné la sidérurgie européenne

Pour comprendre pourquoi Mardyck compte autant, il faut remettre ArcelorMittal dans sa trajectoire. Le groupe naît en 2006 de la fusion entre Arcelor et Mittal Steel (Inde), une opération qui a marqué la sidérurgie européenne comme un gros coup de tonnerre industriel, avec à la manœuvre Lakshmi Mittal. Arcelor, de son côté, venait déjà d’une grande consolidation européenne, issue notamment de la fusion d’acteurs historiques comme Usinor, Arbed et Aceralia, avec toute la mémoire industrielle que ces noms transportent, des hauts-fourneaux lorrains aux sites côtiers. ArcelorMittal installe son siège au Luxembourg, devient un producteur mondial majeur, traverse les cycles brutaux de l’acier, les débats sur la dette, les arbitrages douloureux sur des sites en Europe, puis la montée en puissance de la concurrence asiatique qui lui fera perdre, en 2020, son statut de premier producteur mondial au profit de China Baowu.

L’investissement de 500 millions d’euros à Mardyck est né d’une volonté de se rapprocher de ses clients européens et de reprendre des parts de marché sur un secteur d’avenir : l’acier électrique.

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C’est quoi l’acier électrique ?

L’acier électrique est assez loin de l’idée que vous pouvez vous faire poutres gigantesque qui sortent de hangars qui ne sont pas moins. Ce sont réalité des bandes laminées très fines, traitées avec précision pour guider les flux magnétiques tout en limitant les pertes. Sans eux, pas de moteurs performants, pas de générateurs efficaces, pas d’éoliennes endurantes.

Une filière intégrée à Mardyck

La nouvelle unité de Mardyck est une véritable filière intégrée, pensée pour transformer des bobines d’acier en produits directement exploitables par les industriels de l’électromobilité et de l’industrie électrique.

La phase 1 repose sur trois lignes clés :

  • une ligne de préparation,
  • une ligne de recuit continu et vernissage,
  • une ligne de refendage.

Chaque étape joue un rôle précis. Le recuit ajuste la structure interne de l’acier pour lui donner ses propriétés magnétiques. Le vernissage isole électriquement les couches entre elles. Le refendage découpe les bandes aux dimensions exigées par les fabricants de moteurs. À l’arrivée, des tôles empilées par centaines, parfois par milliers, pour former le stator ou le rotor d’un moteur.

Avec cette unité, Mardyck complète celle de Saint-Chély-d’Apcher, en Lozère. Ensemble, les deux sites porteront la capacité européenne d’ArcelorMittal à 295 000 tonnes d’aciers électriques par an, entièrement produites en France. Un choix industriel qui verrouille la chaîne de valeur sur le territoire national.

155 000 tonnes par an pour le seul site de Mardyck

À terme, le site de Mardyck livrera 155 000 tonnes d’aciers électriques par an. Derrière ce chiffre, il faut imaginer des millions de moteurs. Des moteurs de voitures électriques, où les tôles font 0,2 à 0,35 millimètre d’épaisseur pour des moteurs industriels, des générateurs, des éoliennes etc.

Plus l’acier est fin, plus les pertes magnétiques diminuent.

Plus les pertes diminuent, plus le rendement grimpe.

Plus le rendement grimpe, plus l’autonomie progresse.

C’est là que l’acier électrique est en ce sens stratégique puisqu’il agit comme un amplificateur de performance. Il ne consomme pas d’énergie mais permet d’en perdre moins. À l’échelle d’un véhicule ou d’un parc industriel, l’effet est massif.

Au cours actuel, ces 155 000 tonnes représenteraient entre 153 M€ et 204 M€ par an.

Un chantier industriel à la hauteur des ambitions

Jusqu’à 400 personnes ont été mobilisées au plus fort du projet, entre conception, construction des lignes et essais préalables. Le chantier a mêlé réhabilitation d’anciennes halles industrielles et construction de nouvelles infrastructures, avec la participation de plus de 300 entreprises extérieures.

Le démarrage en exploitation intervient dans des conditions jugées exemplaires selon les standards du groupe. Une précision importante dans un contexte industriel dense, où les délais ne pardonnent pas.

