Les Pays-Bas battent un record mondial avec ce « monstre » de 45 500 tonnes destiné au transport de blocs de pierre pour la construction d’éoliennes offshore

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Quand poser des pierres devient une opération de haute précision en pleine mer.

Ce sera probablement votre découverte du jour mais il existe une catégorie spécifique de navires destinés à installer de gigantesques blocs de pierre au fond des océans.

Nos amis anglosaxons les appellent des subsea rock installation vessels, ce qu’on traduira dans la langue de Molière par « navire d’installation de roches sous-marines ».

Et dans cette catégorie, un nouveau géant vient d’entrer en scène : le Windpiper, développé par l’entreprise néerlandaise Boskalis.

Lire aussi :

Le hollandais Windpiper est désormais le plus grand navire d’installation de roches sous-marines du monde

À l’origine, le Windpiper était un navire cargo de transport « classique », avant d’être profondément transformé pour devenir une machine spécialisée dans la pose de roches sous-marines.

Cela a permis de réduire les délais de mise en service tout en limitant l’impact industriel lié à la construction d’un nouveau bâtiment.

Voici les caractéristiques techniques du Windpiper après modifications :

  • 227 mètres de long
  • 40 mètres de large
  • capacité de transport de 45 500 tonnes de roches
  • plus de 31 000 kilowatts de puissance installée

Avec ses 1 000 000 de tonnes, le Pioneering Spirit est le plus lourd navire de tous les temps et il peut porter jusqu’à 48 000 tonnes sur son ponton

Déposer des roches au fond de la mer, un geste beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît

À première vue, en béotiens que nous sommes, nous pourrions nous dire que poser des pierres dans l’eau est une opération simple. En réalité, c’est une opération extrêmement délicate.

Lorsque l’on installe une éolienne offshore, sa base est fixée au fond marin. Autour de cette base, il faut déposer des roches pour éviter que les courants n’érodent le sol, un phénomène appelé scour (en français « affouillement »).

Sans cette protection, le sable peut progressivement disparaître autour de la fondation, ce qui fragilise l’ensemble de la structure.

Le Windpiper est justement conçu pour cette fonction.

Le navire utilise un système appelé fall pipe (en français « tube de chute »), une sorte de conduit vertical qui permet de guider les roches depuis le navire jusqu’au fond de l’océan.

Dans le cas du Windpiper, ce système est incliné, ce qui permet d’ajuster avec précision la zone de dépôt.

Le Windpiper peut transporter 45 500 tonnes de pierre en un voyage.
Le Windpiper peut transporter 45 500 tonnes de pierre en un voyage.

Une précision rendue possible par une technologie invisible

Pour déposer ces roches avec précision, le navire doit rester parfaitement immobile au-dessus de sa zone de travail.

Le Windpiper est équipé de sept propulseurs et d’un système appelé Dynamic Positioning Class 2 (en français « positionnement dynamique de niveau 2 »).

Ce système analyse en permanence les conditions extérieures.

  • direction du vent
  • intensité des courants
  • mouvement des vagues

Des ordinateurs ajustent ensuite automatiquement la puissance des propulseurs afin de maintenir le navire exactement à sa position.

Même en cas de défaillance d’un composant, le système reste capable de fonctionner, ce qui garantit un niveau de sécurité élevé.

Un navire de plus de deux cents mètres peut rester immobile à quelques mètres près au-dessus d’un point invisible situé au fond de l’océan.

Un outil pensé pour les chantiers offshore du futur

On s’en doute mais cette « réhabilitation » du Windpiper ne sort pas du néant.

Les projets offshore deviennent de plus en plus grands, souvent situés loin des côtes, dans des zones où les conditions sont difficiles et où les distances logistiques sont importantes.

Dans ce contexte, la capacité du navire devient un avantage majeur.

Le Windpiper dispose de deux immenses cales, ce qui lui permet de transporter une grande quantité de roches en une seule mission.

Conséquence directe, le nombre d’allers-retours entre la zone de chargement et le chantier offshore est réduit.

Ce qui signifie moins de carburant consommé pour un coût monétaire et environnemental réduit.

Dans des régions comme la mer Baltique, la mer du Nord ou la côte Est de l’Amérique du Nord, où les distances peuvent être importantes, ce type de capacité change complètement l’organisation des chantiers.

Un navire conçu aussi pour accueillir des équipes nombreuses

À bord du Windpiper, tout est pensé pour les opérations de longue durée.

Le navire dispose de plus de 100 cabines individuelles, permettant d’accueillir à la fois l’équipage et les représentants des clients.

Ce n’est pas si « anecdotique » qu’il y parait.

Sur ce type de chantier, les équipes peuvent en effet rester en mer pendant plusieurs semaines. Disposer d’un espace de vie confortable améliore les conditions de travail et facilite la coordination entre les différents acteurs du projet.

On est loin de l’image du simple cargo.

Le navire fonctionne plutôt comme une base technique flottante, où ingénieurs, techniciens et opérateurs travaillent ensemble au quotidien.

La Chine aime tellement la technologie maritime du français GTT qu’elle veut l’adapter sur la terre ferme avec une première cuve GNL d’une capacité de 10 000 m³

Une pièce clé dans le développement de l’éolien en mer

Le rôle du Windpiper devient particulièrement intéressant lorsqu’on le replace dans le contexte de la transition énergétique.

Les éoliennes offshore se multiplient. Elles sont installées de plus en plus loin des côtes et dans des zones où les conditions marines sont exigeantes.

Selon le Global Wind Energy Council, 8 gigawatts ont été raccordés au réseau en 2024, portant la capacité mondiale à 83 gigawatts, soit l’équivalent de l’alimentation électrique de 73 millions de foyers tandis que 48 gigawatts supplémentaires sont déjà en construction, ce qui montre que la dynamique reste très forte à moyen terme, avec une projection à 441 gigawatts d’ici 2034, soit une croissance annuelle moyenne de 21 %, portée principalement par la Chine, le Royaume-Uni, Taïwan, l’Allemagne et la France, même si des obstacles persistent comme des difficultés d’approvisionnement, des appels d’offres parfois infructueux ou des incertitudes politiques, notamment aux États-Unis.

Le hollandais Windpiper est désormais le plus grand navire d’installation de roches sous-marines du monde 

Sources :

  • Global Wind Energy Council, Global Offshore Wind Report 2025 (consulté en 2026),
    https://www.gwec.net/reports/globaloffshorewindreport
    rapport de référence sur l’éolien offshore mondial, présentant les capacités installées en 2025, les tendances du marché, les perspectives de croissance et les principaux acteurs du secteur.
  • Baird Maritime, Boskalis newly acquired rock installation vessel arrives in Netherlands (10 avril 2026),
    https://www.bairdmaritime.com/offshore/exploration-development/offshore-construction/boskalis-newly-acquired-rock-installation-vessel-arrives-in-netherlands
    article relatant l’arrivée d’un nouveau navire d’installation de roches acquis par Boskalis, destiné aux travaux offshore, notamment pour les infrastructures énergétiques comme les parcs éoliens en mer.

 

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Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
Très curieux et tourné vers l'économie, la science et les nouvelles technologies, (particulièrement ce qui touche à l'énergie et les entreprises françaises) je vous propose de de découvrir les dernières actualités autour de cette passion

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