Des scientifiques veulent utiliser la Lune pour mieux comprendre le climat terrestre

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Voir la Terre comme un tout grâce à la Lune.

Observer le climat depuis l’espace ressemble souvent à une tentative de comprendre un tableau immense en le regardant à travers une serrure.
Les satellites en orbite basse offrent des images précises mais fragmentées, tandis que ceux placés plus haut fixent une région donnée sans jamais embrasser la planète entière d’un seul regard.
Résultat, lorsqu’il s’agit de mesurer le budget radiatif de la Terre, c’est-à-dire l’équilibre entre l’énergie reçue du Soleil et celle que notre planète renvoie vers l’espace, il manque encore une vue d’ensemble capable de lisser les caprices de la météo pour révéler la respiration énergétique globale du globe.

C’est précisément cette limite que des chercheurs chinois viennent de contourner, en changeant de point de vue, au sens littéral du terme, puisqu’ils ont décidé de regarder la Terre… depuis la Lune.

Lire aussi :

Le budget radiatif, le thermomètre caché du climat

Le budget radiatif de la Terre gouverne tout ce qui se passe dans le système climatique.
Chaque watt par mètre carré absorbé ou réémis influence la température moyenne, la circulation atmosphérique, l’évolution des océans, puis, en cascade, les écosystèmes et les sociétés humaines.

Le problème, c’est que mesurer ce flux sortant avec précision exige deux choses rarement compatibles :

  • Une continuité temporelle, pour suivre les variations jour après jour, saison après saison.
  • Une cohérence spatiale, pour observer la planète comme un ensemble, sans privilégier une région au détriment d’une autre.

Les plateformes actuelles jonglent avec ces contraintes sans jamais vraiment les satisfaire simultanément, laissant une zone d’ombre persistante dans la compréhension fine des échanges énergétiques planétaires.

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Depuis la Lune, la Terre devient un disque, pas une mosaïque

L’équipe menée par l’Institut de physique atmosphérique de l’Académie chinoise des sciences a exploré une idée rarement exploitée.
Depuis la surface lunaire, ou depuis une orbite autour de la Lune, la Terre apparaît comme un disque complet, stable, observable dans son intégralité, sans découpage artificiel.

Ce simple changement de perspective transforme radicalement la qualité du signal mesuré.
Au lieu de capter des fluctuations locales, liées aux nuages passagers ou aux tempêtes régionales, l’observation lunaire privilégie ce que les chercheurs appellent les signaux dominants à l’échelle planétaire, ceux qui racontent l’état énergétique global de la planète.

Pour le dire autrement, la Lune agit comme un balcon cosmique depuis lequel on peut observer la Terre respirer, sans être distrait par des turbulences locales.

Une planète qui parle en harmoniques

Les résultats, publiés dans le Journal of Geophysical Research: Atmospheres montrent que près de 90 % des variations du rayonnement sortant observées depuis la Lune peuvent être décrites par des harmoniques sphériques de premier et de second ordre.

Pour expliquer simplement : la Terre émet son énergie selon des motifs dominants, lisibles lorsqu’on prend suffisamment de recul.

Les chercheurs parlent même d’empreintes radiatives de la Terre, une sorte de carte d’identité thermique à l’échelle planétaire.

Le rythme discret de la Lune imprime sa signature

L’étude va plus loin en décortiquant les rythmes temporels de ces variations.
Certaines suivent le mois synodique (les phases lunaires), d’autres le mois sidéral (en fonction de l’orbite de la Lune par rapport aux étoiles), tandis que des variations plus rapides reflètent simplement la rotation quotidienne de la Terre.

Chaque cycle correspond à une modification géométrique du point de vue lunaire, un déplacement lent mais régulier du regard porté sur la planète.
Ce ballet orbital transforme la Lune en observatoire naturel, capable de balayer les grandes structures énergétiques de la Terre sans jamais perdre la continuité du signal.

Un observatoire stable, pensé pour durer

Contrairement aux satellites terrestres, soumis à une durée de vie limitée et à des dérives orbitales complexes, une plateforme lunaire offre une stabilité exceptionnelle sur le long terme.
Selon les chercheurs, cette caractéristique ouvre la voie à des séries de données continues sur plusieurs décennies, un atout rare lorsqu’on cherche à détecter des tendances climatiques lentes, parfois masquées par la variabilité annuelle.

Pour le professeur Guo Huadong, coauteur de l’étude, cette approche fournit une vision globale et durable, presque impossible à obtenir autrement.

Une Terre observée comme un tout cohérent, pas comme une somme de morceaux disparates.

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Quand la Lune devient un miroir climatique

La Lune pourrait de cette manière devenir un acteur central de l’observation climatique future.

Observer la Terre depuis la Lune, c’est accepter de prendre du recul, au sens scientifique autant que symbolique.
C’est reconnaître que, pour comprendre notre planète, il faut parfois s’en éloigner un peu, juste assez pour voir apparaître les grandes lignes, celles qui échappent aux regards trop proches.

Source :

Spherical Harmonic Fingerprints Characterize Moon-Based Disk-Integrated Earth’s Emitted Radiation ( en français : les empreintes en harmoniques sphériques caractérisent les signatures du rayonnement émis par la Terre intégrée sur disque, observées depuis la Lune)
Hanlin Ye, Huadong Guo, Dong Liang, Mengxiong Zhou, Yin Jin, Guang Liu
Première publication : 31 décembre 2025
https://doi.org/10.1029/2025JD044758

Image de mise en avant : Représentation d’artiste de la terre vue de l’espace (Freepik).

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Eric GARLETTI
Eric GARLETTIhttps://www.eric-garletti.fr/
Je suis curieux, défenseur de l'environnement et assez geek au quotidien. De formation scientifique, j'ai complété ma formation par un master en marketing digital qui me permet d'aborder de très nombreux sujets. Depuis 2025 Ambassadeur du Spatial pour le CNES

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