La France traverse les Alpes pour participer à un projet pionnier d’injection de e-méthane dans le réseau gazier italien

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Et si le gaz du futur était déjà injecté dans nos réseaux… sans que vous le sachiez ?

C’est un projet encore peu médiatisé, et pourtant il pourrait transformer en profondeur notre manière de produire et consommer le gaz !

Le programme Pegasus, porté notamment par la société française KHIMOD, marque une première européenne : produire du méthane de synthèse à partir de CO₂ et d’hydrogène bas carbone… puis l’injecter directement dans les réseaux existants.

L’idée n’est pas bête puisqu’elle permettrait de remplacer progressivement le gaz fossile sans changer les infrastructures. Zoom sur ce projet dont vous ignoriez jusqu’à l’existence et qui pourrait changer pas mal de choses.

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Pegasus : un projet franco-italien qui pourrait changer le marché du gaz

La méthanation : transformer du CO₂ en énergie utilisable

Derrière Pegasus, il y a une technologie clé : la méthanation, il s’agit d’une réaction chimique au cours de laquelle du dioxyde de carbone (CO₂) et de l’hydrogène (H₂) sont transformés en méthane (CH₄) grâce à un catalyseur.

La fabrication du e-méthane s’appuie sur un enchaînement en deux temps : d’abord, de l’hydrogène renouvelable (donc à base d’énergie renouvelable comme l’éolien ou le solaire) est produit par électrolyse de l’eau, puis cet hydrogène est combiné à du CO₂ recyclé lors d’une réaction de méthanation pour générer du méthane de synthèse. L’ensemble de ce procédé est désigné sous le nom de Power-to-Methane.

Ce gaz présente un avantage : il est chimiquement identique au gaz naturel et peut donc être injecté directement dans les réseaux existants, sans adaptation lourde.

Les Etats-Unis valident une technologie française qui va permettre de prolonger la durée de vie de 73% du parc nucléaire mondial

L’Italie, terrain d’expérimentation grandeur nature

L’Italie va ainsi se retrouver au cœur de cette expérimentation « grandeur nature ».

L’entreprise française KHIMOD s’est vu confier par li’italien HydroAlp la fourniture d’une unité de méthanation, installée sur la station d’épuration de Guglionesi.

Au cœur du système, le réacteur catalytique, pièce maîtresse du procédé, sera produit dans l’usine de Wissous, en région parisienne. L’ensemble est prévu pour fonctionner en continu, assurant une injection stable et régulière de e-méthane dans le réseau dans le réseau gazier italien, grâce à des partenaires comme Società Gasdotti Italia.

Si le volume reste modeste (on parle de 116 tonnes par an, soit de quoi alimenter 150 foyers), ce test en conditions réelles devrait permettre de valider plusieurs éléments essentiels :

  • la qualité du gaz
  • la stabilité du système ,
  • enfin son intégration industrielle.

Une réponse directe aux limites de l’hydrogène

Depuis plusieurs années, l’hydrogène est présenté comme le grand espoir de la transition énergétique. Et c’est vrai… partiellement.

Le problème de l’hydrogène, c’est qu’il est difficile à stocker, à transporter et à intégrer dans les infrastructures existantes. Il nécessite souvent des adaptations coûteuses.

C’est là que le e-méthane du projet Pegasus devient intéressant puisqu’il montre qu’il est possible de valoriser l’hydrogène autrement, en le transformant en un gaz compatible avec les réseaux actuels.

L’Europe accélère sur le e-méthane

À l’échelle européenne, la filière du e-méthane est en train de changer de dimension et le projet Pegasus est clairement dans cette lignée. Selon une analyse publiée en septembre 2024 par l’European Biogas Association, la production de e-méthane était d’environ 20 GWh par an à 449 GWh en 2016, et pourrait atteindre près de 3 000 GWh d’ici 2027 (environ 0,27 milliard de m³ de gaz), soit une multiplication par 6,8 en 11 ans !

