Airbus et Singapour rentrent dans l’histoire de l’aviation.
Le 4 février 2026, Airbus et Singapour ont obtenu la toute première certification au monde pour un système capable de faire le plein en vol automatiquement, sans qu’un opérateur n’ait à piloter la perche de ravitaillement à la main.
Les anglosaxons appellent ce système A3R, pour Automatic Air-to-Air Refuelling (Ravitaillement en vol automatique dans la langue de Molière). Il équipera désormais les avions ravitailleurs A330 MRTT de l’armée de l’air de Singapour, faisant d’elle la première flotte au monde à en disposer officiellement. Un succès d’estime pour les 2 parties.
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Singapour devient la première nation au monde à disposer d’une flotte de ravitailleurs en vol automatique avec l’A330 MRTT
Le ravitaillement en vol est l’une des manœuvres les plus délicates à effectuer dans l’aviation militaire. Imaginez deux avions qui volent à plus de 800 km/h, avec quelques mètres d’écart, parfois en pleine nuit, souvent dans des conditions météo instables. L’un doit sortir sa perche et venir se connecter à l’autre, pile au bon endroit, sans trembler. Jusqu’ici, c’était à un humain que revenait la tâche de piloter cette perche. Un opérateur hyper entraîné, concentré pendant des heures.
Avec l’A3R, tout change. Le système utilise des caméras intelligentes, un traitement d’image embarqué et des algorithmes de guidage. L’opérateur regarde, mais ne touche plus à rien (ou presque). L’ordinateur se charge d’aligner la perche, de suivre la position du receveur et de faire la connexion, tout seul. Si besoin, l’opérateur peut reprendre la main à tout moment.
Un partenariat mené tambour battant depuis 2020
Airbus travaille sur ce projet depuis plusieurs années, dans le cadre de son programme SMART MRTT. Dès 2020, l’entreprise a trouvé un partenaire prêt à mettre les mains dans le cambouis : Singapour.
La République de Singapour a mis à disposition sa flotte d’A330 MRTT, de F-15 et F-16 pour les essais, des équipes techniques, des pilotes, bref tout ce qu’il fallait pour tester la technologie en grandeur « nature ». Avec l’agence DSTA (Defence Science and Technology Agency), les ingénieurs ont affiné le système vol après vol. Les essais ont commencé en Espagne, puis se sont poursuivis à Singapour, jusqu’à obtenir une validation complète par l’INTA, l’institut technologique espagnol.
Airbus n’est plus à un exploit près, le dernier en date remonte à décembre 2025 :
Du côté du grand concurrent américain, le KC 46A reste à la traîne
L’Airbus A330 MRTT a un grand concurrent à l’international qui se trouve être le KC‑46A Pegasus de Boeing. Les sont deux ravitailleurs multirôles modernes capables de transférer du carburant en vol tout en assurant des missions de transport de troupes, de fret et d’évacuation sanitaire. Outre les différences techniques notables (voir tableau ci-dessous), on constate que le Pegasus peine encore à convaincre en dehors des Etats-Unis (notamment à cause de nombreux retards sur le programme).
Sur le sujet du jour (le ravitaillement automatique en vol), le Boeing KC 46A Pegasus est équipé d’un système semi-automatisé baptisé ARO (Automatic Boom Operator), censé faciliter le pilotage de la perche grâce à des caméras 3D haute définition et un poste de contrôle à distance. Un outil très pratique certes… sauf que le contrôle reste entièrement manuel contrairement au nouveau systèmeA3R d’Airbus. C’est toujours un humain qui gère l’approche, l’alignement et la connexion et les problèmes ne manquent pas !
Depuis sa mise en service, le KC 46A a accumulé les difficultés :
- Une vision 3D parfois floue ou trompeuse selon l’éclairage
- Des ravitaillements impossibles sur certains avions légers
- Des retards de livraison à répétition
- Et donc aucune capacité certifiée de ravitaillement automatique
L’US Air Force a dû commander une mise à jour complète de son système de vision, le RVS 2.0, attendue au mieux fin 2025.
D’ici là, le Pegasus reste en mode “semi-assisté”, loin du standard que vient d’imposer Airbus !
Comparaisons ente l’A330 MRTT et le KC‑46A :
| Critère | Airbus A330 MRTT | Boeing KC‑46A Pegasus |
| Avion de base | Airbus A330-200 | Boeing 767-2C |
| Capacité carburant (env.) | ≈ 111 t, intégrée dans les ailes et réservoirs | ≈ 96 t |
| Capacité passagers (max) | ≈ 260 pax en transport de troupes | Moins élevée, cabine plus petite |
| Rôle principal | Ravitailleur + transport stratégique multirôle | Ravitailleur pour l’USAF + transport |
| Pays clients | > 15 pays sur 3 continents | Principalement États‑Unis + quelques clients |
| Appareils commandés (ordre) | ≈ 75 | ≈ 150 (dont très grande majorité pour l’USAF) |
| Appareils livrés (ordre) | > 60 | Plusieurs dizaines en service |
| Profil commercial | Très fort à l’export, solution « catalogue » | Dominé par le marché intérieur américain |
| Atout majeur | Grande capacité carburant et transport | Intégration dans l’écosystème USAF, logistique US |
Source :
Airbus, Certification officielle du système A3R avec la RSAF
Communiqué de presse, 04/02/2026
Image : conversion de l’un des premiers MRTT destinés à l’OTAN, en février 2019 à Getafe.