Une aventure humaine autant que technologique

Aujourd’hui, 175 personnes travaillent déjà pour la filière des aciers électriques sur les sites de Mardyck et de Dunkerque. Elles pilotent les installations, assurent la maintenance, gèrent la qualité, l’énergie, la transformation digitale. À la livraison complète de la phase 2, l’effectif atteindra 200 personnes dédiées à cette filière.

La direction opérationnelle des lignes est confiée à Gaëlle Le Papillon, cheffe de département. Les équipes ont été constituées à partir de compétences internes, complétées par des recrutements externes. Plus de 12 000 heures de formation ont été dispensées, sur les lignes de Mardyck et sur celles de Saint-Chély-d’Apcher, où les équipes historiques ont transmis leurs savoir-faire.

Bobine sur mandrin dérouleur – lignes de refendage et emballage à Mardyck.
Bobine sur mandrin dérouleur – lignes de refendage et emballage à Mardyck.

Un pilier industriel pour l’électromobilité européenne

En concentrant toute sa production européenne d’aciers électriques en France, ArcelorMittal envoie un signal industriel fort. L’électrification des usages ne repose pas uniquement sur des batteries et des logiciels et dépend aussi de matériaux maîtrisés, produits localement, capables de répondre à des exigences mécaniques et magnétiques strictes.

Le site de Mardyck s’insère dans un écosystème régional déjà très engagé autour de l’électromobilité. Les Hauts-de-France affichent l’ambition de structurer une filière complète, du matériau aux systèmes finaux. Dans ce puzzle, l’acier électrique joue le rôle de pièce centrale.

Un investissement soutenu par la stratégie nationale

Ce projet industriel n’avance pas seul. Il est soutenu à hauteur de 25 millions d’euros par l’État français dans le cadre du programme France 2030. Un appui public ciblé, destiné à renforcer les capacités industrielles stratégiques liées à la transition énergétique.

À Mardyck, l’acier ne sert plus seulement à construire. Il sert à convertir, à transmettre, à optimiser l’énergie. Un changement de fonction plus qu’un changement de matériau. Une mutation industrielle qui s’inscrit dans le temps long, exactement comme les moteurs qu’elle alimente.

La France prépare sa main mise en Europe sur ce produit sans lequel il sera impossible de faire des voitures d’ici 10 ans

Un marché tiré par les réseaux intelligents et l’électrification massive

Derrière l’investissement de Mardyck se profile un marché mondial en pleine montée en puissance. Le marché de l’acier électrique était évalué à 38,18 milliards de dollars en 2023, soit environ 32 milliards d’euros et il devrait atteindre les 57 milliards d’euros en 2032. Le moteur principal de cette dynamique n’est pas uniquement l’automobile électrique. Il s’agit aussi de la modernisation des réseaux électriques eux-mêmes. Les réseaux intelligents se déploient partout pour améliorer l’efficacité, la fiabilité et l’intégration des énergies renouvelables.

Ces infrastructures reposent sur des transformateurs, des capteurs et des compteurs de nouvelle génération, tous gourmands en acier électrique de haute qualité, capable de limiter les pertes magnétiques tout en supportant des régimes de fonctionnement plus flexibles. À mesure que ces réseaux deviennent la colonne vertébrale des systèmes énergétiques modernes, la demande en aciers électriques ne suit pas une mode industrielle. Elle répond à une contrainte physique simple : faire circuler plus d’électricité, plus souvent, avec moins de pertes.

Sources :

  • ArcelorMittal France, « À Mardyck, une nouvelle filière de production d’aciers électriques »,
    communiqué industriel présentant le projet de montée en gamme du site de Mardyck, ses objectifs technologiques et son rôle dans la chaîne de valeur de l’électrification.
  • Global Market Insights, Electrical Steel Market,
    étude de marché détaillant la taille du marché mondial des aciers électriques, ses perspectives de croissance, les usages (moteurs, transformateurs, véhicules électriques) et les dynamiques industrielles.
  • Article Wikipédia sur ArcelorMittal

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Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
Très curieux et tourné vers l'économie, la science et les nouvelles technologies, (particulièrement ce qui touche à l'énergie et les entreprises françaises) je vous propose de de découvrir les dernières actualités autour de cette passion

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