En 2024, l’Europe comptait 35 installations en fonctionnement, dont 33 entièrement renouvelables, avec une avance marquée de l’Allemagne (14 sites). À cela s’ajoutait 20 nouvelles unités en construction ou en projet, signe que l’industrialisation est déjà en marche.

L’Europe continue de croire dans le potentiel du e-méthane qui est un moyen intéressant de stocker l’électricité produite « en trop » par les énergies renouvelables.

Le projet récent projet eNRG Kotka porté par Ren-Gas a ainsi obtenu près de 42 millions d’euros du Fonds d’innovation de l’Union européenne, preuve que Bruxelles mise clairement sur le e-méthane pour accélérer la décarbonation.

L’Europe peut compter sur l’entreprise française Kalray qui lui permet d’exister sur le marché des semi-conducteurs avec ses puces IA

Un marché mondial en forte croissance mais encore en structuration

Le marché du biométhane (auquel appartient le e-méthane) était évalué à 6,95 milliards de dollars (≈6,4 milliards d’euros) en 2025 et devrait atteindre 10,74 milliards de dollars (≈9,9 milliards d’euros) d’ici 2034.

L’Europe domine largement aujourd’hui, avec plus de 61 % de part de marché, portée comme nous l’avons vu, par des politiques publiques favorables et une forte maturité technologique. L’Amérique du Nord suit, tandis que l’Asie-Pacifique émerge comme un futur relais de croissance, notamment grâce à l’abondance de déchets agricoles exploitables.

Ce marché repose sur une ressource clé : les déchets organiques, qui représentent déjà plus de 70 % des matières premières utilisées. La production est dominée par la digestion anaérobie, une technologie mature et relativement rentable, qui capte à elle seule plus de 80 % du marché.

Les usages se diversifient rapidement :

  • Production d’électricité (plus de 50 % des débouchés),
  • Chauffage,
  • Carburant pour les transports

Ce qui change aujourd’hui, c’est l’intégration progressive du e-méthane dans cet écosystème. En combinant hydrogène et CO₂, il permet d’aller plus loin que le biométhane classique, en ouvrant la voie à une production entièrement pilotable et connectée aux énergies renouvelables.

Reste un frein majeur : le coût initial. La construction d’unités de production, les infrastructures de transport et la logistique nécessitent des investissements importants. Pourtant, la dynamique est enclenchée.

Entre pression climatique, valorisation des déchets et besoin croissant en énergie, le biométhane et désormais le e-méthane s’impose progressivement comme un pilier du mix énergétique mondial.

Sources :

  • HydroNews, Metano sintetico per lo sviluppo del progetto Pegasus (1 avril 2025),
    https://www.hydronews.it/metano-sintetico-per-lo-sviluppo-del-progetto-pegasus-di-societa-gasdotti-italia-hydroalp-si-rivolge-alla-francese-khimod/
    article présentant le projet Pegasus en Italie, axé sur le développement du méthane synthétique, avec un focus sur les partenariats industriels et les technologies mobilisées.
  • European Biogas Association, First assessment of European e-methane roll-out released today (25 juin 2024),

    First assessment of European e-methane roll-out released today


    publication analysant le déploiement du e-méthane en Europe, incluant les premières évaluations du marché, les capacités installées et les perspectives de croissance.

  • Fortune Business Insights, Bio-methane market report (23 mars 2026),
    https://www.fortunebusinessinsights.com/fr/industry-reports/bio-methane-market-100272
    rapport d’analyse présentant les tendances du marché du biométhane, les dynamiques de croissance, les investissements et les projections à l’échelle mondiale.

 

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Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
Très curieux et tourné vers l'économie, la science et les nouvelles technologies, (particulièrement ce qui touche à l'énergie et les entreprises françaises) je vous propose de de découvrir les dernières actualités autour de cette passion

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