Une technologie de rupture pour la recherche vient de permettre pour la première fois de révéler les secrets de cette terre rare : le samarium

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Quand deux lasers synchronisés dévoilent un secret bien gardé du samarium.

Il faisait chaud, très chaud même dans la cellule expérimentale montée par les chercheurs allemands où la température dépassait les 1 040 degrés Celsius. À l’intérieur, un peu de samarium, un élément rare et peu connu qu’on croise pourtant dans les aimants de nos voitures électriques ou au cœur des turbines d’éoliennes.

Ce jour-là, à Mayence, personne n’imaginait vraiment ce qu’allait donner l’expérience. Et pourtant, en bombardant cet atome avec deux lasers à peignes optiques, une technologie digne d’un prix Nobel, l’équipe a mis à jour ce que le samarium gardait jusqu’ici secret : des transitions atomiques encore inconnus.

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Le samarium, cet inconnu célèbre

On l’utilise dans des composants high-tech, on le manipule dans des labos de matériaux magnétiques, et pourtant vous devez découvrir son nom en lisant ces quelques lignes. Le samarium, numéro atomique 62, fait partie de cette étrange famille des terres rares (pas si rares en réalité) mais diablement complexes à étudier.

Son architecture électronique est un vrai millefeuille. Trop d’électrons, trop d’interactions, trop de niveaux d’énergie superposés. Même les spectroscopistes chevronnés évitaient de s’y frotter de trop près. On savait que certaines transitions de ses électrons échappaient encore à la détection. Alors pour en apprendre plus, il fallait une loupe d’un nouveau genre.

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Le laser à peigne optique, un outil aussi beau qu’efficace

Imaginez une règle graduée… mais faite de lumière. Chaque graduation correspond à une fréquence ultra précise. Et maintenant, imaginez deux de ces règles qui dansent ensemble, parfaitement synchronisées. Bravo ! Vous venez de visualiser un peigne à fréquences optiques double.

Ce dispositif, mis au point dans les années 2000, permet de scanner un spectre lumineux entier d’un seul coup, avec une précision mille fois supérieure à celle des instruments classiques. On ne regarde plus ligne par ligne. On regarde tout en même temps, comme si on lisait un roman entier sans tourner les pages.

Des signaux faibles, mais un message fort

Pour interroger le samarium, les chercheurs ont vaporisé l’élément dans une cellule chauffée à blanc, puis l’ont illuminé avec ces deux peignes lasers. En sortie, des photodétecteurs alignés comme des guetteurs ont surveillé la moindre variation de lumière.

Et là, bingo : des raies d’absorption totalement inédites sont apparues. Comme si on avait découvert une voix cachée dans une chorale. Des transitions atomiques passées inaperçues depuis des décennies. Des détails minuscules qui changent pourtant notre compréhension de la matière.

Et maintenant ? La spectroscopie entre dans une nouvelle dimension

Ce que cette équipe vient de montrer, c’est qu’on peut désormais faire de la spectroscopie multicanal avec un degré de finesse et de simultanéité jamais atteint. C’est un peu comme passer du microscope optique à la caméra thermique haute vitesse. On ne regarde plus un atome. On cartographie des forêts entières d’interactions atomiques, même dans des conditions extrêmes, sous champs magnétiques intenses ou températures folles.

Leur objectif est clair : ouvrir la voie à une “spectroscopie 2.0”, capable d’explorer des atomes complexes, des isotopes instables, voire des éléments radioactifs qu’on connaît encore très mal. Une sorte de Google Maps de l’atome, en haute définition.

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Derrière les lasers, un marché scientifique qui vaut de l’or

On parle souvent de technologies de rupture. Celle-ci en est une, même si elle ne fera jamais la une d’un JT. Pourtant, dans les labos du monde entier, ces instruments vont bientôt devenir aussi indispensables qu’un oscilloscope.

Le marché de la spectroscopie laser haute précision est estimé à plus de 4 milliards d’euros d’ici 2030, tiré par les besoins en métrologie, en physique fondamentale, en conception de matériaux quantiques ou en contrôle qualité industriel. Ce sont ces outils qui permettent de dire, avec certitude, combien pèse un atome, comment il réagit, et pourquoi il fait ce qu’il fait.

Samarium ultrapure sublimé, 2 grammes. Taille originale en cm : 0,8 × 1,5
Samarium ultrapure sublimé, 2 grammes. Taille originale en cm : 0,8 × 1,5

Source :

Enhanced multichannel dual-comb spectroscopy of complex systems (en Français : “Spectroscopie à peignes de fréquences double canal améliorée pour l’étude de systèmes complexes”)
Razmik Aramyan, Oleg Tretiak, Sushree S. Sahoo, Dmitry Budker

Phys. Rev. Applied 24, L021002 – Publié le 22 Aout, 2025

DOI: https://doi.org/10.1103/7ktx-4h8m

Image : La cellule au samarium à haute température (~1040 °C) durant l’expérience (photo : Razmik Aramyan)

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Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
Très curieux et tourné vers l'économie, la science et les nouvelles technologies, (particulièrement ce qui touche à l'énergie et les entreprises françaises) je vous propose de de découvrir les dernières actualités autour de cette passion

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